Cf. supr. p. 43 et p
de Jésus. La parabole signifie que la parole porte fruit, moyennant la bonne volonté de l'auditeur, et il n'est pas douteux que l'intention actuelle du prédicateur soit conforme à celle du semeur : les semailles se font pour le grain qui poussera ; la parole est dite pour les auditeurs qu'elle touchera. Jésus n'a pu proclamer, dans la parabole, qu'il semait la parole pour qu'elle portât fruit, tout en voulant que cette assertion même ne fût pas comprise, et dans la disposition d'ajouter, aussitôt après, qu'il parlait en paraboles pour empêcher ses auditeurs de saisir la vérité qui aurait pu les sauver. A quelques minutes d'intervalle, il aurait démenti devant les disciples ce qu'il venait d'affirmer devant le peuple. La contradiction est flagrante, si l'on veut que le démenti appartienne à l'histoire et à la psychologie du Christ. Elle s'évanouit si l'on prend le démenti pour ce qu'il est, une théorie théologique, édifiée au-dessus d'une donnée réelle. La parabole et les considérations sur le but des paraboles appartiennent à deux ordres d'idées entièrement distincts : dans l'une on perçoit les sentiments et l'expérience de Jésus prêchant l'Evangile ; dans les autres on reconnaît les préoccupations apologétiques de la seconde ou de la troisième génération chrétienne.
On peut saisir encore, dans le texte de Marc, les étapes de la tradition allant de la parabole, qui enseigne que la parole, toute parole évangélique, est comme une semence qui doit porter fruit, à la théorie qui enseigne que Jésus a parlé uniquement en paraboles aux Juifs, avec la seule intention de leur dérober le mystère du salut. Selon la mise en scène que l'évangéliste a esquissée d'abord, Jésus, assis dans une barque sur le lac, a commencé à dire des paraboles^; il a raconté le Semeur, et avant qu'il passe à une autre fable, on dit qu'il se retire à l'écart et qu'il est