Il, XII, 1-7 ; xiv
toire imaginée par la femme de Thécoa pour décider David à rappeler Absalom. En tant que fables ou contes de forme populaire, ces récits ressemblent aux paraboles, mais l'on ne peut prétendre que Jésus ait appris Tart des paraboles dans la lecture et l'imitation de ces morceaux isolés. Une seule parabole, celle des Mauvais vignerons, doit beaucoup à Isaïe ; mais c'est aussi celle où on peut soupçonner que la tradition a mis le plus du sien, si toutefois elle ne l'a pas créée tout entière.
Plusieurs ont soutenu que les plus beaux récits paraboliques de l'Évangile avaient été empruntés à la tradition rabbinique. M. Jûlicher ^ déclare sans ambages que, si l'on a beaucoup affirmé sur ce point, l'on n'a rien prouvé. Il y a des paraboles dans le Talmud, et quelquesunes ont de la ressemblance avec celles de Jésus. Mais, avant de dire que Jésus dépend de la tradition des rabbins, il faudrait déterminer la date des fables rabbiniques. Ces paraboles sont sous les noms de docteurs qui ont vécu au second siècle de notre ère. Ce seraient donc eux qui dépendraient de Jésus. Est-il invraisemblable que le Christ ait exercé une influence sur ceux qui l'ont combattu? Leur situation n'était pas la même que celle des prédicateurs chrétiens qui, séparés du judaïsme et dispersés dans le monde gréco-romain, ne pouvaient avoir l'idée d'imiter un genre aussi populaire et furent bientôt hors d'état de le retrouver. Il ne paraît pas que le genre parabolique ait été beaucoup employé autour de Jésus et avant lui par les docteurs juifs : la tradition évangélique est d'origine palestinienne, et cette tradition garantit que l'enseignement du Sauveur parut nouveau. L'iinpression de nouveauté résultait certainement de la forme au moins autant, sinon plus, que du fond. Il est probable que, si les rabbins avaient eu coutume de parler en paraboles,
les rédacteurs des deux premiers Evangiles, bien au courant des choses juives, ne l'auraient pas ignoré, et ils ne se seraient pas exposés à la dérision des Juifs en montrant dans les paraboles une singularité de la prédication du Christ. Quand même Jésus et les rabbins auraient puisé à une tradition commune, la comparaison ne serait pas à l'avantage des rabbins. On a souvent cité comme une variante de la parabole des Ouvriers de la vigne une histoire ainsi conçue : a Comme R. Bun-bar-Hiya était endormi, R. Sera s'approcha et dit : ce Doux est le sommeil du travailleur, qu'il ait mangé peu ou beaucoup. 11 en est ici comme d'un roi qui avait engagé beaucoup d'ouvriers, dont l'un se distingua tellement par son zèle el son habileté que le roi le prit par la main pour aller et venir avec lui. Le soir les ouvriers vinrent, et avec eux l'habile ouvrier, pour recevoir leur salaire. Le roi leur donna à tous la même rétribution, ce qui fit murmurer ceux qui avaient travai Hé toute la journée : a Nous avons travaillé tout le jour, dirent-ils, et celui-ci n'a travaillé que deux heures ; cependant il a reçu son salaire complet. » Le roi répondit : « Il a plus fait en deux heures que vous dans toute la journée. «Ainsi R. Bun-bar-Hiya a fait plus de progrès dans la Loi en vingt-huit ans que beaucoup d'autres en étudiant pendant un siècle K » Non seulement ce récit est moins bien tourné que la parabole; mais la morale en est assez vulgaire. Dans le travail, remarque R. Sera, ce n'est pas la durée qui importe, c'est le résultat. L'Evangile fait entendre que le royaume des cieux est un don divin que le juste ne doit pas envier au pécheur qui se convertit. Si la fable rabbinique dépend de l'Evangile, elle en est une réduction assez plate ; si la parabole dépend de la fable rabbinique, elle en est une interprétation ori-
1. Talmud de Jérusalem, Berachoth, II, f. 5 c, ap. iùhicuEK, I, 169. d'après Wuxsche, Talmud, 27.
ginale, équivalente à une création. Si donc Jésus avait imité les rabbins, il aurait surpassé grandement ses maîtres. Pour le bon équilibre, le charme et la vie des récits, les paraboles évangéliques ressemblent bien plus aux fables de Jotham et de Nathan qu'à celles du Talmud. Une hypothèse s offre d'elle-même pour les cas où la matière des paraboles et des fables rabbiniques présente assez d'analogie pour qu'on puisse la dire commune : si les rabbins ne dépendent pas de l'Evangile, Jésus et les rabbins ont pu exploiter, non une tradition d'école, mais des thèmes de contes populaires, et les interpréter de façon indépendante.
Beaucoup plus fragile est l'hypothèse d'un rapport avec les paraboles bouddhiques ^. Le nombre de ces paraboles est assez considérable, leur date incertaine; quelquesunes ont de la ressemblance avec les récits évangéliques. Voici, par exemple, la parabole des Trois marchands ~ : « Trois marchands s'en allèrent en voyage, chacun avec son capital; le premier gagna beaucoup; le second revint avec son capital; le troisième perdit le sien. Cette parabole est prise de la vie quotidienne : sache l'appliquer à la Loi, Le capital est la vie humaine; le gain est le ciel ; après la perte de ce capital, on doit renaître citoyen de l'enfer ou animal, etc. etc. » L'histoire est allégorique; elle a quelque analogie extérieure avec la parabole des Talents; mais il serait assez téméraire d'affirmer que l'une procède del'autre. Le développement et la morale sont tout différents; et ce que les deux récits ont de traits communs est si vulgaire que l'hypothèse d'un emprunt est superflue. On negagne rien à prendre pour terme de comparaison la variante que présentait la parabole des Talents dans