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l'eau et l'esprit 203
Dieu sur les âmes, si bien que le phénomène naturel n'est pas conçu comme étant absolument d'un autre ordre que le phénomène spirituel. 11 en résulte que, pour l'eau, c'est la réalité matérielle qui s'offre à la pensée, et la réalité spirituelle qui est sous-entendue, tandis que pour l'esprit, c'est la notion surnaturelle qui prédomine, qui s'affirme d'abord, et la réalité naturelle qui se montre plus loin par manière d'explication analogique. Le mysticisme a de ces partis pris. L'Evangile de Jean est un évangile mystique. Le devoir du commentateur est d'entrer autant que possible dans l'esprit de ce mysticisme et d'en saisir l'harmonie secrète ; faute de quoi on s'engage dans d'inextricables difficultés, et l'on s'expose à altérer le vrai sens des textes. Dans le cas présent, l'embarras des interprèles et les explications contradictoires qui se sont produites viennent de ce qu'on a voulu voir dans l'eau et l'esprit des termes purement naturels ou purement spirituels, ou bien alternativement naturels et spirituels, tandis qu'ils sont à la fois naturels et spirituels, leur sens spirituel étant, d'ailleurs, celui dont l'auteur est surtout préoccupé, et d'après lequel on doit régler l'explication générale du discours. De ce point de vue, la plupart des anciens Pères, qui entendaient du Saint-Esprit tout le passage, étaient plutôt dans le vrai, que ceux qui ont admis, comme les modernes, une simple comparaison de l'Esprit-Saint avec le vent, et un jeu de mots sur le double sens de l'esprit. L'évangéliste a donné, en forme allégorique, une théorie complète de la génération spirituelle, dans laquelle même il a compris, d'une certaine manière, l'incarnation du V^erbo, tout en visant principalement le baptême chrétien. Le principe : « On ne sait d'où viennent ceux qui sont nés de l'esprit, ni où ils vont », sera souvent appliqué à .Tésus lui même dans la suite de l'Évangile : lui sait d'où il vient et où il va, mais le monde l'ignore '.