‹ Études évangéliquesChapitre 48 sur 260 · Matth. XIII · texte numérisé non relu

Matth. XIII

pas moins une valeur symbolique, et l'histoire ne serait pas vraisemblable si on la prenait à la lettre. Le propriétaire du champ, qui est pourtant un homme très riche, puisqu'il a de nombreux serviteurs, a semé lui-même sa terre : c'est que ce propriétaire est le Christ, que la semence est l'Evangile, que le champ est le monde. 11 n'est pas ordinaire qu'on sème l'ivraie dans les champs, à bonne ou mauvaise intention : mais c'est qu'ici l'ennemi est le diable, et l'ivraie les faux frères. Si l'ivraie apparaît seulement quand le blé est déjà grand, c'est que la pousse du blé signifie la fondation des communautés, et la présence constatée de l'ivraie, les scandales survenus dans les communautés déjà constituées. Le propriétaire, qui a semé son champ, est censé ne l'avoir pas visité depuis; il sait néanmoins qu'il y a de l'ivraie dans le champ, et il sait aussi comment elle y est venue; ses serviteurs, de leur côté, ne savent que penser ni que faire, comme si le cas était tout à fait nouveau et que les laboureurs palestiniens n'eussent jamais vu d'ivraie dans un champ : c'est que Jésus, après avoir semé l'Evangile, a quitté la terre, et que ses serviteurs y sont demeurés; maintenant ils demandent à leur Maître glorifié, qui sait d'où viennent les scandales de l'Eglise, quelle conduite on doit tenir à l'égard de la semence diabolique, de ceux qui troublent l'ordre des communautés et nuisent à leur édification ; un paysan ne demanderait pas s'il faut arracher l'ivraie, mais les serviteurs du Christ peuvent le demander, parce qu'ils ignorent s'il faut rejeter impitoyablement hors de la société chrétienne tout membre négligent, suspect ou pécheur; le dialogue entre le maître et ses gens, qui n'aurait pas de sens entre hommes des champs, est très significatif par rapport à l'histoire des premiers groupes chrétiens. Le maître semble établir entre ses serviteurs et les moissonneurs une distinction absolue qui n'a pas de raison d'être s'il s'agit d'un pro-

LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 49

priétaire rural qui cultive son domaine : c'est que les serviteurs sont des hommes, les fidèles, surtout les directeurs d'Églises, et que les moissonneurs sont les anges qui assisteront le Christ dans le jugement dernier '. La précaution de ramasser l'ivraie en bottes, pour la brûler avant que l'on s'occupe du froment, ne répond à aucun intérêt du cultivateur : c'est que l'éloignement des pécheurs et des damnés est la condition préalable du bonheur des justes et des élus ; on lie les bottes d'ivraie, comme on lie pieds et poings de l'homme qui est entré sans robe nuptiale au festin du roi -, et ces bottes d'ivraie sont des catégories de pécheurs. Aucun élément de la parabole ne reste en dehors de l'allégorie, comme il arrive en d'autres récits où l'allégorie a l'air d'une interpolation. L'indication : « pendant que les hommes dormaient " », équivaut à : « pendant la nuit », et signifie que Satan fait ses coups dans les ténèbres, sans qu'on l'ait prévu et sans qu'on s'en aperçoive ; ce trait pourrait d'ailleurs avoir une signification plus précise, l'évangéliste entendant par « les hommes »,non le maître, qui est Jésus glorifié, mais les serviteurs, c est-à-dire les disciples héritiers de l'Evangile, qui sont demeurés sur la terre ; Satan profite de leur inaction ou de leur inattention pour accomplir son œuvre funeste. Le sens de la parabole est donc identique à celui du commentaire ; mais parabole et commentaire appartiennent à l'évangéliste, leur auteur envisageant une situation qui est celle des premières communautés chrétiennes, après un assez long temps de prédication apostolique, non celle de l'Evangile pendant le ministère de Jésus.

L'évangéliste n'a pas dû créer son allégorie de toutes

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