‹ Études évangéliquesChapitre 25 sur 260 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

6. Noter surtout lartifice de la transition dans xiv, 15, et la combinaison littéraire moyennant laquelle le conseil de prendre la dernière place est adressé aux invités, puis la leçon sur les invitations, à Ihôte, et enfin la parabole au convive auteur de l'exclamation qui fournit prétexte à la parabole.

contenait que la parabole; ce sont les évangélistes qui ont voulu la pourvoir d'un cadre historique. Mais la parabole même a été retouchée et complétée.

Dans Luc il s'agit d'un riche particulier qui donne un repas à des gens de son monde : à grand festin beaucoup d'invités. Dans Matthieu, l'homme qui invite est un roi, et le festin qu'il donne est pour les noces de son fils : on ne parlera plus ensuite ni des noces ni du fds; mais l'évangéliste a vu dans ce repas le festin messianique ; Jésus est l'époux; celui qui donne le festin est Dieu, le roi du monde. Luc n'est pas plus ennemi de l'allégorie que Matthieu ; s'il avait trouvé ces détails dans la source, il ne les aurait pas supprimés. La suite du récit est meilleure dans le troisième Evangile : l'invitation a été faite quelques jours à l'avance et universellement acceptée ; l'heure n'a pas été indiquée avec précision, parce que l'usage comporte une seconde invitation le jour même, pour le rassemblement des convives; le maître envoie donc son valet, au dernier moment, prévenir les invités ; mais ceux-ci se récusent en alléguant divers prétextes, dont trois sont cités à titre d'exemples qui forment une sorte de gradation; après quoi le serviteur rend compte au maître de ce qui lui a été dit. C'est peu d'un serviteur pour un homme si riche, et pour un si grand festin où il y tant d'invités. Comme les serviteurs sont toujours en nombre dans Matthieu, on a pu supposer avec vraisemblance que Luc avait parlé d'un seul serviteur parce qu'il voyait dans ce serviteur le Christ lui-même, et Dieu dans le maître ^ Les raisons des invités devaient être au moins indiquées dans la source, puisque Matthieu dit que Tun s'en alla à la campagne, et l'autre à son négoce ; s'il n'est pas question du marié, c'est que cette excuse n'était pas facile à transposer dans le récit du premier P]vangile, où

!• JuLiciiEii, II, 410, 41G.

LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 21

on ne voulait pas parler d'autres noces que celles du prince royal. Sauf le détail du serviteur unique, la mise en scène de Luc est tout à fait satisfaisante.

On n'en peut dire autant de Matthieu, qui envoie deux fois coup sur coup les serviteurs aux mêmes invités. La formule d'invitation est développée d'après celle qui est employée au livre des Proverbes ', pour le festin de la Sagesse. Le double envoi des serviteurs a de quoi surprendre, et ce qui est plus étonnant encore est le trait que l'évangéliste signale après les excuses - : « et les autres, s'emparant des serviteurs, les outragèrent et les tuèrent ». Ce n'est pas ainsi d'ordinaire que sont accueillies les invitations royales. Mais on a voulu signifier par là le meurtre de Jean-Baptiste, du Christ, d'Etienne, de Jacques. L'attention n'est pas dirigée expressément vers Jésus, parce qu'il est déjà le fils dont on célèbre les noces, et qu'il ne peut être désigné en même temps comme serviteur massacré. Des deux envois de serviteurs, le second seul, avec le message et les excuses qui s'y rapportent, appartient à la parabole primitive; le premier a été imité de la parabole des Mauvais vignerons, pour figurer la prédication inutilement adressée par les prophètes au peuple juif. Tout ce développement allégorique, étranger à Luc et à la source primitive, se continue dans Matthieu, sans aucun égard à la vraisemblance du récit.

En apprenant ce qu'ont fait les invités, le roi se fâche et il envoie ses armées, qui font périr les meurtriers et qui brûlent leur ville. N'habitait-il donc pas dans cette cité, où devait avoir lieu le festin ? et que devient le repas pendant cette exécution qui n'a pu se faire en un clin d'œil ? Comme si de rien n'était, le roi dit à ses serviteurs

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