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3. Cf. Marc, ii, 16, et noter la modification introduite dans Luc, v, 30, comme si lévangéliste se réservait de ne faire mettre Jésus en cause que dans xv, 2.
pour entendre le Christ, et ses relations particulières avec eux sont choses différentes. Luc n'y regarde pas de si près; il veut tout raconter « avec ordre », et pour que les paraboles de la miséricorde se détachent de la leçon du renoncement, un court préambule, rappelantde façon quelconque les relations de Jésus avec les pécheurs et le scandale qu'en avaient les pharisiens, prétendus justes, lui a paru indispensable. Cet artifice de rédaction n'a porté aucun préjudice aux paraboles qui suivent; si l'histoire du Fils prodigue a pu être travaillée et développée, les deux petites paraboles ont certainement gardé, sauf peut-être en quelque détail insignifiant, la forme qu'elles avaient dans la source et qui sans doute remonte à Jésus luimême.
Matthieu n'a que la parabole des Cent brebis, et dans un contexte tout différent. 11 l'a insérée dans un discours sur le scandale, et, pour l'adapter à ce thème, il abrège la conclusion, tirant de la fable une autre morale. Rien de plus naturel que le récit de Luc : « Quel homme parmi vous, ayant cent brebis et en perdant une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf dans le désert, pour s'en aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve? Et quand il l'a retrouvée, il la met sur ses épaulçs avec joie, et, arrivé à la maison, il convoque les amis et les voisins, leur disant : « Réjouissez-vous avec moi, parce que j'ai trouvé ma brebis qui était perdue, » Je vous dis que de même il y aura plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatrevingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. » Simple comparaison, mais d'un équilibre parfait et d'une merveilleuse lucidité : le berger est heureux quand il retrouve sa brebis ; Dieu pareillement, quand il retrouve le pécheur. Cette harmonie et cette clarté disparaissent dans le premier Évangile : « Gardez-vous de mépriser aucun de ces petits; car je vous dis que leurs anges, dans
LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE l /
les cieux, voient constamment la face de mon Père qui est dans les cieux. Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis et que Tune d'elles s'égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf sur les montagnes, pour aller chercher celle qui est égarée? Et s'il lui arrive de la trouver, je vous dis qu'il y aura plus de joie à son sujet que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Ainsi n'est-ce pas la volonté de votre Père des cieux qu'un seul de ces petits périsse. » Même sous la forme abrégée où Matthieu la réduit, la fable ne mène pas à la leçon qu'il y veut joindre. Un humble croyant qui pourrait être scandalisé n'est pas dans la situation d'une brebis égarée, mais d'une brebis qui aurait chance de s'égarer, telle occasion étant donnée. Si les brebis représentent les fidèles, comme l'entend l'évangéliste, la conclusion naturelle serait que Dieu s'intéresse aux âmes des pécheurs qui sont hors du bercail, comme des brebis égarées, et que la conversion de ces malheureux procure, en un sens, plus de joie au ciel que la fidélité de ceux qui n'ont pas péché. Mais c'est précisément ce paradoxe dont l'évangéliste n'a pas voulu, et qu'il a éliminé de son livre. Il s'est interdit de montrer Dieu plus sensible au retour des coupables qu'au bon service des justes; s'il fait voir dans les cent brebis les disciples, c'est pour ne pas laisser entendre que Jésus aurait pu appeler justes des gens qui ne croyaient pas en lui ; il prend la comparaison comme une allégorie, et, reconnaissant dans le Christ le pasteur des brebis, il n'a plus que faire de la convocation des amis et voisins qui participent à la joie du berger. 11 a connu la parabole dans son intégrité ; ne jugeant pas à propos de la reproduire telle qu'il la lisait dans la source où Luc Ta trouvée comme lui, et croyant pouvoir l'employer pour sa leçon contre le scandale des faibles, il en a élacfué tout ce qui résistait à l'application qu'il avait en vue. Quant à la parabole des Dix drachmes, il ne pouvait l'utiliser,
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parce qu'elle ne signifie rien sans sa conclusion, qui est précisément ce que MaLthieu a retranché de la parabole des Cent brebis. On aurait tort de supposer qu'il a pu ignorer les Drachmes, car un élément de cette parabole est retenu dans le cadre qu'il a composé pour les Cent brebis * : la pensée des anges n'était pas autrement suggérée par celle du scandale des petits ; l'évangéliste parle des anges parce qu'il en était fait mention dans la source où il a pris la parabole. Gomme il transforme, en la résumant, la conclusion des Cent brebis, il retourne dans son préambule : « Car, je vous le dis, leurs anges, dans les cieux, voient constamment la face du Père qui est aux cieux », la conclusion de la parabole des Dix drachmes ^ : « Ainsi, vous dis-je, il y aura joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur repenti. » Les anges prennent intérêt aux petits dans Matthieu comme au pécheur repentant dans Luc.
Des récits plus étendus permettent de saisir le travail d'interprétation et de développement qui s'est accompli sur les paraboles dans la rédaction des Evangiles. Un bon exemple se rencontre dans la parabole du Festin. Matthieu ^ et Luc ^ la rapportent dans un cadre différent, et de part et d'autre la combinaison paraît artificielle ^.