Meyer-Weiss, 249. Cf. Schaxz
des données à interpréter. Si Ton suit la pensée de l'évangéliste, il est certain que les interlocuteurs ont assisté à la multiplication des pains ; Jésus lui-même vient de leur dire : « Vous me cherchez parce que vous avez mangé des pains ». Il est certain aussi que la multiplication des pains a été un grand miracle, et que la foule en a été ravie. L'insistance que mettent les Juifs à réclamer un nouveau signe est une preuve de mauvaise volonté ; mais c'est justement cette mauvaise volonté qui jure avec l'empressement de la veille; et si l'on veut que la foule ait été" déconcertée par la fuite de Jésus, on ne voit pas pourquoi elle le suit toujours; on voit encore moins qu'elle ait soupçonné en Jésus l'idée d'une mission autre que celle de Messie comme elle l'entendait elle-même, et qu'elle ait voulu un signe extraordinaire à l'appui de ce rôle inconnu. L'équilibre du récit doit être cherché dans les idées, non pas dans les traits matériels de la description, qui, étant symboliques, peuvent sembler contradictoires sans l'être en réalité. Jamais, dans les trois premiers Evangiles, Jésus ne se présente ouvertement au peuple comme le Messie promis. En disant que la foule avait voulu s'emparer de Jésus pour le faire roi, l'évangéliste a beaucoup moins décrit un incident du ministère galiléen qu'il n'a fait ressortir une disposition générale des Juifs à s'attacher à Jésus, si Jésus avait voulu se poser en Messie national. Dans la circonstance présente, il ne rapporte pas un détail particulier des entretiens que le Sauveur a eus avec les gens de Galilée, mais il signifie, par la question posée, l'aveuglement de la masse qui ne trouvait pas que les œuvres deJésusfussentcelles du libérateur attendu. Lacontradiction n'existe que dans la mise en scène ; elle n'affecte que la logicjue extérieure, l'économie littéraire du chapitre, non le fond des choses, qui se ramène à deux idées très simples : le peuple juif aurait cru volontiers à ce que Jésus n'était pas et ne voulait pas être ; il refusait de croire
à ce que Jésus était, bien que Jésus dît et fît tout ce qu'il fallait pour être reconnu des âmes de bonne volonté; les miracles auraient suffi si Jésus avait flatté les aspirations du peuple ; les miracles ne comptaient pas, et l'on en réclamait toujours d'autres et de plus grands, parce qu il ne faisait pas ce que l'on espérait. Ces vues correspondent à la situation générale du Sauveur à Tégard de ses compatriotes, en tant que cette situation avait besoin d'être définie par les chrétiens, dans leurs controverses avec les Juifs, à l'époque où l'Evangile fut écrit. Ajoutons que la demande d'un signe a pu être introduite dans ce dialogue, tout simplement parce qu'une telle demande a lieu, dans les Synoptiques, après la seconde multiplication des pains*.
Oublions donc, avec l'auteur, que les Galiléens ont voulu hier acclamer Jésus en qualité de roi messianique, et suivons leur raisonnement d'aujourd'hui. Jésus demande que Ton croie en lui, qu'on l'accepte comme le Messie envoyé de Dieu. Les Juifs répondent que le Messie doit donner des signes, faire des miracles en rapport avec le grand rôle qui est le sien : Moïse, qui n'était pas le Messie, a donné au peuple, dans le désert, une nourriture miraculeuse, la manne, un aliment céleste, comme il est dit dans l'Ecriture- ; Jésus n'en a pas tant fait encore, et il devrait faire davantage ^ S'il fallait prendre ces paroles et tout ce qui précède comme lettre d'histoire, les interlocuteurs de Jésus condamneraient eux-mêmes implicitement ce qu'ils ont voulu faire la veille. On dit que