‹ Études évangéliquesChapitre 26 sur 260 · IX · texte numérisé non relu

IX

que le festin est prêt et que les invités n'en étaient pas dignes : qu'on aille dans les carrefours chercher les premiers venus. Mais dans quels carrefours, puisque la ville n'existe plus? Et le roi a-t-il toujours autant de serviteurs, bien qu'on les lui ait tués ? Ces contradictions et ces impossibilités, qui rendent la parabole inintelligible, et qui l'auraient faite ridicule pour ceux qui l'auraient entendu conter de la sorte, n'existent pas pour l'évangéliste, qui allégorise la donnée primitive et qui nevoit que son allégorie ; grâce aux interpolations qu'il y a pratiquées, la parabole du Festin devient une vision apocalyptique où la destruction de Jérusalem par les Romains apparaît comme le juste châtiment du peuple juif, qui a fait mourir Jésus, son précurseur et ses disciples; si la Jérusalem de la terre est ruinée, celle du ciel prendra bientôt sa place, et c'est à ce festin de la Jérusalem céleste qu'Israël était convié, que les croyants de toute nation sont maintenant invités. Tous ces suppléments allégoriques viennent de l'évangéliste ou de sa tradition; leur auteur n'a pas senti l'atteinte qu'il portait au récit primitif; il vivait après la prise de Jérusalem par Titus ; ce n'était pas un auditeur de Jésus, rédigeant la parabole d'après ses souvenirs personnels, mais un écrivain secondaire qui interprétait, tout en le copiant, un texte déjà fixé. Luc ignore ces gloses : le maître,* instruit du refus des invités se contente d'envoyer le serviteur par les rues chercher « les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux ^ » ; l'énumération est dans le style de l'évangéliste, et le trait plus sobre de Matthieu ^ : « appelez au festin tous ceux que vous trouverez », représente sans doute la rédaction primitive.

Les divergences s'accentuent encore, s'il est possible,

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