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Mkyer-Wei'ss

250 ÉTUDES ÉVANGÉtIQUES

demander combien il y avait de barques, ni comment ceux qui les montaient se sont décidés à prendre tant de passagers et à les conduire sur l'autre bord ^ On peut croire, si l'on veut, que les possesseurs de ces barques cherchaient aussi Jésus. Ce quel'évangéliste tient à faire entendre, on aurait lort de le contester ~, c'est que les gens qui ont été les témoins de la multiplication des pains se trouvent encore les témoins indirects de la traversée miraculeuse ; selon lui, Jésus est censé n'avoir pas dû être à Capharnaûm avant eux ; c'est pourquoi ils sont tout étonnés de le rencontrer sur le rivage où ils abordent. Les barques sont venues de Tibériade ; il n'en pouvait venir de Capharnaûm, Jésus y étant dès l'aube avec ses disciples. La foule est supposée avoir compris que, personne n'étant venu de Capharnaûm, Jésus y était attendu par les siens.

(( Rabbi, quand ès-tu arrivé ici ? » Le « quand » implique ici le « comment w'^. Mais l'auteur ne perd pas de temps à développer la question de la foule. Le cadre est tracé pour le discours de Jésus, et la description fait place à l'enseignement. Si la foule, par ses propos, n'atteste pas directement la traversée miraculeuse, c'est qu'elle n'en est pas instruite ; elle rend témoignage pour le lecteur ; mais l'évangéliste s'est bien gardé de lui prêter un autre sentiment que celui de la surprise et de la curiosité la plus vulgaire. On peut dire que le peuple ne soupçonne pas le miracle, et que son aveuglement le fait ressortir. Au lieu de répondre à la demande qui lui est adressée, Jésus fait une remarque sur le motif qui engage la foule à

1. « Une petite flotte aurait été nécessaire. » Holtzmann, 104.

2. B. Weiss [op. cit. 213), qui supprime le miracle dans la traversée, ne veut pas non plus que l'évangéliste ait eu l'intention de le mettre en relief.

3. « Interrogant ergo, non quomodo venerit, ne quid de ejus per mare ambulatione suspicare videantur, sed quando venerit, ut ex tempère et ex ejus responso colligant quomodo venerit. » Mai.donat, II,

venir le trouver : ce n'est pas à cause des miracles •, car elle ne sait pas les voir ni les discerner. Pour suivre jusqu'au bout la pensée de l'évangéliste, ajoutons que la foule ne sait pas comprendre les miracles, même quand ils ont frappé ses yeux et attiré son attention ; si on la voit si empressée aujourd'hui, c'est que Jésus lui a donné iiier du pain à satiété. Est-ce pourtant de cette nourriture périssable qu'elle devrait se préoccuper ? Ne devrait-elle pas poursuivre plus ardemment la nourriture de vie éternelle que donne le Fils de l'homme, et ([ue lui iseul peut donner, ayant reçu à cet effet mission du Père? II n'est pas malaisé de reconnaître que l'écrivain a cherché sa transition du récit au discours, du cadre à l'enseignement, et que la leçon sur le pain de vie est amenée par un artifice analogue à celui qui introduit la leçon sur la nouvelle naissance dans l'histoire de Nicodème, ou la leçon sur l'eau de vie dans l'histoire de la Samaritaine. A propos d'une question commune, Jésus énonce un symbole que Tinterlocuteur ne jieut jias comprendre; il le développera jusqu'au bout, l'interlocuteur comprenant de moins en moins. Le commentateur est prévenu de s'attacher avant tout à la pensée de l'évangéliste : c'est tenter l'impossible que de vouloir déterminer ce qui a été dit réellement soit par Jésus, soit par ses auditeurs, dans la circonstance qu'indique le récit.

Donc, ce ne sont pas des provisions de bouche qu'il faut acquérir, qu'il faut « faire- », mais la provision de vie éternelle que le Messie, venu du ciel, est qualifié pour donner. En multipliant le pain terrestre, il s'est manifesté comme celui que le Père autorise ^ auprès des hommes

1. Il s'agit de tous les miracles dont la foule a été témoin, et non seulement des deux derniers. Cf. vi, 2.

2. V. 27. Ècvi^SlOE U.T, TT,V iSsWÎ'.V Tf,V à-0/.À-JU.£Vr,V. iÀXà T7)V Ssiôçtv

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