Luc, XIX
lions se produisaient en quelque sorte d'elles-mêmes ; mais comme elles sont affaire de rédaction, elles n'ont pu être qu'assez rarement inconscientes, bien qu'elles n'aient aucunement le caractère de fraude. Celles de la première catégorie, en tant qu'on peut les distinguer des autres, sont généralement de moindre conséquence. Il était inévitable qu'on accentuât certains traits, que l'on ajoutât certains détails ; et dans la pratique, il n'est pas toujours facile au commentateur de discerner si tel élément de la description est primitif ou secondaire. Dans la parabole du Semeur, Luc ^ ne se contente pas de dire, avec Marc et Matthieu, que la semence tombée le long du chemin fut mangée par les oiseaux; il dit d'abord qu'ell fut foulée aux pieds, ce qui n'est pas hors de propos, mais a chance néanmoins d'être adventice au récit. Dans les trois Evangiles, on déclare que la lampe n'est pas allumée pour être mise sous le boisseau; Marc ^ et Luc ^ ajoutent : « ni sous le lit », et il est malaisé de savoir si ce « lit » a été ajouté par Marc, ou omis par Matthieu''. Quand l'addition est mal venue, elle se trahit elle-même. Ainsi la comparaison du figuier qui annonce la belle saison est satisfaisante dans Marc ^ et dans Matthieu ^ ; mais Luc ^, en écrivant : « Voyez le figuier et tous les arbres », la détruit presque, vu qu'on ne peut pas affirmer de tous les arbres que l'été est proche quand ils poussent des feuilles. Dans la comparaison de la pièce neuve sur un vieil habit, Luc ^ force la note en imaginant une pièce que l'on couperait dans un habit neuf, pour en raccommoder