IV, 10; cf. supr. p. 71, n
général ; et c'est ainsi que Matthieu ' Ta compris. Il n'en est pas moins vrai que la phrase est équivoque. Le motif de cette amphibologie est que la question prépare deux réponses. Les disciples sont supposés demander « les paraboles », c'est-à-dire pourquoi Jésus parle en paraboles, etaussi « la parabole», c'est-à-dire l'explication du Semeur; et c'est dans ce dernier sens que Luc ^ a voulu l'entendre. Cette signification est la plus naturelle ; mais il faudrait lire le singulier : a la parabole », comme fait Luc, et non le pluriel. Les disciples « demandent la parabole » ; et à cette demande correspond la seconde réponse de Jésus : « Vous ne comprenez pas cette parabole? comment comprendrez-vous toutes les paraboles ?^ » qui arrive maintenant sans être préparée, ce qui occasionne
1. XIII, 10. xxt Tpo7£).6ôvT£; ol u-x^r^-x: ei-x^ aÔTco v.z z: iv -a:aSo/.a;;
2. VIII, 9. è7:-fjptoTwv Bà iÔtôv o\ u.x^r^zx\ xù-zaZ Tt; a'jTY, £:t, t; zapa^oÀv-.
3. Marc, iv, 13. ojx oîZx-:t t/;v npa^oÀYjV 7aviTT,v, xx\ -ôi; zi^aç tÎ; Trapa^oÀi; yvaxTeçOe ; La remarque de Jésus se réfère directement à la question des disciples, v. 10, sans tenir compte de ce qui précède, vv. 11-12, et en supposant que la question des disciples a eu pour objet le sens particulier de la parabole qui vient d'être dite ^-:-r,v rapaSoXrîv), non la raison générale de l'enseignement parabolique (ri; -apaSoXîç). Il est peu naturel de construire : a Vous n'entendez pas cette parabole ni comment vous comprendrez tous les paraboles ? » (B. Weiss, Die i-ier Evangelien, 190), en supposant que « les paraboles », ici et dans le V. 10, sont seulement celles qui ont été prononcées ce jour-là, et avant la question des disciples. On voit par le contexte que la question du V. 10 vise la raison des paraboles en général, et que, dans le v. 13, o cette parabole », c'est-à-dire la parabole du Semeur, est censée avoir précédé seule, et immédiatement, l'explication qui en est donnée ; elle n'est pas opposée à un nombre déterminé de paraboles que Jésus aurait dites ou devrait dire ce jour-là, mais, en tant que première parabole non comprise, elle est mise en rapport avec toutes celles que Jé&us ne manquera pas de dire encore et que les disciples ont toute chance de ne pas mieux comprendre. La construction que B. Weiss propose pour le V. 13 a été conçue en vue de sa théorie particulière (dont il sera parlé plus loin^ sur le but des paraboles, pour que le Sauveur n'ait pas l'air de blâmer ou de regretter que les disciples aient demandé l'explication des paraboles.
une très sensible incohérence delà rédaction. La première réponse, celle qui concerne le but général de l'enseignement parabolique, vient donc en surcharge de la seconde, et il n'est point téméraire d'admettre que c'est en vue de celle-ci que l'on a écrit : « les paraboles », au lieu de «la parabole », afin d'introduire les deux réponses en même temps, sans changer la teneur de la phrase. L'artifice de l'interpolation est aussi rudimentaire, en son genre, que celui par lequel on a inséré l'explication du Semeur dans le discours des paraboles. Arrivant après la déclaration solennelle touchant le privilège de ceux à qui le mystère du royaume est donné, l'exclamation de Jésus devant l'inintelligence des apôtres sonne comme une contradiction. Les deux autres évangélistes, qui ont atténué ce qui regarde la communication du mystère, ont passé sous silence l'étonnement du Sauveur. Puisque les paraboles sont obscures, il est naturel que les apôtres ne les comprennent pas, et que le Christ les leur explique ^ On remarquera aussi que la question : « Comment comprendrezvous toutes les paraboles? » ne suppose pas que les paraboles soient dites pour aveugler « les gens du dehors » , mais bien plutôt qu'elles doivent former une partie importante, ou même essentielle, delà prédication évangélique, et qu'elles sont destinées à l'instruction de tous, par conséquent des disciples, dont le défaut d'intelligence obligera le Maître à des éclaircissements qu'il avait pu croire superflus.
Grâce à l'imperfection des sutures, on peut donc distinguer trois moments de la rédaction, qui sont en rapport avec
1. C'est ce que font entendre Matthieu (xiii, 18), en substituant aux paroles de surprise une formule qui témoigne plutôt de l'empressement à éclairer les disciples selon leur besoin : « Vous donc, écoutez la parole du Semeur », et Luc (viii, 11), par la simple introduction : « Voici ce qu'est cette parabole » ('éanv 8à auT-rj vj Trapa^oX/], conformément au v: 9, supr. p. 75, n. 2).
le développement delà pensée traditionnelle touchant les paraboles : une première relation, orale ou écrite, contenait les paraboles, et notamment le Semeur, sans explication, parce qu'on n'y trouvait encore aucune obscurité; une seconde rédaction, qui peut être la première de Marc, montre les disciples sollicitant et obtenant l'interprétation du Semeur, prouve par là même que Ton commençait à ne plus saisir nettement le sens historique des paraboles, à y chercher des mystères, et donne aussi à penser que l'on s'est préoccupé, soit du médiocre succès de la prédication évangélique auprès des Juifs, soit plutôt encore de la fragilité de certaines conversions, et que l'on a cru tenir dans la parabole du Semeur l'explication de ce fait ' ; la troisième rédaction atteste que l'on a creusé plus avant, que l'on a voulu avoir la raison dernière, soit de l'obscurité des paraboles, désormais acquise à la tradition, soit de l'aveuglement et de la réprobation d'Israël, vérifiés par la rupture définitive entre le christianisme et le judaïsme. Comme on rendait compte aisément du fait de la réprobation, par un décret providentiel qui impliquait l'endurcissement préalable, et qu'on ne pouvait pas songer à voir un défaut dans lobscurité attribuée aux paraboles, on se persuada qu'un mode si mystérieux d'enseignement avait été choisi tout exprès par le Sauveur lui-même pour procurer l'accomplissement des desseins de Dieu sur son ancien peuple : les Juifs ne se sont pas convertis parce qu'ils ne devaient pas se convertir, et la vérité évangélique leur a été proposée en énigme pour qu ils ne pussent nj lavoir ni se sauver.
La main qui a écrit cette note de théologie prédestinatienne, et celle qui avait rédigé l explication du Semeur se reconnaissent dans les remarques qui suivent le discours des paraboles ^ : « Et c'est par un grand nombre de telles