Godet, ap. Meyeu-Weiss
du récit, tout se passe avant la Pàque, pour laquelle Jésus s'abstiendra d'aller à Jérusalem, afin de ne pas s'exposer à la haine des Juifs. Quant à la foule, il importe peu de savoir si elle y est allée ou non. En discutant historiquement cette donnée symbolique , on tombe dans l'arbitraire, et l'on méconnaît entièrement la pensée de l'évangéliste.
Jésus donc, assis sur la hauteur, au milieu de ses disciples, a vu venir à lui la foule innombrable ; sur le champ il dit à l'apôtre Philippe : a Où achèteronsnous des pains, afin que ces gens mangent ? » Pour qui ne chercherait ici que de l'histoire, la question manque de vraisemblance et de naturel. Elle est moins bien amenée que dans les Synoptiques, où le peuple, ayant passé la journée près de Jésus, se trouve le soir au dépourvu. Ne dirait-on pas que la foule vient seulement pour chercher le repas qui va lui être fourni, et que Jésus n'a pas autre chose à lui offrir que le pain dont il parle d'abord à Philippe? Tout s'explique aisément si le pain matériel est déjà, dans le récit, la figure du pain de vie; si l'empressement de la foule signifie, en réalité, son désir, d'ailleurs imparfait, de recevoir la parole du salut; si l'intention de nourrir le peuple atteste en Jésus la volonté d'être, par la foi et dans l'eucharistie, l'aliment de vie pour tous les hommes. Ainsi entendue, la mise en scène du miracle ne diffère pas essentiellement, pour le sens, de la grande apparition du Christ ressuscité, sur la montagne ^, avec la parole : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez, enseignez toutes les nations... Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. » Mais il s'agit maintenant de la proposition du salut aux Juifs, et ils ne vont pas comprendre. On est sur la montagne du Discours, et