Strauss, Ewald, ap. JOlicher, II
tout à fait dans l'esprit du premier Evangile et qui doit sans doute être attribuée à son rédacteur.
Quand on a élagué les développements allégoriques, propres à chaque évangéliste, qui altèrent le récit et se dénoncent mutuellement comme des additions plus récentes, on obtient une fable ainsi conçue : il en est du royaume des cieux comme d'un homme qui donnait un grand festin, auquel il avait invité plusieurs personnes; il envoya ses serviteurs, à l'heure du repas, dire aux invités que tout était prêt, et tous se mirent à s'excuser, alléguant divers prétextes ; les serviteurs s'en retournèrent avertir leur maître de ce refus; le maître irrité déclara que ses invités ne méritaient pas l'honneur qu'il leur avait fait, et il envoya ses serviteurs chercher dans les carrefours les premiers venus, pour prendre ce repas qui était préparé. Simple fable où ni le maître, ni les serviteurs, ni les invités, ni le festin, ne sont des termes allégoriques. La fable tout entière n'est qu'un terme de comparaison pour le royaume des cieux. Elle était probablement dirigée, dans son application, contre les pharisiens, les enfants d'Abraham qui se considéraient comme les seuls héritiers légitimes du royaume des cieux ; rejetant l'Evangile, ils renonçaient au royaume; mais l'invitation divine ne serait pas frustrée de tout effet, et le royaume serait pour les publicains et les pécheurs qui en acceptaient la promesse K Le royaume des cieux n'est pas le festin de la parabole; il y est seulement comparé; de même la situation des pharisiens et celle des pécheurs à l'égard du royaume est seulement analogue à la situation respective des premiers et des derniers invités à l'égard du festin. Mais comme on se représentait volontiers le royaume lui-même en manière de festin et de pâque éternelle, l'allégorie s'est facilement introduite dans la parabole.