Le nom se retrouve dans Jean, vi, 21 ; xxi
parole qui demande la foi au Sauveur des âmes. Dans Marc, la foule suit Jésus pour l'entendre ; Jésus parle jusqu'au soir, et c'est ce qui donne occasion au miracle de la multiplication des pains. Dans Matthieu, la foule se présente avec de nombreux malades que Jésus guérit ; elle reste jusqu'au soir, sans qu'il soit question d'enseignement. Luc réunit la prédication et les guérisons. Nous voyons que Jean laisse de côté l'enseignement, le symbolisme de la multiplication des pains n'ayant pas uniquement pour objet la doctrine, et retient les guérisons, mais non comme circonstance particulière qui aurait été en rapport direct avec le miracle. Il ne s'agit pas spécialement des guérisons opérées ce jour-là, mais de toutes celles que Jésus avait déjà faites en Galilée. L'évangéliste ne dit pas que le Sauveur ait passé toute la journée avec la foule. Il le montre se dirigeant vers les hauteurs qui bordent le lac, en compagnie de ses disciples. Arrivé là, il s'assied, et, levant les yeux, il aperçoit la foule qui vient à lui; il manifeste aussitôt l'intention du miracle qui va s'acccomplir K Cette manière de présenter les choses n'est pas en contradiction ave le récit des Synoptiques, car l'auteur ne se propose aucunement de rectifier ses devanciers au point de vue de l'histoire ; il ne fait que négliger tous les détails indifférents à son but didactique, et adapter à ce but ceux qu'il a retenus. Il est à remarquer que certains traits de la mise en scène rappellent plutôt l'introduction du Discours sur la montagne ^ que le préambule de la
1. V. 3. àvTiXôev 8e elç to opoç 'Iififfouç, xai ky.tî IxàOvjTo [xerà tcov aaOr,-
Twv auTou 5. £7ràpaç oûv Toùç 6cpôaX[/.où; ô 'Ir^aouç xoù Osaaâaevoç ÔTt
iroXùç o/loi; ep/exat Tipôç auTOv, "kiyv. Trpb; «In'XiTiTrov ■ ttoOev ayo^àçcoLiev àpTOu; t'va cpàyojxTtv ouToi ;
2. Cf. Matth. IV, 23-v, 2 (et Luc, vi, 12, 20) : xal Treptrjsv èv oX-jr|
TTi raXiXa-'a ÔspaTTSùcrtv Trasav vôffov xal irïaav (xxXax^av èv tw Xaw
xat rjXoXoûOr|Tav aOxw o/Xot ttoXXoi àirb x-^ç raXiXat'aç t5cov 81 xoùç
cî/Xouç avépY] elç xb opoç. xal xaOtsavxoç aùxoS 7:po<ïr,Xôav aùxco o'i (JLaOrjxai aùxoi). Noter que Matthieu lui-même (xv, 29) place la seconcle multi-
multiplication des pains dans les premiers Evangiles. Si le miracle a la même solennité que le discours, c'est que l'évangéliste y atlache une signification analogue, qu'il y voit comme une révélation symbolique de la Loi nouvelle.
'i On approchait de la Pàque, la fête des Juifs. » Bien que certains auteurs anciens ne semblent pas avoir lu ce verset, l'authenticité n'en est pas contestable * . S'il s'est maintenu dans tous les manuscrits actuellement connus de l'Evangile, c'est qu'il y est original : on n'avait aucune raison d'ajouter une indication qui manque dans les récits parallèles des Synoptiques ; et cette indication, venant comme en surcharge dans la narration, a pu être omise involontairement par les copistes, ou même supprimée volontairement , parce qu'elle était jugée contradictoire à une chronologie reçue. L'évangéliste la donne pour le dessin de son propre cadre, et à cause de la signification qu'il y attache. Il a vu dans la multiplication des pains la figure de la Pàque chrétienne, la mort de Jésus commémorée dans l'eucharistie : on peut s'en convaincre en lisant le discours sur le pain de vie, et cette interprétation du miracle se laisse entrevoir déjà dans les Svnoptiques. La mention de la Pàque juive a donc ici quelque chose de symbolique % Peut-être même est-il permis d'aller plus loin et de supposer que l'évangéliste, ayant placé après la multiplication des pains, qui en est la préface illustrée, le discours sur le pain de vie, qu'il substitue au récit de la cène eucharistique, fait écho à la tradition des Synoptiques, où la cène a lieu la veille de la Pàque, en met-
plication des pains sur une montagne, et que Jean pourrait avoir combiné les deux récits.