JULICHER, I
2. JûLicHER, I, 110-111, montre fort bien que, dans le Semeur et dans les Ouvriers, les sortes de terrains improductifs et la succession des appels sont destinés à marquer, ici les différentes causes de stérilité, là les différences dans la durée du travail; que la triple distinction suffit; que plus de détails auraient surchargé le récit; que ce qu'il y en
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Car les paraboles ont leur beauté. A prendre certaines (l'entre elles avec leur commentaire allégorique, on trouverait, et l'on a trouvé, qu'elles manquent d'équilibre, et que des histoires aussi incohérentes n'étaient pas pour satisfaire un goût délicat. Mais ce reproche ne s'applique pas aux paraboles de Jésus. Si la matière est commune, c'est que le genre le demande ; si le développement n'accuse pas l'ombre de prétention littéraire, il a ce naturel parfait qui est supérieur à l'art le plus fin ; jamais l'idée n'est basse ni l'expression triviale. On a pu être choqué, parce qu'on les comprenait mal, de certaines paraboles dont la moralité semblait trop large ', ce qui serait assurément le plus grave défaut dont puisse être atteint un récit qui n'a d'autre raison d'être que l'instruction morale. On ne voyait pas que le mauvais juge, l'économe infidèle, l'homme au trésor ne sont pas plus des modèles à imiter que le sénevé qui pousse et le levain qui fait fermenter la pâte. La morale des personnages et la morale de la fable sont deux choses très distinctes. La fourmi de La Fontaine n'est pas un type de charité, ni la cigale un type de prudence ; cependant la leçon qui résulte de la fable où elles figurent est moralement irréprochable. Le mauvais juge et les autres personnages sont des individus réels, comme on en rencontrait quotidiennement ; de leur manière de faire, qui n'est pas à louer en elle-même, on déduit, par analogie, une leçon qui est excellente, tout comme on tire un bon enseignement de la rencontre ménagée par le fabuliste entre la fourmi avare et la cigale imprévoyante. Les paraboles sont donc belles comme fables, et d'une beauté unique à raison de leur caractère particulier, de la haute inspiration qui
a conlribue à l'efficacité de la conclusion, sans correspondre, d'ailleurs, allégoriquement à la variété des défauts ou à celle des mérites humains. 1. Cf. RE^AN, Evangiles, 277.
LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 67
pénètre ces simples récits. Il va de soi que, si Ton se place uniquement au point de vue littéraire, les paraboles ne sont à comparer qu'avec des œuvres du même genre. La beauté d'une fable n'est pas celle d'une épopée, ni d'une tragédie, ni d'une ode. C'est dans leur ordre que les paraboles sont de petits chefs-d'œuvre, par leur variété, parla vie et la sobriété de la description, la clarté, l'adaptation parfaite du récit à son application ^ Leur beauté est toute de nature et spontanée; on peut dire qu'elle a été rencontrée, sans avoir été cherchée ; elle naît de leur absolue sincérité, non de ce charme apprêté des œuvres qu'on appelle littéraires. La nature et la vie, regardées par une àme religieuse, lui parlent de Dieu et deviennent comme une prophétie de ses secrets desseins. La comparaison et la parabole sont les fruits de cette contemplation, qui n'est pas une étude ; le sens de la réalité y collabore à l'expression de l'idéal. C'est par cette voie de l'image et de la comparaison que l'Oriental a coutume d'aborder les problèmes religieux; c'est par là que l'homme sans culture les comprend et se les représente; et l'on peut dire, même en parlant de Jésus, qu'il a incarné à cet égard l'esprit de l'humanité, qu'il aeu le génie de la parabole ^.
Les quatre récils de Luc 3, qui ont forme d'exemples et non de comparaisons fondées sur un rapport d'analogie, constituent une catégorie spéciale parmi les paraboles évangéliques ; ils sont qualifiés aussi de paraboles et ne