Cf. XIV, 20, 23; xvii
Cette mutuelle inhabitation du Christ clans le fidèle et du fidèle dans le Christ se fonde sur la participation à une même vie divine, que le Fils tient du Père et qu'il communique à ceux qui le reçoivent dans le sacrement. « De même que le Père » qui est « vivant », qui est le principe éternel de la vie, « m'a envoyé, et que je vis par le Père », à cause du Père, parce qu'il le veut, moyennant la vie que je tiens de lui comme son envoyé, « ainsi celui qui me mange », lui aussi, « vivra par moi *, » à cause de moi, moyennant la vie qu'il tiendra de moi. Il n'y a pas ici deux comparaisons entre le Père vivant, qui envoie, et le Fils qui vit par le Père, puis entre le Fils et le fidèle qui vit par lui, mais une seule comparaison enlre le Fils, envoyé par le Père, vivant par le Père, et le fidèle mangeant la chair du Fils, du Verbe incarné, et vivant par lui. On remarquera que le Fils est dit vivre par le Père en tant qu'envoyé, c'est-à-dire en tant que Verbe incarné : la génération éternelle du Verbe n'est donc pas visée dans ce passage, au moins directement, mais bien la génération temporelle du Fils, la vivification déifique de son humanité par l'incarnation. Jésus est ainsi le Fils premier né, unique en tant que Verbe fait chair, qui a la vie en lui-même par communication du Père, et qui procure à ceux qui croient en lui la faculté de devenir enfants de Dieu, en les rendant participants de la vie divine qu'il a reçue avec plénitude; cette participation a, pour ainsi dire, son point culminant, son symbole effectif dans la communion eucharistique -.
1. V. 57. otà 7<>v TraTÉsa, Si' ètjLÉ. Non « pour le Père » et « pour moi», ou (1 du Père i^ et « de moi », par l'action du Père et du Fils, mais à raison du rapport qui unit le Fils au Père et le fidèle à Jésus.
2. L'emploi du participe présent (Tpwvcov) ne prouve nullement que la raanducation doive être continue, donc purement spirituelle, comme la vie (Meyer-Weiss, 270). Conçoit-on un être toujours mangeant, même par métaphore ?
Après les mots ^ : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et moi en lui », quelques anciens téaioins ~ ajoutent : « comme le Père en moi, et moi dans le Père. En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne prenez le corps du Fils de l'homme comme le pain de vie, vous n'aurez point la vie en lui ^. » La comparaison du Fils vivant par le Père et du fidèle vivant par le Fils est ainsi amenée plus facilement et plus naturellement que dans le texte ordinaire; l'omission accidentelle de ce passage s'expliquerait aisément ^ ; toutefois l'emploi du mot « corps » a de quoi surprendre, dans ce chapitre où l'on a partout le mot « chair », et la tournure : « recevoir le corps du Fils de l'homme comme le pain de vie » a un certain air de glose ^. Si l'addition était authentique, il faudrait dire que l'évangéliste a voulu désigner le plus clairement possible l'eucharistie, en employant en cet endroit la terminologie synoptique ^.
Les dernières paroles de Jésus résument tout le discours : « Tel est le pain descendu du ciel, non comme » celui que « les pères » des Juifs « ont mangé, et » qui ne les a pas empêchés de « mourir. Qui mange ce pain vivra éternellement. » Jésus se désigne encore une fois comme l'uniquepainde vie. Le pain qu'il donne est tel qu'il vient de *dire, un pain vivifiant pour l'éternité, parce que lui-même est le Fils vivant, le Verbe incarné. Et ce pain vraiment céleste n'est pas comme la manne, un aliment vulgaire, qui ne préserve pas de la mort. L'antithèse de la manne et du pain de vie est rappelée dans cette conclusion,