‹ Études évangéliquesChapitre 7 sur 260 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

cours du Christ ne sont pas des paroles intelligibles pour son auditoire de paysans galiléens ou de scribes juifs, ni même pour ses disciples, et la description des faits prend une signification qui la rend tout idéale. Mais discours et récits vivent d'une autre manière, et, pour être symboliques, ne ressemblent nullement à des allégories philosophiques, destinées h exciter la curiosité et à flatter la subtilité de l'intelligence. Si le prologue, sainement compris, donne déjà l'impression d'une doctrine vécue, non celle d'un svstème spéculatif ou d'une théorie savamment élaborée, les deux instructions sur la naissance et la vie spirituelles, et le tableau du lavement des pieds ont plus encore ce caractère de foi profondément sentie et de réalisme mystique. Les sacrements de l'initiation chrétienne ne sont pas pour l'évangéliste un sujet de réflexions théologiques ; ce sont des symboles vivants, où l'on peut dire qu'il voit l'esprit du Christ et le Christ lui-même agissant pour la rénovation de chaque fidèle et l'unification de l'Église.

11 ne faut point parler de contradictions latentes entre les opinions personnelles de l'évangéliste et d'autres éléments de sa doctrine qui lui sont imposés par la tradition chrétienne. La théologie johannique n'est pas un mélange, plus ou moins réussi, de conceptions individuelles et de croyances ecclésiastiques. En dépit des apparences, le quatrième Evangile ne contient pas autre chose que ces croyances chrétiennes; mais celles-ci en sont venues à se définir dans le langage de la philosophie contemporaine, et avec le secours de cette philosophie, sans se confondre avec elle, sans lui rien emprunter qui ne soit, en quelque sorte, dénaturé et transfiguré par son nouvel emploi. Il importe peu que les théories de Philon soient inconciliables avec tel ou tel enseignement de Jean. Ce que Jean peut devoir à Philon n'est plus philonien chez lui, et s'harmonise avec l'esprit et le fond de tradition chrétienne qui anime et supporte le système johannique. L'évangéliste a, sans hésiter, associé l'idée du Verbe à celle de l'incarnation, les sacrements chrétiens au principe du culte en esprit, proclamé dans le discours à la Samaritaine. Son Verbe n'est pas plus une idée pure que son* Dieu n'est l'abstraction absolue et l'abîme insondable. Dieu et le Verbe sont des personnes vivantes et agissantes ; et le Verbepersonnel devient homme

Page 1