‹ Études évangéliquesChapitre 229 sur 260 · HOLTZMANX · texte numérisé non relu

HOLTZMANX

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lui ; le Christ est tout esprit, même dans sa chair que nous mangeons, clans son sang que nous buvons; et ce n'est certes pas le manger et le boire, la participation au pain qui devient pour nous sa chair, au calice qui devient pour nous son sang, qui par eux-mêmes nous profitent ; mais par les symboles apparents de la chair et du sang, dans la réalité invisible de la chair et du sang, nous communions à Jésus tout esprit, tout vie, osons dire tout Dieu, à condition qu'on ne donne pas à cette expression un sens trop absolu et monophysite. Néanmoins", si cette conception est au fond du discours, elle n'est pas à la surface. Ce que Jésus énonce directement est, si l'on peut s'exprimer ainsi, moins immédiatement chrétien : c'est une invitation à penser ce que nous venons d'écrire. Ce qui est censé dit aux Juifs, c'est que, dans cette matière du pain de vie, l'on doit regarder au principe de la vie qui est Tesprit, non à la chair qui n'est rien, et que manger la chair et boire le sang du Christ étant le moyen de s'approprier sa vie, l'action de manger et de boire doit être appréciée au point de vue de la vie communiquée, non par rapport à ce qui est bu et mangé. Il est clair que ce premier sens, extérieur et littéral, n'est pas tout à fait complet ni entièrement équilibré. La faute en est au procédé de l'évangéliste, qui fait parler Jésus aux Juifs, tout en parlant lui-même à ses contemporains.

La conclusion : « Mes paroles sont esprit, elles sont vie » , montre bien qu'il ne s'agit pas de discours métaphorique à prendre dans un sens purement idéal, car le mot «vie » se rapporte nécessairement à l'objet de l'enseignement, non à sa forme ; donc aussi le mot « esprit » ; l'un et l'autre visent l'enseignement tel qu'il a été donné; dans le sens naturel que présente la double assertion où nous les voyons associés, on ne saurait distinguer un élément de la doctrine, à savoir la forme, qui ne serait pas spirituel et vivifiant, et un autre élément, l'idée cachée sous la

métaphore, qui aurait ces qualités. L'antithèse, encore une fois, n'est pas entre la lettre et Tidée cachée sous la lettre, entre le langage figuré et le sens propre, entre la métaphore et la vérité abstraite, mais entre la réalité spirituelle et vivifiante de la communion à Jésus, communion qui a son expression dernière, son symbole effectif, sa consommation terrestre dans l'eucharistie, et la façon toute grossière et matérielle dont les Juifs comprennent l'enseignement du Sauveur et le sacrement chrétien. Les « paroles » dont il s'agit ne sont pas seulement la dernière partie du discours ', elles ne sont pas non plus l'enseignement de Jésus en général -, ou du moins, si l'évangéliste a cette arrière-pensée et veut insinuer le caractère perpétuellement vivifiant du Verbe révélé, la référence immédiate est à tout le discours qui vient d'être prononcé touchant le pain de vie, nourriture du chrétien. On entend volontiers le mot « parole » au sens commun de ce mot dans les langues classiques et modernes, et l'on interprète la phrase en ce sens, que les paroles de Jésus transmettent la vie spirituelle ^. Mais quand même « parole » ne serait pas, en cet endroit, synonyme de chose, comme il arrive souvent en hébreu ^, il y a, par l'efTet du réalisme mystique qui caractérise le quatrième Evangile, comme une sorte d'hébraïsme dans la pensée générale, qui n'est pas : « mes paroles sont véhicule d esprit et de vie », mais plutôt : « l'objet dont je vous ai entretenus est une réalité spirituelle, vivante, vivifiante », ou bien : « les choses dont je vous ai parlé sont de l'esprit, de la vie. » Les paroles du Verbe incarné ne représentent pas des vérités abstraites, mais des réalités trans-

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