‹ Études évangéliquesChapitre 71 sur 260 · Cf. supr. p · texte numérisé non relu

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paraboles qu'il leur disait la parole, selon qu'ils pouvaient entendre ; et il ne leur parlait pas sans paraboles, mais en particulier il expliquait tout à ses propres disciples. » Le rédacteur du discours avait à sa disposition un grand nombre de paraboles, parmi lesquelles il a fait un choix. Il observe que Jésus instruisait ses auditeurs au moyen des paraboles, « selon qu'ils pouvaient entendre ». Si la notice s'arrêtait là, on pourrait être tenté de penser qu'il sait et indique le but réel des paraboles. Mais tout autre est l'idée de Févangéliste, surtout de celui qui a écrit ensuite : « et il ne leur parlait pas sans paraboles » etc., observation qui se réfère évidemment à ce qui a été dit plus haut touchant le caractère aveuglant des paraboles ^ Le Christ ne dit rien au peuple sans paraboles, parce que le peuple ne doit pas être initié au mystère du royaume, et il explique tout en particulier à ses disciples, parce qu'il a été donné à ceux-ci d'être instruits du mystère. Pour entrer dans l'esprit du dernier rédacteur, il faut admettre que « selon qu'ils pouvaient entendre » se rapporte aux « entendants qui ne comprennent pas ~ », et signifie un discours qui s'adresse aux oreilles, non à l'intelligence des auditeurs. Interprétation artificielle et violente, qui oblige à supposer que ce n'est pas le même auteur qui a écrit les deux parties de cette notice. La formule : « selon qu'ils pouvaient entendre », ne comporte pas la distinction qu'on est amené à faire entre l'audition et l'intelligence : s'il s'agit d'ouïr, le « selon » est superflu, car, en ce sens là, les auditeurs n'entendent pas à moitié ; et si la possibilité de comprendre est admise, l'audition cesse d'exclure l'intelligence. Le premier rédacteur, celui qui a créé la mise en scène du discours, en tout cas celui quia inséré l'explication du Semeur, jugeait que les para-

1. Cf. IV, 34, supr. p. 77, n. 2; et iv, 11, supr. p. 71, n. 1.

LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 79

boles n'étaient pas toujours faciles à comprendre, même pour les disciples; et c'est conformément à cette idée qu'il a écrit son « selon qu'ils pouvaient entendre », ne songeant pas encore que les paraboles avaient pu être dites pour n'être pas du tout comprises. Supposer que, sans égard à l'explication demandée par les disciples, il aurait pensé que le genre parabolique était en soi une accommodation de la vérité évangélique à l'intelligence du peuple, serait lui prêter une tournure d'esprit toute moderne, et une idée dont la tradition n'a pas eu à se préoccuper. La réflexion du second rédacteur : « et il ne leur parlait pas sans paraboles ' », ne tient pas compte de ce que, même dans Marc, nombre d'instructions données au peuple ne sont pas en paraboles, et que la prédication du Sauveur n'y apparaît nullement subordonnée à l'intention d'aveugler ceux qui l'écoutent. Devant l'abondance relative des paraboles, l'auteur de cette note n'a vu aucun inconvénient à dire que Jésus, pour assurer l'accomplissement des desseins providentiels, n'avait fait autre chose que de proposer aux Juifs des énigmes indéchiffrables. L'observation finale : « mais, en particulier, il expliquait tout à ses propres disciples - », pourrait, en toute rigueur, appartenir à la première rédaction et signifier que, le peuple entendant les paraboles selon qu'il en était capable, les disciples recevaient à part tous les éclaircissements qu'ils pouvaient souhaiter. Néanmoins les termes choisis sont plutôt en rapport avec la théorie du dernier rédacteur : Jésus ne dit que des paraboles en public, et il les explique toutes en particulier à ses propres disciples, non à d'autres personnes.

Si claire était la théorie de ce rédacteur, qu'elle n'eût jamais prêté à discussion, si la spéculation théologique,

d'où elle était sortie, n'avait fini par s'en étonner et la trouver obscure à son tour. Derrière la réponse que Marc et Luc attribuent au Christ, il y a le texte d'isaïe \ dont Matthieu fait une citation expresse. Isaïe a reçu mission de provoquer par ses oracles l'endurcissement d'Israël et la ruine qui châtiera cet endurcissement : la prédication de Jésus a la même fin providentielle que celle d'isaïe, où plutôt, pour les évangélistes, elle réalise définitivement ce qu'avait annoncé le prophète ; ce n'est pas de la parole d'isaïe, mais de l'Evangile, qu'il est question dans la prophétie; c'est Jésus qui a parlé pour endurcir Israël et causer sa réprobation. Le langage de l'Ancien, et même du Nouveau Testament, ne distingue pas, dans l'objet des décrets providentiels, ce qui est voulu directement et ce qui n'est pas voulu pour soi mais permis. Du point de vue absolu de la théologie sémitique, tout ce que la Divinité connaît et règle d'avance est voulu de la même façon, tout apparaît comme également nécessaire. Cependant les écrivains bibliques n'adoptent pas cette idée comme uu dogme philosophique dont la conséquence, logiquement déduite, serait la négation de la liberté humaine. Ils ne croient pas qu'Israël soit uniquement victime de la fatalité, ni que son péché ne soit pas imputable à sa malice ; son aveuglement et la punition qu'il entraîne après lui, annoncés depuis des siècles, arrivent par une sorte de nécessité divine qui ne détruit pas sa responsabilité. Dans le cas présent, c'est l'idée de la nécessité providentielle, et non celle de la responsabilité humaine, suggérée cependant par la parabole du Semeur et par son explication, qui fournit à l'apologétique chrétienne la solution de la difficulté que lui créait l'attitude des Juifs à l'égard de l'Evangile.

A ceux qui lui demandent la raison des paraboles Jésus

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