‹ Études évangéliquesChapitre 174 sur 260 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

(jEAN, VI.)

Tout le sixième chapitre du quatrième Evangile est <lominé par l'idée du Christ pain de vie. Le récit de la multiplication des pains en est le symbole; le miracle de Jésus marchant sur les eaux aide à la comprendre ; les discours qui suivent tendent à l'expliquer; et les impressions diverses que produisent ces discours représentent l'attitude des Juifs et celle des chrétiens devant le mystère du salut, en tant qu'il se résume dans la doctrine et le sacrement du pain vivant et vivifiant.

VI. i. Après cela, Jésus s'en alla de l'autre côté de la mer de Galilée, (ou) de Tibériade ; 2. et une grande multitude le suivait, parce qu'on voyait les miracles qu'il faisait sur les malades. 3. Et Jésus monta sur la montagne, et il s'assit avec ses disciples. 4. Et l'on approchait de la Pàque, la fête des Juifs. 5. Ayant donc levé les yeux, et voyant qu'une foule nombreuse venait à lui, Jésus dit à Philippe : «Où achèterons-nous des pains pour que ces (gens mangent ?» 6. Et il disait cela pour le tenter, car il savait bien ce qu'il allait faire. 7. Philippe lui répondit : « Deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun d'eux pût en avoir un peu. » 8. Un des disciples, André, le frère de Simon-Pierre, iui dit : 9. « Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons. Mais qu'est-ce que cela pour tant de monde? » 10. Jésus dit: « Faites asseoir, ces gens. » Et il y avait beaucoup d'herbe en cet endroit. Les hommes s'assirent donc, au nombre d'environ cinq mille. 11. Alors Jésus prit les pains et il rendit grâces, et il fit la distribution à ceux qui étaient assis, et de même pour les poissons, autant ■qu'ils en voulaient. 12. Et quand ils furent rassasiés, il dit à ses dis- A. Loisy. 15

ciples : « Ramassez les morceaux qui sont restés, pour que rien ne soit perdu. » 13. Ils (les) ramassèrent donc et ils remplirent douze corbeilles des morceaux qui étaient restés des cinq pains d'orge après qu'on eut mangé. 14. Cependant les gens, voyant le miracle qu'il avait fait, dirent : « Il est vraiment le prophète qui doit venir au monde » 15. Mais Jésus, sachant qu'ils allaient venir l'enlever pour le faire roi, se retira de nouveau seul sur la montagne.

La formule de transition : « Après cela », est à prendre au sens le plus large, et non comme indiquant une suite continue d'événements. La scène du précédent tableau était localisée à Jérusalem ; celle du tableau qu'on va voir est en Galilée : c'est un tableau galiléen qui suit un tableau hiérosolymitain ; ce ne sont pas des faits qui s'enchaînent rigoureusement dans l'ordre chronologique, ni la manifestation ininterrompue d'une activité qui se partage entre la Judée et la Galilée. On ne dit pas quand ni comment Jésus revint de Jérusalem. On le prend en Galilée, probablement à Capharnaûm, ou aux environs ^, sans dire qu'il y est revenu après la fête qui l'avait conduit dans la capitale, et on le montre passant de la rive occidentale du lac de Tibériade à la rive orientale, pour la multiplication des pains. Car il est évident que la proposition : « Jésus s'en alla de l'autre côté de la mer de Galilée », ne sous-entend pas Jérusalem comme point de départ, mais le « côté » occidental du lac ; la multitude qui le suit ne vient pas non plus de Jérusalem, mais de Capharnaûm et des bourgs voisins. C'est que l'évangéliste ne décrit pas réellement le ministère du Sauveur, mais qu'il l'interprète. Le tableau hiérosolymitain du paralytique guéri a montré en Jésus le médiateur de la vie. Le tableau galiléen va servir à le montrer comme aliment de cette vie surnaturelle. Le miracle, raconté par les Synoptiques ^, est choisi pour cet objet, et il est maintenu dans son cadre primitif, parce

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