JuLICHER, II
Cet exemple permet de voir comment la tradition chrétienne et les évangélistes interprétaient les paraboles, en les répétant ou en les transcrivant. L'analyse d'autres morceaux, tels que la parabole des Talents' et des Mines-, accuserait le même mélange d'explication allégorique, introduite dans des récits beaucoup plus simples et tout à fait clairs, faits pour être pris à la lettre et servant à élucider, par voie de comparaison, une leçon religieuse et morale qui était contenue seulement dans l'application de la parabole. Que les évangélistes aient pris ces libertés vis-à-vis des récits primitifs, on n'a pas lieu d'en être surpris ni scandalisé. M. Jiilicher 2 observe très judicieusement que si les apôtres et les premiers missionnaires de la nouvelle foi avaient été des écrivains méticuleux, préoccupés d'écrire sur leur Maître, pour la postérité, des mémoires très exacts et très complets, ils n'auraient pas fondé le christianisme. Vivant pour l'Evangile qu'ils prêchaient, ils y ont mis du leur, autant qu'il fallait pour le faire entendre. Pareillement, les évangélistes, en copiant les paraboles ne se sont pas retenus de dire ce qu'ils y trouvaient. Et si leurs explications ne sont pas un commentaire historique des paraboles, elles n'ont pas non plus la prétention de l'être; elles ne visaient que l'édification des lecteurs et se proportionnaient à leurs besoins moraux et à leurs préoccupations, qui étaient les besoins et les préoccupations de l'Eglise au temps où nos Évangiles furent écrits.
Les modifications qui se rencontrent le plus ordinairement dans les paraboles sont des compléments rédactionnels, et ces compléments sont de deux sortes, purement descriptifs, ou bien doctrinaux, selon qu'ils tendent à orner le récit ou à en étendre la signification. Ces addi-