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Le Roi des rois ne voulut pas d’autre palais que cette humble et pauvre demeure, dont il était la vie et la joie. Quel charme pour l'imagination de se reposer sur l’intérieur de cette sainte maison que les anges couvraient de leurs ailes et entouraient de tant d’amour et d’attendrissement ! On ne se rassasie pas de voir le divin Enfant porté dans les bras de sa mère, de le contempler doucement endormi sur le sein de la Vierge ou dans son humble couchette, et de le voir, à son
réveil, regardc- de ses beaux yeux pleins d'amour celle qui veillait sur lui avec une sollicitude et une ten-
tout cas, il est très vraisemblable que l'atelier de Joseph n'était pas séparé de la maison nù Jésus fut élevé. “ On s’est imaginé que l'usage actuel de reléguer la femme hors de la boutique de l'outrier et des relations sociales inhérentes à la vie des petits Commerçants était ancien. Je ne le crois pas. C’est un fruit de l'islamisme et de sa dégradante civilisation. Il n’y a pas un seul fait de l’histoire juive qui autorise l'hypothèse d’une séparation entre le foyer domestique et l'atelier de l'artisan, ” L'abbé LeCamus, Notre Toyage aux pays bibliques, t. 1, p. 201.
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dresse plus que maternelles ! “ Aimable Enfant, heureux ceux qui vous ont vu hors de vos langes développer vos bras, étendre vos petites mains, Caresser votre sainte mère et le saint vieillard à qui vous vous étiez donné pour fils, faire, soutenu de lui, vos premiers pas, dénoner votre langue,et bégayer les louanges d2 Dieu votre Père! ” *
Dès que l’âge le lui permit, Jésus commença à rendre à Marie et à Joseph ces
petits services que les parents pauvres ont l'habitude de demander à leurs enfants.
De quel oeil Joseph le voyait se baisser Dour ramasser les débris de bois semés çà et à dans l'atelier, et avec quelle émotion il acceptait le secours de ses mains enfantines! Qu'il était beau à voir, le pur, le noble, le gracieux Enfant, avec sa petite tunique sans couture, sa ceinture aux riantes couleurs et le turban qui serrait sa chevelure flottante, ‘ lorsque, vers le soir,
* Boss: Flévat., XXe sem., 1ère élévat, “ Cf. Trochon, Introduction générale à la Bible, p: 208: Fzech,, NXIY, 17, -
MO ‘ Érupes ÉvVANGÉLIQUES * ee il accompagnait sa mère à “ la fontaine de la Vierge”, où qu'il rapportait luimême à la maison la cruche remplie d’eau, ou qu’il jouait avec les enfants de son âge aux flancs de la colline!
Cependant, remarque lévangéliste, “l'Enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui. ” ‘ Saint Luc ajoute, quelques lignes plus bas,que Jésus croissait non seulement en âge et en taille, mais aussi en sagesse et en grâce. Il découvrait ainsi peu à peu et par degrés tous ces trésors de Sagesse et de science qui étaient cachés en lui depuis le premier moment de sa conception. ; à mesure qu’il avançait en âge, il reluisait dans tout son extérieur, dans son air,dans son maintien, dans ses actions, dans ses discours, je ne sais quoi de modeste, de digne, de céleste et de divin qui charmait les coeurs et les portait à Dieu. Tel le soleil qui, toujours également lumineux en lui-même, éclaire et échauffe davantage à mesure qu’il s’élève sur l’horizon.
* Lue, II, 40, 52.
Ne faut-il donc voir @ans ces oeuvres de grâce et de sagesse qui éclataient dans lu conduite de l’'Homme-Dieu que de resplendissement extérieur de la beauté de son âme? Ne cachaient-elles pas aussi quelque progrès réel dans la science ou la grâce sanctifiante? Comme,en sa qualité d’'Homme-Dieu, il possédait cette gràce dans toute sa plénitude dès le commencement, elle ne pouvait évidemment progresser en lui que dans ses manifestations. ? Quant à sa science, notons d’abord qu’outre la science ineréée et infinie qu’il possédait comme Dieu, il avait, con.me homme, une triple science créée et par conséquent finie : 1. la science béatifique, par laquelle, il voyait Dieu face à face et en lui toutes les créatures passées, présentes et futures, avec tout ce qu’elles ont fait, feront ou pourraient faire; 2. la science infuse, par laquelle il connaissait ces mêmes objets en leur propre nature au moyen d’ “espèces où images intelligibles”, que Dieu avait
* Cf. 8. Thom., Sum t#. III, q. VII, a. 12.
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déposées dans son âme; 3, la science acquise qui résultait de l'expérience et du jeu naturel de ses facultés, * L’Homme- Dieu réunissait ainsi dans sa sainte âme le triple mode de connaissance propre à la nature liumaine, à la nature angélique, à la nature divine. Aussi bien il était juste qu’en tant que chef de l'humanité tout entière, il possédâi sur Ja terre toute la science qui a été accordée à n'importe quel homme en cette vie ou en l’autre, c’est-àdire, non seulement la science purement naturelle et humaine, mais encore la science béatifique des bienheureux et la science infuse d’Adam innocent. Or, il est manifeste que la science béatifique et la science infuse de Jésus n'étaient pas susceptibles d’accroissement réel. KRequises Par la dignité de sa Personne et parfaites dès le premier moment de sa conception, elles ne purent se développer que dans leur rayonnement, qui était proportionné à son âge et aux exigences de sa mission.
* Cf. id, IT, q. IX, a, 2,8, 4,
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Mais rien n'empêche de croire avec beaucoup de théologiens qu’il a progressé réellement dans la science humaine et naturelle. C’est en particulier la doctrine de saint Thomas, ° qui ajoute que ces progrès furent si merveilleux et si rapides que, sans le secours d'aucun maître et par la seule force de son intelligence, il est arrivé à la connaissance de toutes choses. 1°
Saint Luc nous a laissé un trait touchant de cette science et de cette sages-
se incomparable de l’Enfant-Dieu. D'un charme infini, ce petit épisode a encore l’inappréciable avantage de mettre à nu sous n08 yeux, pour ainsi dire, le secret
* Sum, théol., TITI, q. XII, a, 2.
® “ Secundum hanc scientiam Christus non à brincipio scivit omnia, sed Paulatim ct post aliquod tempus, scilicet in perfecta aetate.” “Expérimentalement, le Christ n'a pas connu toutes choses dès l'origine, mais peu à peu et avec le temps. ” Sum. thcol., ut supra, ad 1. “ Non fuit conveniens cjus (Christi) dignitati ut a quocumque homine doceretur “Il répugnait à sa dignité qu'il reçût l’instruction d'un homme qüelconque. ” Ibid. a. 3. Sur tonte cette question, voir aussi Vacant, Dictionnaire de Théologie: art, Agnoëtes.
ns ne de la vie intime du Sauveur et de nous ouvrir une vue sur cette vaste et si obs-" cure portion de son existence qu’il passa à Nazareth. C’est ainsi que les quelques points brillants que le télescope nous moutre sur la partie non éclairée de la lune en son croissant et qui ne sont autre chose que des pics de montagnes assez élevés pour être atteints par les rayons du soleil, peuvent nous donner quelque idée du ca.
ractère général de cet astre.
D’après la loi de Moïse, tous les hommes de la nation juive devaient se présenter devant le sanctuaire de Jéhovah trois fois par an, à Pâques, à la Pentecôte et à la fête des Tabernacles. : Sans y être obligées, les femmes accompagnaient souvent, par dévotion, les pieuses caravanes à la ville sainte, surtout à l’occasion de la grande solennité pascale. Les enfants n'étaient assujettis à cette prescription, non plus qu’aux autres ordonnances de la loi juive, qu’à l’âge de douze ans révolus,
# Deut., XVI, 16.
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Alors, supposé assez fort pour l’observer tout entière, le jeune Israélite devenait, selon l'expression reçue, fils de la loi, ben hattôrà, où du précepte, ben mitsvâ; on cessait de l'appeler enfant ou petit, kâton; il devenuit gâdol (grand) ; et traité alors plus en homme, ish, il commençait, aux yeux de la loi, à être "esponsable de ses actes, À cette occasion, il était présenté par son père dans la synagogue, où il était invité à donner lecture d’un passage de la Loi. I recevait ainsi la confirmation et se trouvait introduit dans la communauté comme membre. * Or, Jésus avait atteint l’âge de 12 ans. Comme ses parents se disposaient, selon leur coutume à l’approche de la fête de Pâque, à monter à Jérusalem avec la caravane galiléenne, il se joignit à eux, selon la Loi, ponr aller, lui aussi, “dans son Temple adorer l'Eternel”, et célébrer la plus grande solennité de la nation. C'était sans doute son premier pèlerinage à la ville sainte. C’est ce que
* Cf. Sepp, Vie de Jésus-Christ, VII,
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semble indiquer saint Luc en disant que les parents de Jésus allaient tous les ans à Jérusalem. * Une distance de 80 milles environ le séparait de cette ville. La nature avait revêtu sa plus gracieuse parure en cette saison de l’année; des fleurs innombrables étalaient partout leurs riches couleurs et l’air était chargé de parfums.
Quelles dôuces émotions durent remplir l'âme du divin voyageur, à l'aspect de cette nature qui semblait vouloir lui faire hommage de tous-ses charmes et lui rappelait partout les divines beautés de son Père! Avec quel intérêt il contempla tous ces lieux fameux dans l’histoire de ses ancêtres et qui se pressaient le long du chemin sous ses regards pénétrants! Et de quel oeil Marie et J oseph regardaient le divin Adolescent, qui savançait devant eux,à cet Âge où tout dans lhomme, l'air, les traits,la démarche et tant d’autres particularités, lui donnent quelque chose de mieux défini, et, pour ainsi dire, de plus
: # Lue., II, 41.
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individuel, que dans l'enfance! La douce et pure beauté qui enveloppait son corps comme d’un vêtement, la grâce toute céleste qui respirait en toutes ses actions, ce je ne sais quoi de divin qui s’échappait de toute sa Personne, rayissait le coeur de la Vierge Mère et lui causait à chaque moment de nouvelles surprises, Plus elle le regardait, plus Jésus lui paraissait beau et moins elle se sentait en état de vivre sans lui.
Au bout de trois jours, le Temple de Jérusalem avec sa toiture dorée et ses colonnades de marbre brilla aux regards du divin Pèlerin. Lui seul pourrait dire quels sentiments remplirent son âme, à la vue :
de ce monument si fameux élevé à la gloire de son Père, avec quelle émotion il pénétra sous ces voûtes sacrées, et quelles prières s’échappèrent alors de son coeur. Que dürent penser les anges en voyant le Fils de Dieu fait homme, alors âgé de 12 ans, agenouillé dans le Temple entre Marie et Joseph, et s’offrant derechef à son Père comme la victime du monde ? Et lorsque
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Cependant la semaine des azymes touchaït à son terme. “* La multitude immense des pèlerins accourus à Jérusalem de tous les points de l'Orient se disposa à partir, et les différentes caravanes ge reconstituèrent, selon les différents territoires d’où elles étaient parties. Dans la caravane galiléenne, à laquelle appartenaït la Sainte Famille, il ne tarda pas à se former, comme dans les autres, des groupes variés, mais qui devaient tous se retrouver sur le soir, à la première station.
Selon l’usage, les femmes et les vieillards étaient montés sur des chameaux;,des ânes
“ L'expression de S. Luc: Consummatisque diebus, “ les jours de la fête étant passés ”, semble indiquer que la Sainte Famille resta à Jérusalem jusqu’à la fin de l’octave de Pâque, selon la coutume dun plus grand nombre des pèlerins.
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ou d’antres animaux; armés de longs bâtons, les jeunes gens et les hommes encore vigoureux menaient par une courroie les bêtes de somme; les enfants jouaient à côté de leurs parents, allaient d’un groupe . à l’autre, ou prenaient les devants, jusqu’à ce que la fatigue les obligeât à venir demander une place à côté de leur mère,
Par un conseil digne de sa haute sagesse, l'Enfant Dieu,au lieu de suivre ses parents et sans les avertir, “ demeura à Jérusalem. ” Ainsi Samson n'avait pas cru devoir déclarer à son père ni à sa mère le premier des hauts faits qui jetèrent tant de lustre sur sa vie. * On comprend sans peine que Jésus ait pu, dans le tumulte et la confusion du départ de la caravane, échapper à la vigilance de Marie et de Joseph. Et eux, persuadés qu’il se trouvait dans quelque groupe voisin, poursu!vaient leur route sans le moindre soupcon du glaive suspendu sur eux. Une joie ex-
# Juges, XIV, 6: Et hoc patri et matri noluit indicare.
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traordinaire inondait leurs coeurs ; jamais ils ne s’étaient sentis plus près de Dieu :
le parfum des fêtes pascales dont ils étaient encore tout embaumés et ces mille voix de la nature qui ne leur avait jamais Paru plus belle absorbaient en eux tout autre sCatiment que celui de l’adoration et de l'amour, Les ombres du soir commençaient déjà à s'étendre sur la terre, lorsque la caravane, après sa première journée de marche, fit halte pour la nuit, * De tous les côtés, les membres de chaque famille se réunirent à l'endroit convenu. C’est alors seulement que, ne voyant pas reparaître Jésus, après quelque temps d’une attente inquiète, Marie et Joseph fürent frappés de la pensée qu’ils pouvaient l'avoir perdu.
Le choc fut terrible, D’affreuses ténèbres se répandirent dans leur âme; tout semblait s’être évanoui autour d’eux; jamais deux êtres ne s'étaient sentis plus seuls dans ce vaste monde. En proie à de mor-
# 81 faut en croire une tradition, cette première halte aurait eu lieu à El-Bireh, l’ancienne Béroth.
telles angoisses, ils se mettent à la recherche de Jésus parmi les groupes de leurs proches et de leurs amis. Vaines démarches ! ils durent se retirer sans lui. La nuit était complète, Dieu seul sait ce qu’elle fut pour Marie et Joseph. Que d’appréhensions sur le sort de l'Enfant! que de réflexions, que de craintes, si mal fondées qu’elles fussent, de s'être rendus indignes du dépôt si cher et si précieur. confié à leur vigilance! Dès la pointe du jour, sans s'inquiéter du départ de la Caravane, ils reprennent le ch min de Jérusalem et continuent leurs investigations douloureuses.
Ils redemandent partout leur trésor, ils interrogent toutes les Personnes dont ils espèrent quelque renseignement, ils scrutent toutes les retraites où l’inquiétude leur fait soupçonner sa présence. Inutiles efforts: aucun rayon de lumière ne vint jeter le moindre jour dans cette obscurité * affreuse qui faisait leur supplice; et lorsque vers le soir,ils arrivèrent à J érusalem, ils se trouvaient encore sans Jésus. Pauvre mère ! quelle fut alors votre désolation,