Matth. xviii
3. Luc, X, 30-37. La parabole est à expliquer par elle-même. Luc a voulu la rattacher à la question du grand commandement (cf. p. 63, n. 2, et p. 70), pour montrer que le docteur Juif, représentant les pharisiens, ignorait la portée réelle du précepte de la charité. Dans la parabole il ne s'agit pas d'enseigner qui est le prochain (v. 29), mais comment on doit se comporter soi-même envers le prochain. La présence du Samaritain dans la parabole a occasionné la transposition de l'anecdote (x, 25-28) qui, dans Marc et dans Matthieu, appartient au ministère hiérolymitain. Cette combinaison est de l'écrivain qui a déplacé et transformé l'histoire de Jésus prêchant à Nazareth (iv, 16-30), pour y figurer le sort de l'Evangile chez les Juifs, et qui a figuré de même l'évangélisation des gentils dans la prédication des soixante-douze disciples (x, 1-24) ; pour lui, le docteur juif représente le judaïsme, et le Samaritain le christianisme universel. Ainsi Luc, x, 25-37, complète la signification symbolique de X, 1-24.
s'avoue tel. dans un sentiment de repentir sincère, qu'un prétendu juste qui est content de lui-même : c'est ce qui apparaît dans le cas des deux hommes, l'un pharisien et l'autre publicain ', qui étaient montés au temple pour prier. Mais la confiance doit être associée à l'humilité. Comment n'aurait-on pas foi en la bonté de Dieu? Celui qui habille les lis des champs, et qui nourrit les oiseaux du ciel, pourrait-il être indifférent aux besoins des hommes ses enfants- ? Conçoit-on qu'il n'exauce pas leurs supplications ? Un père, à qui son enfant demande du pain, lui donnera-t-il une pierre ? Si l'enfant lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Dieu, qui est bon. ne fera pas moins que le commun des hommes, qui sont méchants-^. S'il n'exauce pas aussitôt la prière qui lui est faite, qu'on ne se décourage pas. L'homme qui ne voulait pas se lever pour donner du pain à un ami pendant la nuit, s'y est bien décidé quand il a vu qu'il ne pourrait se défaire autrement de son importunité ^. Le mauvais juge finit également par faire droit aux réclamations de la veuve qui le poursuivait de sa plainte ^. Gomment
1. Luc, XVIII, 9-14. Sur la formule d'introduction, v. 9, cf. p. 63, n. 2. La morale de l'histoire est contenue dans le v. 14 a : la prière humble d'un pécheur repentant est plus agréable à Dieu que l'oraison d'un juste content de soi. Les paroles de Jésus ne sont pas conçues d'après une théorie dogmatique de la justiBcation ; mais il est clair que le publicain a la justice requise pour le royaume des cieux, et que le pharisien ne l'a pas. La fin du v. 14 : « Car quiconque s'élève sera abaissé, etc. », n'est pas en rapport avec l'objet du récit, où le pharisien n'est pas abaissé ni le publicain exalté, mais avec la considération du jugement dernier, le publicain devenant le type des élus, et le pharisien celui des damnés. Ce supplément eschatologique est apparenté à celui de la parabole précédente (xviii, 6-8). Cf. supr. p. 64. Peut-être l'histoire du Pharisien a-t-elle été associée d'abord à celle du Samaritain. Cf. JiJLicHER, II, 607-608.