‹ Études évangéliquesChapitre 231 sur 260 · OniGÈNE, Cels. II · texte numérisé non relu

OniGÈNE, Cels. II

là, il observe que Jésus lui-même n'en a pas été surpris: le Christ savait d'avance tout ce qui devait lui arriver; il ne s'est jamais fait d'illusion à l'égard des gens à qui s'est adressée sa prédication, parce qu'il a connu dès le début leurs dispositions intimes, ce dont ils étaient capables, ce que lui-même pouvait attendre d'eux ; il a discerné dès l'abord a ceux qui ne croyaient pas ' » réellement, « et celui qui devait le trahir ».

Le « commencement » dont il s'agit ne peut pas être le commencement de l'entretien ^, à moins qu'on ne considère l'entretien lui-même comme figurant l'ensemble ou du moins la période principale de la prédication galiléenne. Mais si l'on reste dans la perspective du récit, comme l'auditoire comprend des gens qui suivent Jésus depuis un certain temps et qui sont appelés disciples, le « commencement » par rapport à ceux-là ne peut être que leur première rencontre avec le Sauveur. Les interprètes anciens admettaient volontiers que ce commencement signifiait l'éternité-^; mais l'économie naturelle du discours et la comparaison d'autres passages demandent que l'on reste dans le temps. Si l'évangéliste affirme volontiers la préexistence du Sauveur et la gloire dont il a joui de toute éternité près du Père, il ne parle jamais de sa prescience éternelle relativement à sa mission terrestre. En prenant comme lettre d'histoire ce qui est dit ici de la science de Jésus, on est amené à conclure que le Sauveur a choisi Judas en qualité d'apôtre, sachant bien que Judas le trahirait, et comme s'il avait

.1. Plusieurs anciens témoins onrtettent la négation. La version syriaque du Sinai dit simplement : « Car Jésus savait depuis le commencement qui devait le trahir. »

2. Meyer-Weiss, 277 : Depuis que les auditeurs avaient commencé à ne pas croire, depuis le moment où le discours les avait choqués. Cf. XVI, 4, où la même locution est employée, et rapprocher xv, 27.

3. S. Augustin, Theophylacte, Rupert. « Sed non videtur tam longe evangelista respexisse. » Maldonat, II, 645.

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voulu ménager la possibilité de cette trahison. Les anciens commentateurs n'y voyaient pas d'inconvénient; Jésus agissait comme Dieu, posant toutes les conditions requises pour l'accomplissement des desseins providentiels, et Judas, pour être l'instrument d'un crime nécessaire, ne laissait pas d'en être l'auteur libre et responsable ^ Telle est assurément la pensée de l'évangéliste. Les modernes ont plus vivement senti ce qu'il y a de choquant, au point de vue psychologique et moral, dans les relations, ainsi comprises, du Christ avec Judas. On observe que Judas n'est pas mauvais quand Jésus le choisit, et que les déclarations du Sauveur touchant le futur traître étaient comme une invitation qui lui était faite de se convertir 2. Mais on oublie que ces déclarations ont forme de prédiction absolue, non d'invitation à résipiscence. Que signifierait une exhortation dont l'auteur saurait, de science certaine, qu'elle n'aura pas de fruit? Un savant critique ^ n'hésite pas à dire que l'incrédulité de Judas commence justement avec l'impression qu'a faite sur lui le discours sur le pain de vie, impression que Jésus a remarquée aussitôt, « dès l'abord », sans l'avoir autrement prévue. Détour ingénieux, mais qui fausse entièrement l'idée contenue dans le texte, à savoir celle d'une connaissance et d'une prévision surnaturelles existant « dès l'origine », dès les premières relations de Jésus avec ses disciples et ses auditeurs galiléens.

1. « Augustino et Bedae assentiri non possum qui existimant Judara a Christo malum, qualis postea fuit, scienter electura fuisse, eo ipso consilio ut esset aliquis ex suis qui se proderet. » Maldonat, II, 650. S. Jérôme admettait que Judas était bon quand il fut élu : « Deus praesentia judicat, non futura ; nec condemnat ex praescientia quem noverit lalem fore qui sibi postea displiceat : sed tantae bonitatis est et ineffabilis cleraentiae, ut eligat eum quem intérim bonura cernit et scit malum fulurum, dans ei potestatem conversionis et poenitentiae. » Adv. Pelag. III, G [Patrol. lat. XXIII, 575).

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