‹ Études évangéliquesChapitre 27 sur 260 · V. 21 ; cf. V · texte numérisé non relu

V. 21 ; cf. V

dans le dénouement de l'histoire. Un seul trait est commun aux deux relations et doit venir de la source : la maison où se donnait le festin a été pleine, pour finir, avec les gens que les serviteurs ont ramassés au hasard. Dans Luc, la maison se remplit en deux fois, et le serviteur fait deux vovajjes ; le maître a commandé d'aller chercher tous les misérables de la ville, et, par une liberté singulière de la narration, le serviteur répond à cet ordre, comme s'il était exécuté, en disant qu'il reste de la place ; le maître prescrit une tournée supplémentaire hors des murs, et il ordonne de presser les gens; ainsi l'aristocratie de la ville a été d'abord invitée; puis, sur son refus, les pauvres ont été amenés ; enfin ceux du dehors sont poussés vivement à entrer au festin ; alors seulement le maître manifeste l'intention de voir la maison pleine et prononce une sentence de condamnation contre les premiers invités, comme s'ils ne s'étaient pas eux-mêmes exclus de la fête; l'exécution du dernier ordre est sous-entendue comme celle du premier, et l'histoire finit ainsi. La préoccupation allégorique apparaît clairement dans la finale. Luc pense au règne messianique, où les invités du maître, c est-à-dire les tenants du judaïsme officiel et pharisaïque, n'auront point de part; il y pense tellement qu'il a oublié que le maître parlait à son unique serviteur, et il lui met dans la bouche ces mots : « yc vous dis ' », qui conviendraient seulement à Jésus faisant l'application de la parabole, bien que le* maître, c'est-à-dire Dieu, soit en scène, puisqu'il dit : « mon festin » ; la seconde mission du serviteur est substituée, dans le récit, à l'accomplissement de la première, qui était la seule, celle que Matthieu connaît; cette seconde mission introduit dans la parabole une particularité invraisemblable, les pauvres qui ont été recrutés

dans la ville attendant, pour goûter au festin, qu'on ait ramené les vagabonds de la banlieue ; c'est que l'évangéliste a vu dans les premiers invités les Juifs incrédules, dans les pauvres de la ville les convertis du judaïsme, dans ceux du dehors les convertis de la gentilité; il conçoit les incrédules comme riches, et les fidèles comme pauvres, ce qui donne à son allégorie une couleur de révolution sociale que n'a pas celle de Matthieu; le judaïsme officiel est comme un groupe de gens opulents auxquels se substituent, pour la possession du royaume, deux groupes de pauvres, d'origine différente, qui se fondent en un dans la salle du festin K Le caractère adventice de l'allégorie résulte de l'incohérence qu'elle met dans le récit, et du contrôle que le premier Evangile, qui allégorise dans un autre sens, permet d'exercer sur le troisième.

Dans Matthieu, les serviteurs du roi ont ordre de ramasser sur la voie publique les premiers venus, et non pas précisément les pauvres et les infirmes. L'ordre s'exécute, et, comme il est naturel, la salle du festin est pleine aussitôt. Mais l'évangéliste observe qu'on a pris tout le monde, « bons et mauvais ~ » ; ce détail, qui correspond à la distinction des bons et des mauvais poissons dans la parabole du Filet "^, sert à préparer un acte supplémentaire du petit drame parabolique, l'incident de l'homme qui est entré sans vêtement de noces dans la salle du festin. Ce trait, ignoré de Luc, vient ici en surcharge, comme la seconde mission du serviteur dans le troisième Evangile. La salle du festin devient la communauté chrétienne, l'Eglise, dont tous les membres ne sont pas également saints ; il ne suffit pas d'y entrer pour être admis définit-ivement au festin, c'est-à-dire au bonheur

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