JULICHER, I
2. Les données des Evangiles sur ce point sont assez confuses. Marc, iv, 10-13, fait supposer que les disciples n'ont jamais entendu de paraboles avant le Semeur; cependant le Christ parle déjà « en paraboles » dans Marc, m, 23 (il est vrai que tout le morceau, m, 22-30, pourrait être une pièce rapportée; en tout cas, il n'appartient pas sans doute à la même couche rédactionnelle que iv, 13, ou bien il a été transposé), et il fait une triple parabole dans n, 19-22. Matthieu supprime la difficulté en n'employant pas le mot « parabole » avant xiii, 3; il n'en a pas moins reproduit auparavant plusieurs morceaux qui ont droit au nom de paraboles, et qui le portent dans Marc. Luc parle plusieurs fois de paraboles (iv, 23; v, 36 ; vi, 39) avant vni, 9 ; mais il a eu soin, en ce dernier endroit, de ne faire demander que l'explication du Semeur, non la raison des paraboles en général, parce que les disciples en ont déjà entendu plusieurs.
LES PARABOLES DE l'ÉVANGILE 97
de ridée qu ils se sont faite de sa destination : le Christ parlerait en paraboles depuis le moment où, ayant groupé ses disciples , il s'applique à réaliser le décret de réprobation porté contre les Juifs. Mais cette perspective est de p jre convention. Le Sauveur a du employer la parabole dès les premiers temps de sa prédication, et être encouragé, par le succès de ses fables, à en dire de nouvelles, jusf[u'à la lin de son ministère. Au lieu ([u'il ait cherché les paraboles pour aveugler, elles lui sont venues, comme d'elles-mêmes, pour éclairer, parce que tout ce qu'il voyait lui devenait moyen de saisir et de faire entendre par comparaison queh[ue chose de plus grand '. Il y fallait une fraîcheur et l'on peut dire une virginité d'impressions que n'aurait jamais pu avoir un docteur sortant des écoles. L'âme de Jésus, toute pénétrée de la religion du Père céleste, était comme un miroir sans tache où la nature et le monde extérieur se reflétaient dans la lumière intime de sa conscience. Les analogies se présentaient naturellement à son esprit, et sans étude, ni préméditation, ni calcul, avec l'assurance de parler comme il fallait, il donnait à sa pensée le vêtement de la parabole, il conduisait ses naïfs auditeurs du connu à l'inconnu, du monde sensible au monde spirituel, à l'économie et aux lois, nullement mystérieuses, du royaume céleste. Ce n'est même pas pour aider la mémoire, ou pour piquer l'attention, qu'il recourait à ces petits contes ; c'était avant tout pour traduire sa pensée avec plus de clarté et de force persuasive. Il semait la parole et les paraboles, assuré que, nonobstant le déchet qui se produit sur toute semence, il y aurait une moisson.
Si les intentions de Jésus sont faciles à deviner, l'origine de la théorie traditionnelle n'est pas moins aisée à reconstituer. La théorie est corrélative à l'idée non histo-