VIII AVANT-PROPOS
revint le prodigue qui l'avait quitté ; il prouvait l'exaucement de la prière par l'exemple du juge qui finit par faire droit à la requête de la veuve importune. Comparée à l'immense développement doctrinal qui en est ultérieurement sorti, la prédication authentique du Christ est le grain de sénevé, la petite semence, d'où provient une grande plante. Consistant d'abord en quelques assertions de foi, sur lesquelles se fondent des exhortations morales, elle apparaît déjà, dans les trois premiers Evangiles, entourée d'un commentaire apocalyptique et théologique.
Mais, dans les Synoptiques, la glose traditionnelle ne recouvre pas d'ordinaire le texte qu'elle interprète. Il n'en est plus de mên)e dans le quatrième Evangile, où la théologie énoncée dans le prologue domine l'ouvrage entier, et les récits de faits aussi bien que les discours. Le sens du prologue et son rapport avec le corps du livre ont été diversement' appréciés. Peut-être cherche-t-on dans ce morceau plus de choses que l'auteur n'en a voulu mettre. Certaines conclusions particulières de l'étude qu'on va lire sur ce sujet ont été rejetées, plutôt que réellement discutées, par de savants exégètes qui se déclarent soucieux de maintenir la richesse doctrinale du texte johannique. On a surtout critiqué la lecture des versets 4-5 : « Tout a été fait par lui (le Verbe), et sans lui rien n'a été fait ; en ce qui a été fait (c'est-à-dire dans le monde) il y eut vie, et la vie était la lumière des hommes. » Comme cette apparition de la vie dans le monde avaitété entendue delà manifestation du Verbe incarné, on a dit que l'interprétation du prologue se trouvait ainsi subordonnée à une combinaison rythmique du discours, et conçue en dehors de la situation historique d'où le quatrième Evangile est sorti. La raison de ces assertions ne semble pas très facile à discerner. Notre commentaire attribue simplement, dans ce passage, aux mots a lumière » et « vie «, le sens qu'ils ont dans tout le livre, et il ne doit pas y avoir là une violation des règles communes de la critique historique. Ceux qui pensent que la proposition : « La vie était la lumière des hommes», signifie l'action du Verbe avant l'incarnation, pourraient entendre de même : « En ce qui fut fait, il y eut vie. » Ce n'est pas le rythme qui s'y oppose, mais l'acception ordinaire des mots et le rapport logique des cinq premiers versets avec la suite du piologue et le reste du livre. D'autres ont déjà pensé que ces cinq versets constituent, h