AVA>T-PROPOS XIII
C'est à ce point de vue de ce qu'on pourrait appeler la logique de la vie, non h celui d'une logique purement intellectualiste, raisonneuse et abstraite, qu'il convient de se mettre, pour apprécier le caractère du quatrième Evangile, son rapport avec les Synoptiques, et, en général, le rapport de la tradition évangélique, on pourrait dire aussi celui de la tradition ecclésiastique, avec l'Évangile de Jésus. Les solutions de continuité que la critique a souvent signalées entre la pensée du Maître et celle de ses interprètes n'ont qu'une signification bien réduite, quand on regarde l'Evangile dans sa pleine réalité, comme une foi vivante qui, ayant son origine dans la parole et l'action du Christ, va son chemin le long des siècles, s'expliquant elle-même, et s'assimilant, à cet effet, tout ce qui l'aide à prendre conscience de sa force et à la développer. L'histoire de la littérature évangélique, autant qu'il est possible de la reconstituer en suivant le travail de la pensée chrétienne sur les souvenirs primitifs concernant l'enseignement et la carrière de Jésus, reflète et représente une^partie de ce mouvement vital, qui est l'évolution même du christianisme. N'y voir qu'une altération progressive de la vérité serait d'une critique médiocrement perspicace, assez superficielle et, pour dire le mot, pédantesque. Dépositaires et prédicateurs d'une religion vivante, les premiers adeptes de l'Évangile ne songèrent pas un instant qu'ils dussent être liés dans leur enseignement, soit par la lettre des formules dont le Christ avait pu se servir, soit par la réalité matérielle des faits accomplis ; ils ne se considéraient pas comme les gardiens d'une essence doctrinale que Jésus n'avait jamais eu l'intention de prêcher; ils faisaient valoir, selon que l'instinct supérieur de leur foi, ou, pour parler leur langage, selon que l'Esprit qui était en eux le leur suggérait, et selon que les circonstances le demandaient, le capital d'instructions, de promesses, d'espérances, qui leur venait du Maître, et qui aurait était stérile, ou bien même aurait péri promptement dans leurs mains, s'ils avaient eu la préoccupation scientifique, ou pseudothéologique, de le maintenir à tout prix dans les termes exacts de sa forme originelle. Jésus avait été beaucoup moins le représentant d'une doctrine que l'initiateur d'un mouvement religieux. Le mouvement qu'il a inauguré s'est perpétué dans les conditions normales de tout mouvement fécond dans l'humanité; et s'il est encore possible aujourd'hui d'en subir