Luc, X
2. X, 25-28, transposition de Marc, xii, 28-34. Cf. p. 03, n. 2. • 3. Cf. JOlicher, II, 597.
LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 71
tout ce qui est allégorie, da'hs les discours attribués à Jésus par la tradition synoptique, vient de cette tradition, et doit être regardé comme une sorte d'explication jointe à l'enseignement authentique du Sauveur.
g 111, BUT DES PARABOLES.
Il ne serait pas difficile de dire pourquoi Jésus a parlé en paraboles, si la question ne s'était posée devant les évangélistes, et s'ils n'y avaient répondu. Etant donné ce qu'ont été les paraboles et les conditions dans lesquelles on sait qu'elles furent prononcées, l'historien n'hésiterait pas à dire que les paraboles étaient destinées, dans la pensée de leur auteur, à rendre aussi évidentes et persuasives que possible les leçons qu'elles contiennent. Pourquoi le Sauveur aurait-il pris ce genre populaire, sinon parce que rien ne convenait mieux à un enseignement donné au peuple par un prédicateur sorti des rangs du peuple, et parce que son esprit allait spontanément à ces comparaisons et à ces fables, où ses auditeurs, presque aussi naturellement, se complaisaient ? A-t-on besoin d'expliquer l'origine des paraboles autrement que par la situation et le génie propre du paraboliste ? Cependant il est dit dans les Evangiles, en termes fort explicites et qui sont mis dans la bouche même du Christ, que les paraboles n'ont pas eu d'autre fin que de procurer l'aveuglement des Juifs, selon qu'il était décrété par Dieu et prédit par les prophètes. Voici ce qu'on lit dans Marc, après la parabole du Semeur * :
1. IV, 10. Ka\ 0T£ SYSvîTO xïtz aôva; r,sa)Ta)v aÙTÔv ol tteo: ïjtôv Ç'jv toI; BwSexx Tz; Tiapa^oXi;. il. xai ÏAt^fz.^ aù-roT; ■Ou.Tv to au7TY,ptov oéooTxi ttjç ^aT'.Xîi'aç TOÙ 6îOv •âxEivotç 81 toT; £;io £v •:ra;x^oÀaT; ~x ■ziv-zx yivîTa'., 12. ïvx âXszovTe; pXÉirwS'.v xxl {xt, îouxt'.v, xx\ ixoJovTî; ixojojd'.v xal fiTj ffuv'.àioiv, 1X1^ Tcore èitKjTpétJ/axitv xai icpsO-/; aùroTç.
/Z ETUDES EVANGELIQUES
Et quand il fut seul, ceux qui l'tintouraient, avec les Douze, l'interrogèrent au sujet des paraboles, et il leur dit : « C'est à vous qu'a été donné le secret du royaume de Dieu; mais à ces gens du dehors tout arrive en paraboles, afin qu'ils regardent bien et ne voient pas, qu'ils entendent bien et ne comprennent pas, de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné. »
La parabole du Semeur était désignée par son objet pour la place que la tradition lui a donnée en tète du recueil, et cette place même a contribué, plus que l'objet de la parabole, à fixer autour de celle-ci les idées générales que les premières générations chrétiennes se formèrent touchant l'enseignement parabolique ^ Comme on l'a déjà vu, l'histoire du Semeur, considérée en elle-même, offre une application aisée : de même que la semence dont une partie se perd, et une partie profite, selon la nature du terrain où elle tombe, la parole évangélique se perd dans les uns, et porte fruit dans les autres, selon les différences de leur tempérament moral. L'accent de la comparaison ne portant pas sur la proportion mais sur la différence des résultats, si l'on n'en peut conclure que la prédication évangélique est utile au plus grand nombre, du moins est-il évident qu'un succès notable est supposé dans l'application. Il en est de la parole comme deé semailles; sa réussite ne dépend pas uniquement du prédicateur, mais aussi de l'auditeur; à chacun de voir quel auditeur il veut être, car la parole fructifie dans l'auditeur de bonne volonté. Mais si telle est la signification de la parabole, on ne conçoit pas que la déclaration générale touchant le but des paraboles, qui serait l'aveuglement des auditeurs, et non leur instruction ou leur salut, ait pu être formulée aussitôt après la parabole; qu'elle exprime un sentiment de Jésus, comme la parabole; qu'elle soit, comme celle-ci, un trait historique de la vie