‹ Études évangéliquesChapitre 8 sur 260 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

en Jésus. Jean n'entendait nullement par culte en esprit un culte sans forme extérieure ou une religion philosophique ; il n'exclut que les formes vides et le culte matériel. L'eau du baptême et le pain eucharistique sont pour lui les véhicules de l'esprit, les instruments par lesquels agit la vertu de Dieu, comme l'humanité de Jésus est le moyen dont a usé le Verbe pour se manifester au monde. En un sens, l'humanité du Christ et l'eau du baptême, comme la chair dans l'eucharistie, « ne servent de rien ^ », parce qu£ la vie qui est en elles, et qu'elles communiquent, vient de l'esprit divin qui seul vit par lui-même et donne la vie. Et dans un autre sens, elles sont utiles et même indispensables, comme moyens sensibles de la révélation divine et du don divin, que Jean n'a jamais songé à placer uniquement et tout entiers dans l'ordre du monde invisible. C'est grâce à l'humanité de Jésus que les hommes ont pu voir la gloire du Verbe ; c'est « dans l'eau et le sang 2 » que leur vient l'esprit du Christ. L'incarnation peut donc répugner au Logos de Philon : le Christ de Jean est le Logos incarné, parce que Jean veut croire que le Christ est divin, et qu'il ne veut pas sacrifier la réalité historique de Jésus. Philon peut concevoir comme absolument immatérielle la communication du Verbe aux âmes justes : Jean, qui a fait de l'humanité de Jésus comme le transparent du Verbe, fait des sacrements chrétiens les transparents de l'Esprit et du Christ vivant dans l'Eglise. 11 n'arrive point à ce résultat par un long effort de réflexion, par des corrections délibérément et plus ou moins habilement pratiquées sur des théories qu'il se verrait dans l'impossibilité d'accepter tout entières. Il a bien plutôt expérimenté ce qu'il dit, et au lieu de combiner, vaille que vaille, la tradition chrétienne avec un système préconçu, aux dépens communs de ce système et de la tradition, il adapte souverainement la théorie aux expériences de la foi traditionnelle et à celles de sa propre foi, ne se servant de la théorie que pour relier entre eux et éclairer les faits. Jean prétend être le témoin du Christ, et il est, en vérité, le grand témoin de la vie chrétienne, de la vie du Christ dans l'Eglise, à la fin du premier siècle chrétien.

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