‹ Études évangéliquesChapitre 45 sur 260 · Cf. JilLICHER, II · texte numérisé non relu

Cf. JilLICHER, II

autres parabolesn'estpasplus compliqué, etleur objetn'est pas plus mystérieux. L'homme qui trouve un trésor dans le champ d'autrui et qui le cache afin d'acheter le champ avec le trésor, n'est pas un prodige d'honnêteté, mais son histoire fait voir comment il ne faut pas hésiter à sacrifier un petit bien pour un plus grand; l'homme au trésor a fait un bon marché en vendant tout ce qu'il avait, pour gagner une fortune ; de même on gagne tout en renonçant aux biens de ce monde pour s'assurer le royaume des cieux. L'histoire de l'homme aux perles n'est pas plus édifiante en elle-même, et comporte la même application. Dans la fable des Dix jeunes filles, les cinq prudentes ne sont pas plus des modèles de piété que les cinq étourdies ne sont des personnes méprisables ; mais on apprend de leur aventure à se tenir prêt pour l'avènement du royaume céleste, comme ces jeunes filles avaient à être prêtes pour l'arrivée de l'époux, La parabole, en ellemême, n'est pas plus riche de signification qu'une fable ordinaire, et la leçon morale de la parabole est dans son application, comme celle de la fable.

On peut objecter que les évangélistes ont vu autre chose dans les paraboles, et qu'ils ont cherché, au moins dans quelques-unes, le sens mystérieux qui appartient aux allégories. Mais la portée de cette difficulté se trouve grandement atténuée par ce qui a été précédemment remarqué touchant les parties allégoriques de certaines paraboles. Ces éléments ne sont pas primitifs ni conformes au sens original des récits où on les a introduits. Leur présence atteste que les évangélistes croyaient devoir attribuer aux paraboles un sens plus élevé que le sens littéral, mais, au point de vue de l'histoire, elle ne justifie pas cette persuasion, puisque le caractère adventice et le fâcheux effet des additions allégoriques démontrent que l'allégorie est superposée à la parabole comme un élément étranger. En dehors des morceaux où l'allégorie est ainsi

LES PARABOLES DE LÉVANGILE -l3

interpolée, il n'existe que deux paraboles qui soient traitées en allégories et pourvues d'une explication complète, la parabole du Semeur, dans les trois Synoptiques, et celle de l'Ivraie, dans Matthieu; dans uneautre parabole dupremier Évangile, celle du Filet, l'interprétation allégorique s'adjoint au récit et le domine; enfin une parabole non pourvue d'explication, celle des Mauvais vignerons, qui se trouve dans les trois Evangiles, est allégorique d'un bout à l'autre *. La part de l'allégorie est donc assez restreinte, et l'on aurait presque raison de s'en étonner, puisque les évangélistes ont vécu en un temps et un milieu où des textes bien plus ingrats que les paraboles, par exemple le Lévitique, étaient exploités par les allégoristes. En fait, les évangélistes n'ont appliqué leur conception théorique de la parabole qu'à un très petit nombre de pièces et à quelques détails des autres. Il serait donc possible de formuler une définition de la parabole où l'allégorie ne figurerait qu'à titre d'élément exceptionnel ; mais on peut se demander s'il y a lieu d'admettre l'exception.

La parabole du Semeur, en tant que parabole de la parole, occupe la première place dans le discours que Marc et Matthieu ont compilé pour donner une idée du genre. C'est à raison de sa place et de son objet que cette parabole est devenue le type auxquel se sont rattachées les spéculations chrétiennes sur le but de l'en-

1 . La parole sur les garçons de noces qui jeûneront quand l'époux leur sera enlevé (Marc, ii, 19-20^ se présente maintenant comme une allégorie. Mais si Jésus s'était désigné lui-même comme époux, son argumentation n'aurait pas eu de force probante ; il aurait simplement affirmé que ses disciples ne pouvaient pas jeûner tant qu'il était avec eux. Le sens primitif de la réponse paraît avoir été : les garçons de noces ne peuvent jeûner tant qu'ils sont en fête avec l'époux ; si l'époux vient à être enlevé inopinément la fête est finie, les compagnons de l'époux sont affligés ; ainsi les disciples du Baptiste jeûnent, n'ayant plus leur maître, et ceux de Jésus ne jeûnent pas, l'ayant avec eux. Jûlicher, II. 188.

seignement parabolique. De là vient qu'un récit très clair en lui-même a été pourvu d'une explication, et qu'il est censé justifier la théorie dogmatique de l'obscurité providentiellement aveuglante des paraboles. Les trois Synoptiques veulent y voir une allégorie. Selon eux, l'histoire du semeur signifierait, non par manière d'application et de comparaison, mais directement, que la parole de Dieu manque son effet chez beaucoup de ceux qui l'entendent, soit par l'artifice du démon, soit par défaut de courage devant la persécution, soit par la préoccupation des intérêts et des plaisirs terrestres, et qu'elle l'obtient chez d'autres qui la gardent et en qui elle devient féconde. L'idée fondamentale de l'explication n'est pas que le résultat dépend des dispositions de chacun, car cette idée ne ressort pas du premier cas ; mais on fait dépendre le succès, au moins dans Marc et dans Luc, de la bonne volonté de ceux qui acceptent et retiennent la parole, tandis que, sur les trois cas d'insuccès, deux sont attribués à la faiblesse et à l'esprit mondain de ceux qui ne persévèrent pas. Il ne s'agit donc pas de montrer que le bon vouloir est la condition du salut, mais pourquoi rÉvangile ne compte pas plus d'adhérents, pourquoi surtout il ne relient pas tous ceux qui ont paru s'attacher à lui. Cette interprétation homilétique a visiblement pour but, dans les deux premiers Evangiles, de rendre compte du déchet qui se produit sur les gains apparents de la prédication chrétienne, non de faire valoir la qualité des croyants qui persévèrent; Luc seul a pensé à mettre en relief leur constance.

Un tel commentaire serait mieux placé dans la bouche d'un prédicateur chrétien des premiers temps que dans celle de Jésus. On y suppose que l'adhésion à l'Evangile est la profession d'une foi qui est combattue au dehors et qui exige, avant la récompense, une longue pratique du désintéressement et de la mortification ; la communauté

chrétienne est donc constituée ; elle est persécutée au moins par les Juifs; de nombreuses défections ont eu le temps de se produire, soit à raison des difficultés extérieures, soit pour des motifs d'ordre purement moral, par l'impuissance où plusieurs se sont trouvés de rester fidèles à l'idéal qui les avait d'abord séduits. Si la personne du semeur s efface, c'est parce que l'on songe à la situation présente de la communauté, non au ministère personnel de Jésus. L'explication ne sort pas naturellement de la parabole; elle veut êlre l'interprétation d'une allégorie et non l'application d'une simple comparaison ; mais qu'on la prenne pour, l'une ou pour l'autre, le rapport d'analogie sur lequel on l'appuie est en partie conventionnel. La difficulté qu'on a eue à établir ce rapport s'accuse dans la gaucherie des formules auxquelles on a recours pour le signifier; on n'a pas su dire si le grain semé représentait la parole prèchée, ou les hommes qui l'ont entendue, en sorte que le développement de la pensée, et non seulement du discours, reste équivoque d'un bout à l'autre '. Aucun autre exemple de pareille maladresse ne se rencontre dans les documents de la tradition évangélique. Un prédicateur vulgaire peut être ainsi embarrassé dans l'interprétation d'un texte donné ; mais Jésus n'aurait-il pas été plus à l'aise dans l'application de sa fable? La distinction des catégories d'auditeurs ne devait pas se faire en partant de la semence, qui est la même partout, mais d'après les sortes de terrain. Dire que les auditeurs ne sont pas la semence, et qu'ils ne sont pas seulement le terrain, mais plutôt le terrain avec la semence -, est constater le vague d'une relation qui devrait être dessinée avec plus de netteté si l'auteur de la parabole l'avait perçue. La correspondance n'est pas plus

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