Cf. n
5. Mais il est curieux de trouver la formule de Marc transportée, avec une légère modification, dans l'explication même du Semeur, v. 12, où
LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 85
subsiste pas moins : à d'autres que ses disciples Jésus parle en paraboles, pour qu'ils nevoient ni necomprennent les secrets du royaume, tout en les ayant, pour ainsi dire, sous les yeux et dans les oreilles. Le thème est toujours l'aveuglement providentiel des Juifs; mais il est évident que Luc s'y intéresse beaucoup moins que Marc, en cet endroit où la réprobation d'Israël n'a pas pour contre-partie la vocation des gentils. 11 amène, sans autre préambule, l'explication de la parabole', comme si cette explication était justifiée par le principe général qui vient d'être posé; et Jésus ne s'étonnera pas de l'inintelligence des disciples, parce que si l'on a évité plus haut- de paraître leur attribuer une science qu'ils n'avaient pas encore, on tient à ne pas les diminuer dans la considération du lecteur. Pour simplifier la mise en scène et supprimer des allées et venues inexplicables, le rédacteur du troisième Evangile, qui ne dit pas que la parabole du Semeur ait été prononcée sur le lac, ne dit pas non plus que Jésus se soit retiré à l'écart, en sorte que la question des disciples et la réponse du Christ paraissent faites devant « les autres » ; ceux à qui est refusée la connaissance des mystères ne semblent pas seulement entendre cette déclaration fâcheuse pour eux, mais encore l'explication de la parabole, qui est pourtant réservée aux disciples. L'harmonie de la narration est donc plus apparente que réelle, et l'on a eu plus de souci d'un certain équilibre extérieur et littéraire que du problème soulevé par Marc.
Matthieu corrige aussi les données du second Evangile, mais par voie d'amplification. Jésus, dans la barque, a prononcé la parabole du Semeur; aussitôt, et sans qu'on
l'on voit que le diable ravit la parole aux hommes, « pour qu'ils ne soient pas sauvés en crovant ».