‹ Études évangéliquesChapitre 62 sur 260 · JÙLICHER, I · texte numérisé non relu

JÙLICHER, I

les dont le rapport spécial avec le royaume céleste n'est pas expressément formulé. La plupart des paraboles, sinon toutes, avaient été dites en vue d'une occasion particulière, pour le besoin de tels auditeurs, dans telles circonstances données. A peine était-il nécessaire d'indiquer la conclusion morale, qui était suggérée par les antécédents de la parabole. Il n'était pas besoin de rien ajouter à l'histoire du Fils prodigue. L'objet d'autres fables, qui ont été conservées en forme plus brève, a pu être aussi clair pour les premiers auditeurs, quoiqu'il ait cessé de l'être pour la tradition, qui avait oublié l'occasion historique des récits, et pour le lecteur moderne, qui peut à peine reconstituer cette occasion par conjecture. Ni les combinaisons rédactionnelles des évangélistes, qui rattachent les paraboles à d'autres discours, comme fait ordinairement Matthieu ', ni les introductions qu'ils leur ont données en les déduisant parfois des récits euxmêmes, comme il arrive souvent à Luc^, ni les conclusions

1. Les sept paraboles du royaume des cieux, au c. xni; le Serviteur impitoyable (xvin, 23-34), parmi les sentences du pardon; les Ouvriers (xx, 1-15), après la parole sur les premiers qui deviennent derniers; les Deux fils (xxi, 28-32) et le Festin (xxii, 1-14), autour des Vignerons ; les Deux serviteurs ixxiv, 45-51), les Dix vierges, les Talents, à la fin de l'apocalypse synoptique.

2. Transition artificielle, x, 20, pour relier le Samaritain à la leçon du grand précepte; au c. xi, l'Ami importun vient naturellement dans une instruction sur la prière; le Riche insensé ixii, 16-21), dans une série de leçons concernant le renoncement et le détachement des biens terrestres; les Deux serviteurs (xii, 42-48), dans un recueil de sentences mêlées, sur la vigilance en attendant l'avènement du royaume; le Figuier stérile (xiii, 6-9) est mis en rapport avec deux faits où l'on pouvait voir des châtiments providentiels ; le Sénevé et le levain (xiii, 18-21), avec l'histoire de la femme guérie le jour du sabbat (cf. supr. p. 14, n. 4) ; on a dit plus haut (p. 19, n. 6) par quel artifice est amené le Festin, au c. xiv; la Tour et le Roi qui s'en va en guerre sont combinés avec la parole concernant l'obligation de « haïr» ses parents, et la mise en scène, xiv, 25, est créée en vue de cette instruction; de même, XV, 1-2, pour les paraboles de la miséricorde; xvi, 14-15, entre l'Eco-

qu'il leur arrive aussi d'en tirer ne sont des moyens critiquement sûrs pour fixer la leçon qui se dégageait de telle ou telle parabole. On a déjà vu que les évangélistes ne s'accordent pas toujours dans l'indication des circonstances historiques, parce que la tradition ne leur avait donné que la parabole, et qu'ils ont choisi eux-mêmes, plus ou moins heureusement, le cadre où ils la mettent. Ce serait méconnaître le sens primitif de la parabole des Mines que de s'en rapporter au préambule du rédacteur évangélique : « II dit une parabole, parce qu'il était près de Jérusalem et que (ses auditeurs) pensaient que le royaume de Dieu allait se manifester aussitôt. » Dans sa forme primitive, la parabole des Mines concernait la préparation au jugement de Dieu, non le retardement de la parousie. L'introduction est en rapport avec les suppléments allégoriques de la parabole ^ ; et parce que la ruine de Jérusalem est visée dans ces additions, l'évangéliste a pensé que la parabole entière avait été dite pour signifier que la parousie aurait lieu seulement après la punition des Juifs. Avant de chercher l'application primitive du récit, il faut donc le dégager de l'hypothèse énoncée par l'évangéliste dans son préambule, et des additions allégoriques sur lesquelles l'évangéliste a fondé son hypothèse. Matthieu a détourné volontairement de son objet la conclusion de la Brebis perdue 2, La parabole de la Veuve est suivie d'une réflexion sur l'imminence du jugement divin contre les persécuteurs des croyants ^, qui introduit l'eschatologie dans une leçon morale. Obligé de recourir à la conjecture

nome infidèle et Lazare ; xviii, 1, avant la Veuve et le juge, a été tiré de la parabole, ainsi que xviii, 9, devant le Pharisien et le publicain, XIX, 11, devant les Mines.

1. Le départ du Christ pour le ciel, et son retour, figurés dans xix, 12 ; au V. 27 la ruine de Jérusalem se confond dans la perspective avec la parousie.

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