‹ Études évangéliques [microforme]Chapitre 17 sur 23 · LS L · texte numérisé non relu

LS L

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mère de Jean Marc, où beaucoup de fidè-

‘ les étaient rassemblés et priaient. Or, ce lieu de réunion n’était autre apparemment que le Cénacle, qui fut le Premier sanctuaire de l’Eglise naissante. Il était situé sur le Mont Sion, peut-être à l'endroit où, du temps de David, reposait l'arche d’al.

liance avec la manne céleste.

Lorsque’ les ombres du soir du jeudi saint commencèrent à s'étendre sur la terre, Jésus s’achemina, lui aussi, avec la petite troupe apostolique, vers la ville sainte, Quand il arriva au Cénacle, le souper était prêt : il pouvait être sept heures. Comme l'imagination aimerait à se représenter tous les détails d’une Cène si profondément touchante et si sacrée !

Hélas ! il est impossible de savoir avec cer-

titude si tous les points du cérémonial juif actuel relatif à la Pâque étaient déjà observés du temps de Notre-Seigneur.

Nous pouvons cependant, sans nul doute, nous faire une idée assez exacte de l’ordonnance générale du festin pascal, tel que Jésus l’a célébré. On avait depuis

LA DERNIÈRE CÈNE 187 a

longtemps abandonné l’ancienne coutume de manger la Pâque debout, le bâton à la main, les reins ceints, les sandales aux pieds,comme des Voyageurs pressés de partir. ? C’est le Propre des esclaves, disaient les talmudistes, de manger debout; maintenant nous mangeons sur des lits, parce que nous sommes passés de la servitude à la liberté. Le nombre des convives ne devait pas être inférieur à dix; trois divans peu élevés étaient disposés le long des trois côtés d’une table,où on accédait pour le service par le côté qui restait ouvert; les convives s'y étendaient tout de leur long, le bras gauche appuyé sur un coussin et le bras droit libre. Le divan du milieu était censé le plus honorable, Une fois tous les convives installés, le chef de famille prenait une coupe de vin rouge mêlé d’eau, et, après l'avoir bénite, en prenait une gorgée et la passait aux assistants. Tous se lavaient ensuite les mains.

# Ex, XII, 11.

2 ——— On apportait alors les herbes amères (cresson, laitue, chicorée sauvage, persil, raifort, etc.), qui rappelaient les souffrances endurées en Egypte; chacun y goûtait, après les avoir trempées dans de l’eau mêlée de sel ou de vinaigre.

À cette occasion, conformément à la recommandation de Moïse, le plus jeune :

des convives demandait au père de famille l’explication des rites si extraordinaires de la grande soirée. Ces explications données, on entonnait la 1re partie du Hallel, ou hymne de louange, c’est-à-dire, le psaume 112: “ Laudate pueri Dominum ”, et le Psaume suivant : “ In exitu Israel », jusqu’à: Non nobis Domine ”. Là.dessus on buvait la seconde coupe, et on se lavait de’ nouveau les mains. Les pains azymes, qui étaient plats et ronds, étaient alors servis avec le charoseth, lequel cependant n’était pas obligatoire: c'était une sauce forte.

ment épicée et assez consistante, faite d’amandes, de figues, de dattes et d’autres

# Ex., XII, 26, 27.

LA DERNIÈRE CÈNE 189 Re ee ra

fruits écrasés et cuits dans du vinaigre ; elle rappelait assez bien par sa couleur jaunâtre et son épaisseur l'argile que les Hébreux avaient jadis si péniblement pétrie pour en faire Ges briques. Quant aux Pains azymes ou sans levain,tout en rappelant la hâte avec laquelle Israël avait dû quitter l'Egypte sans avoir le temps de Préparer leur pain comme d'habitude, ils prêchaient aux Israélites la nécessité de se débarrasser du ferment du péché et de servir désormais le Seigneur avec “ les azymes de la pureté et de la vérité, ” 14 Le président de la fête, prenant donc

.ves pains, les brisait, puis les bénissait, et

en ayant trempé les morceaux dans le charoseth, mangeait lui-même un de ces moreaux, et distribuait les autres à chaque convive, en disant: C’est le pain de l’af:

fliction que nos pères mangèrent en Egypte. Enfin l'agneau pascal était déposé au Milieu de la table, Mis à part et comme voué à Dicu dès le 10 Nisan, c’est-à-dire 4

“I Cor, V, 7,8.

jours avant le premier jour des azymes, il avait dû être présenté et immolé au Temple le 14; il avait ensuite été rapporté à la maison; pour le faire rôtir, on l'avait attaché à deux broches en bois de grenadier, dont l’une lui traversait tout le corps, tandis que l’autre, plus courte, tenait les pieds de devant étendus : la victime se trouvait ainsi assujettie sur une sorte dé croix *; cette opération était l'objet de précautions minuticuses, car il fallait bien se garder de briser les os de la victime. * L’agneau pascal rappelait aux Juifs leur délivrance du joug égyptien :

c'est grâce à son sang, dont la porte de leurs maisons avait été marquée, que leurs pères avaient été épargnés par l'ange exterminateur et qu’ils avaient pu sortir de l'Egypte. Par son intégrité et son unité, il symbolisait l’union qui devait exister, en Dieu, entre tous ceux qui y participaient. Souvenir du passé, il était encore # Cf. S. Justin, Diul. cum Tryph., c. XL. “ Ex., XII, 46.

LA DERNIÈRE CÈNE 191 mr

une image frappante de l'agneau de Dieu, dont le sang devait nous délivrer de la servitude du péché et nous ouvrir le ciel, et qui, mangé par nons sous les apparences du pain et du vin, devait nous faire un en lui et avec lui, à la manière de ces différents grains de blé qui ne forment plus qu'un même Pain, et de ces différents grains de raisin qui ne forment qu’un même vin. Avec l'agneau pascal, on pouvait prendre quelques autres viandes, décorées du nom de chagigah (offrande de fête), mais l’agneau devait toujours être consommé le dernier; les restes devaient en être brûlés. Après avoir communié au corps de l'agneau, selon l’expression talmudique, on buvait la 3e Coupe de vin, appelée par les rabbins “ calice de bénédiction ”, parce qu’elle était Pobjet d’une ‘bénédiction particulière. On chantait alors la deuxième partie du Hallel, c’està-dire, les ps. 113, depuis: Non nobis Domine, à 117 inclusivement. Une 4e coupe terminait ordinairement Je repas. Que si vne 5e coupe était demandée, on pouvait

192 ÉTUDES ÉVANGÉI *QUES mm

la prendre, mais à condition de réciter le grand Hallel, c’est-à-dire, les ps. 118 à 136. Tout devait être terminé avant minuit. on

A la lumière de ces prescriptions dv rituel juif au sujet de la Pâque, on saisira facilement les nombreuses allusions qu’y font les évangélistes dans leur récit de la dernière Cène, dont naturellement ils s’attacheït surtout à nous présenter le côté chrétien.

Dès que les Douze eurent pris place sur le triclinium, autour de leur Maître, qui occupait le divan du milieu, “ j'ai vivement désiré ”, dit-il, “manger cette Pâque avec vous avant de mourir, Car je vous le dis, c’est la dernière fois que je la mange (cette Pâque figurative) avant sa réalisation dans le royaume de Dieu ”, Il prit alors, selon l'usage, la ire coupe, et, après lavoir bénite, y trempa ses lèvres, .

et la présenta aux apôtres en disant :

mr 2 À

“ Prenez, Partagez-la entre Vous; Car je vous le dis, c’est la dernière fois que je bois du fruit de la vigne avant l’avènement du royaume de Dieu, ” 1 Jégus nous livre dans ces Paroles le secret du grand désir qu’il éprouvait de prendre ce dernier repas pascal : c’est que le règne des figures allait Passer, et la Synagogue faire place à l’Eglise : il ne mangera-plus, il ne boira plus avant l'inauguration du royaume de Dieu sur la terre. Avec quelle émotion les apôtres durent accueillir cette grande annonce! Ce royaume de Dieu, dont le Précurseur avait salué l’arrivée Prochaine, dont la pensée avait rempli tout le ministère public du Sauveur, et qui était si impatiemment attendu de tont Israël, allait done enfin être inauguré !

C’est sans donte à cette prédiction dn Sauveur que se rattache cette contestation qui, d’après saint Lue, * s’éleva à la der.

Re

17 Luc, XXIT, 15-18, Cf, Belser, Die Geschichte des Leidens.,. des Herrn, p. 154,

# Luc, XXII, 24-30.

nière Cène entre les apôtres, et où chacun prétendait avoir les meilleurs titres aux premières places dans le nouveau royaume qui leur était annoncé et qu’ils se représentaient sous l'aspect d’un royaume temporel. Jésus voulut étouffer ces germes funestes d’ambition et d'égoïsme, qui s'étaient déjà fait jour plus d’une fois dans:leurs coeurs, et imprimer en eux d’une manière indélébile ces deux vertus capitales des disciples du Christ et surtout de leurs chefs, l'humilité et la charité. Dans quelques instants il allait élever ses apôtres à la dignité la plus haute qui soit sur la terre en leur conférant ie divin sacerdoce; il fallait qu’ils comprissent que, pour n’être pas indignes d’un tel honneurils devaient être les plus humbles des hommes et se faire les serviteurs de tous.

Prenant donc la parole, Jésus leur dit :

“Les rois des nations font les maîtres, et ceux qui exercent leur domination sur elles sont appelés Bienfaiteurs. Pour vous, qu’il n’en soit pas ainsi ; mais

que le plus grand parmi vous soit comme le moindre, et celui qui gouverne comme celui qui sert, Quel est le plus grand, de celui qui est à table, ou de celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à taile? Et Cependant je suis, oi, au milieu de Vous Comme celui qui sert. Vous êtes demeurés avec moi dans mes tribulations ; moi, je vous Prépare un royaume, celui-là même que mon Père M'a préparé; vous ÿ partagerez ma table et serez assis sur des trônes Pour juger les douze tribus d'Israël, ” % Par ces Paroles, qu’il ne faudrait dire qu’à genoux et qui Marquent un tournant dans l'histoire des société, le divin Législateur de la nouvelle alliance oppose la notion chrétienne de l'autorité à cell: que s'en étaient formée les Païens, D’après Ja conception Païenne, les sujets n’existaient que pour leur chef, qu’il fût un ou multible; légalement il était le maître de leur vie et de leur fortune: son Pouvoir sur ee # Luc, XXI, 25-30.

eux était sans limites et ne laissait de place à aucune liberté privée, sociale ou religicuse; dans les cités anciennes, remarque Fustel de Coulanges, * ‘ l’homme n'avait pas même l’idée de la liberté. ” Le Christ, d’un mot, renverse cette odieuse doctrine, qui avait été pour les sociétés une source intarissable de maux incalculables. Non,ice n’est pas le sujet qui doit être asservi au chef, c'est le chef qui doit se faire par amour le serviteur et l’esclave de ses moindres sujets.

Pour implanter une notion de l’autorité, si étrange aux yeux du monde, sur les ruines de l’ancienne, le Sauveur ne se contente pas de promettre à ceux qui y conformeront leur conduite des joies et des honneurs sans nom dans son royaume céleste en retour de leurs humiliations et de leurs sacrifices au service de leurs frères, il nous offre lui-même en sa Personne

* La cité antique, 16e éd., p. 269. Voir aussi p. 405. Cf. Godefroid Kurth, Les origines de la civilisation moderne, 5e 6d., t. I, p. 12.

uu modèle parfait de cette nouvelle forme de l’autorité. Pendant sa vie publique, dans toutes ses relations avec ses apôtres, il s'était toujours fait leur serviteur ; il va iuaintenant s’abaisser jusqu’à leur laver les pieds et ainsi relever à jamais, en quelque sorte jusqu'à l'infini, tous les actes d’humilité inspirés par l'amour du prochain. La première coupe venait de faire le tour du groupe apostolique, et les convives,selon l’usage, venaient de 3e laver

les mains, * Quoiqu'il sût que son Père

% C'est bien ce moment, semble-t-il, que le Sauveur choisit pour donner aux siens le granè exemple qu'il méditait, Dans la Vulgate (Joan. XIII, 2) on lit que le lavement des pieds eut lieu cocnà factà, Cette expression a porté certains exégètes (entre autres le P, Patrizzi) à croire que Jésus ne lava les pieds de ses disciples qu'après la cène légale, Cette interprétation semble fautive. Les mots: coenû Jactà, peuvent très bien se traduire par: “ la cène étant arrivée ”, comme en 8. Marc, ces mots: facto sabbato, (VI, 2) veulent dire “ le sabbat étant arrivé ”, D'ailleurs, dans les meilleurs exemplaires du texte original, on lit : deipnou ginoménou, au présent: “ le repas commençant, ” et non pas: gcnoménou, au passé : “le repas achevé ”,

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avait déposé entre ses mains un pouvoir souverain sur toute chair et qu’il venait de Dieu et qu’il allait retourner à Dieu pour recevoir de lui comme son Fils les honneurs divins, ayant donc pleine conscience de son in{inie dignité, comme nous le fait remarquer en termes émus et si s0- lennels l’apôtre bien-aimé, dont la mémoire avait goigneusement recueilli jusqu'aux moindres détails de cette scène inoubliable, * Jésus se lève de table, quitte son manteau, Attache un linge autour de ses reins, verse de l’eau dans le bassin qui se trouvait là,et se met simplement à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. C’étaient ordinairement les esclaves qui rendaient cette sorte d’office à leurs maîtres. Quelle dut être la stupéfaction des disciples, en voyant leur souverain Seigneur à cette besogne ! *# “ Il s'approche donc de Simon

# Jean, XIII, 1-17.

# Ce mystère du lavement des pieds nous présente, sous une image frappante, comme un résumé de tous le mystère de Jésus. Assis de toute

: LA DERNIÈRE CÈNE 199 mm Pierre ” avec le bassin rempli d’eau :

“ Vous, Seigneur, me laver les pieds, à moi ! ” s’écrie Pierre, comme épouvanté de ce que le Christ voulait faire. “ Ce que je fais ”, lui répond le Sauveur, “ tu ne le comprends pas encore maintenant, mais tu le comprendras bientôt ”, lorsque j’expliquerai la signification morale de cette démarche, et surtout lorsque l'Esprit.

Saint t’en aura fait saisir toute la portée, “Non ”, reprend lapôtre, trop absorbé par le sentiment de son indignité pour tenir compte de la leçon du Maître, “ ja.

mais je ne permettrai que vous me laviez les pieds. ” “ Mais ”, répond doucement le Sauveur, “ si je ne te lavais pas, toute société serait impossible entre toi et moi”; tu trouves étrange et indigne de moi que je m’abaisse jusqu’à te laver les pieds ;

éternité au banquet du ciel, à la table de son Père, il s’est levé, s’est dépouillé de ses vêtements de gloire, s’est entouré du linge de notre humanité et a pris la forme d’esclave ; puis, avec les eaux de la grâce, fruit de ses humiliations et de ses sacrifices, il nous lave journellement de nus taches et efface toutes nos misères.

mais cette purification corporelle n’est que le signe et le symbole de cette purification intérieure sans laquelle tu ne pourrais être en communion avec moi, et «ont je ne puis te procurer le bienfait qu’au prix d’humiliations bien autrement incroyables que celle que tu as sous les Yeux. Pierre, effrayé à la seule idée d’être séparé de son cher Maître, s’écrie avec l’impétuosité d’une nature qui allait facilement aux extrêmes : “ Oh! alors, Seigneur, tenez, voilà non seulement mes pieds, mais mes mains et ma tête ”; il lui semblait que son union avec son Maître serait d’autant plus complète qu’une plus -grande partie de son corps aurait été purifiée par lui : “ Celui qui sort du bain ”, *“ reprend le Sauveur, “ n’a besoin que de se laver les pieds: il est entièrement net.” Jésus semble faire ici allusion à la coutume juive de prendre un bain avant le repas pascal, coutume à la-

* Le verbe grec que la Vulgate a rendu par :

qui lotus est, désigne un bain complet.

: LA DERNIÈRE CÈNE 201 mn dd quelle les apôtres s’étaient sans doute conformés. * De même done, dit le Sauveur, que celui qui vient de se baigner ‘n’a besoin, à son arrivée dans la salle du festin, que de se laver les pieds, souillés par la poussière du chemin, * ainsi celui dont l’âme est lavée par les eaux de la grâce sanctifiante n’a plus qu’à se purifier de ces taches légères qui, comme une poussière, s’attachent aux pieds de notre âme, c’est-à-dire, à ses affections qui la mettent en contact avec la terre. C’étaient précisément ces souillures légères que le Sauveur voulait effacer dans l’âme de ses ‘apôtres, en excitant en eux par le lavement de leurs pieds des sentiments d’humilité, de repentir et de charité; à travers le corps, il voulait atteindre l’Ame et la disposer ainsi à une réception plus fructueuse du mystère eucharistique. Or, con-

# Cf. Belser, das Evangclium des heiligen Joannes, p. 397.

* On sait que les anciens et en particulier les

Juifs marchaient nu-pieds ou chaussés de simples sandales,

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tinua-t-il, en jetant un regard affectueux sur le groupe apostolique, “vous êtes purs, non pas tous cependant ”, ajouta-t-il tristement en pensant au traître. La connaissance de la perversité de Judas, loin de le détourner de lui rendre le même service qu’aux autres, porta, au contraire, le Sauveur à se courber avec plus d’amour sur ces pieds qui, dans quelques instants, allaient courir à la trahison. Que durent penser les anges en voyant Icur grand Dieu, la sainteté même, aux pieds du suppôt de Satan ?

Lorsque son humble ei si touchant ministère fut entièrement terminé, Jésus reprend son manteau, se remet à table, et au milieu du silence général de ses disciples, encore tout émus de ce qu’ils venaient de voir, il leur dit : “ Savez-vous ce que je viens de faire? Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné l'exemple:

faites à l'égard des autres comme je vous ai fuit à vous-mêmes. En vérité, en vérité je vous le dis, le serviteur n’est pas plis grand que son maître, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Maintenant que vous savez ces choses, mettez-les en pratique et vous serez heureux. ” Par ces paroles empreintes d’une si solennelle gravité, Jésus dégageait de !’exemple qu’il venait de donner la grande leçon qu’il contient, qu’il avait tant à coeur de faire pénétrer jusqu’au fond de l’âme de ses disciples et des futurs chefs de la société chrétienne, et qui, à elle seule, renferme la solution pleine et entière de ces questions sociales qui ont de tout temps préoccué les esprits. Appuyée sur un tel exemple, elle nous fait entendre aussi clairement que possible que l'humilité est la base et en même temps la mesure de toute vraie grandeur, que le chrétien le plus humble est par là même le plus grand des hommes, et que celui-là seul est digne d’exercer sur ses semblables une portion quelconque de l’autorité divine, qui, pour

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l'amour de ses frères, accepte avec joie, à l'exemple du Christ, les fonctions les plus basses, et ne recule devant aucun sacrifice pour les servir, pour arriver à purifier leurs coeurs et à les mettre en état de s’asseoir au divin banquet où s’accomplit l'acte suprême de la vie.

Le Sauveur allait compléter ses divines instructions, en mettant sous les yeux de ses apôtres, dans :5n attitude relative. ment à Judas, un modèle achevé du zèle, de la discrétion, des égards et de la constance avec lesquels ils devraient travail.

ler à la conversion des pécheurs même les plus coupables et les plus endurcis.

Déjà, en disant * ses disciples qu’ils n’étaient pas tous purs, il avait donné au traître un premier avertissement, et avec quelle délicatesse! puis, lui, le Seigneur, il s'était jeté À ses pieds qu’il avait lavés et pressés avec tant d’affection pour {àcher de lui faire sentir son ingratitude et de ramener à lui cette panvre âme. O étrange profondeur de la perversité humaine ! Tant d’humilité au service de

LA DERNIÈRE CÈNE 205 Le nm" —

tant d'amour avait été inutile. Rebnté Par Judas, le Sauveur n’abandonne pas la partie: il reste à Ja porte de son coeur et continue à frapper. Après avoir proclamé bienheureux les disciples qui seraient fidè.

les à ses recommandations, hélas, ajoutatil, “ je ne dis Pas cela de vous tous: je COnnais ceux que j'ai Choisis”; vous ne Posséderez pas tous ce bonheur; mais il faut que la Parole de l’Ecriture s’accomplisse : “Celui qui mange à ma table lèvera le Pied contre moi. ” : Dans ce texte, tiré . du psaume 40, David fait allusion au traître Achitophel, jadis Son conseiller et son ami, qui trempa dans le soulèvement populaire à Hébron et prit parti pour Absalon.

D’après le Sauveur, Achitophel était done l’image de Judas, comme David était lui.

même le type de Jésus.

En rappelant cette prédiction de l’Ecriture, Jésus voulait, sans doute, comme il le dit lui-même, * fortifier ses apôtres

: *-Jean, XIII, 18, % Jean, XIII, 19: “ Je vous le dis maintenant

contre le scandale qu’aurait pu occasionner la trahison de Judas, s'ils n’avaient su que ce crime avait été prévu et permis par le Maître; mais il avait aussi pour but de rappeler à son infidèle disciple, avec la fourberie d’Achitophel, la fin tragique et misérable de ce traître qui se pendit. Voyant Judas inflexible,il eut recours | à un autre expédient. Il venait de faire allusion à 1d diviuité de sa mission : il va l’affirmer de nouveau dans les termes les plus solennels et en même temps relever la dignité immense de celui qu’il appélle à Vapostolat. “ En vérité, en vérité, je vous le dis: quiconque reçoit celui que j'aurai envoyé me reçoit moi-même, et qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé. ” *” C'était dire à Judas: Quoi! vas-tu sacrifier ta qualité d’ambassadeur de Dieu et la part splendide qui test échue à la satisfaction de viles passions qui te mèneront

(qu’un de vous lèvera le pied contre moi), avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vons reconnaissiez qui je suis, ”

* Jean, XIIT, 20.

LA DERNIÈRE CÈNE 207 a

à l’abime? Judas Opposa aux instances du Sauveur une barrière impénétrable, En présence d’une ingratitude si monstrueuse et si injurieuse à Dieu, et à la pensée des châtiments terribles que le malheureux attirait sur lui-même, Jésus “ ge troubla ”, * dit l’évangélirte : il livru volontairement son esprit aux sentiments de compassion, de tristesse et d’horreur qu’une telle vue était propre à exciter en lui. Frappés de l’expression de sa physionomie, où se reflétaient les sentiments qui agitaient le fond de son âme, les disciples se demandaient quelle pouvait bien être la cause d’une pareille émotion. Ils ‘ne semblent pas avoir compris les deux allusions que leur Maître venait de faire à la trahison dont il serait la victime : par égard pour Judas, Jésus avait parlé à mots couverts, et le coupable seul avait pu le comprendre, Comme le malheureux ne se laissait pas fléchir, le Sauveur se décida à déchirer tous les voiles, n’hésitant

» Jean, XIII, 21,

point, comme on l’a dit, dans le dessein de sauver un des membres du collège apostolique, à jeter le trouble parmi tous les autres: le spectacle de l’horreur qu’inspirerait aux autres apôtres la seule pensée de la trahison ne serait-elle pas très propre à faire réfléchir le coupable? “En vérité, en vérité, je vous l’affirme ”, dit donc le Sauvèur, très ému, “ un de .

me trahira. ” *:

Cette annonce d’une effrayante clarté tomba sur le Cénacle comme un coup de foudre, C‘onsternés, les disciples se regardent les uns les autres, les yeux remplis d’étonnement et de tristesse. * Puis, descendant au fond de, leur conscience, et y trouvant tant de raisons de se défier d’euxmêmes, l’Ââme en proie aux plus vives angoisses, ils se tournent l’un ‘après l’autre vers le Sauveur, et d’une voix altérée : “Est-ce que ce serait moi, Seigneur?” lui disent-ils tour à tour, * tremblant de

“ Jbid.

# Jean, XIII, 22.

# Marc, XIV, 10; Matth., XXVI, 22,

LA DERNIÈRE CÈNE ne mm de

recevoir une réponse affirmative. Comme il aurait trahi Judas s’il avait voulu ras surer chacun des autres apôtres, Jésus se contente de leur répéter avec plus de précision encore sa tristé prédiction : “ Je serai trahi par un de ceux qui mettent avec moi la main au plat, ” * c’est-à-dire, qui mangent à cette table. Et comme Judas se taisait et considérait toute cette scène d’un oeil impassible, Jésus, pour frapper plus vivement la conscience du traître, fait alors appel aux plus terribles menaces, “ Pour le Fils de Phomme”, poursuit-il, “ il s’en va, selon ce qui a été Ccrit de lui ”, il faut qu’il meure pour entrer dans sa gloire, “ mais malheur à celui par qui le Fils de l’homme sera trahi; il vaudrait mieux pour lui qu’il ne fût jamais né, ” # C’est la parole la plus ‘épouvantable qui soit sortie de la bouche du Rédempteur. Judas se raidit contre

#“ Marc, XIV, 20; Matth., XXVI, 23; Lue, XXII,

# Matth. XXVI, 24 ; Marc, XIV, 21 ; Luc, XXII, 22, °

les efforts de l’amour qui cherchait à l’arracher au gouffre d’horreur béant à ses pieds. Les autres apôtres, ne pouvant savoir de leur Maître, qui allait le trahir, se mirent à se demander entre eux lequel des douze pourrait bien se rendre coupable d’une telle félonie. **

Or, Simon Pierre se trouvait à table vraisemblahlement à la gauche du Sauveur et par conséquent derrière Jui :

c'était la seconde place selon l'étiquette des Hébreux ; ‘a troisième place, à la droite de Jésus, était occupée par Jean ‘’ :

c'était la place réservée à l’ami intime, qui se trouvaii ainsi couché, en quelque sorte, sur le coeur de son Maître. Brûlant de connaître le traître afin d'empêcher le crime, s’il le pouvait, Pierre se lève à moitié sur son divan, derrière le Sauveur, et fait signe à Jean, alors tourné de son côté, de demander à Jésus de qui il parlait. *

# Luc, XX, 28.

# Jean, XIII, 23.

“ Jean, XIII, 24.

Alors le disciple bien-aimé, se jetant en arrière avec une aimante familiarité, re.

pose sa tête sur la poitrine de Jésus et Ini murmure ces mots : “ Seigneur, qui est-ce donc ?”® Tenant à ce que quelqu’un de ses disciples pût attester aux autres que le nom du traître n'était pas ignoré de leur Maître, Jésus répond à Jean à voix basse et d’une façon mystérieuse : « C’est celni à qui je vais présenter un morceau trempé”: * et alors, prenant un morceau de pain ou de tout autre comestible, “ ji] Je trempe dans le charoseth et le présente à l’homme de Kérioth. C'était, d’après l'usage du pays et dans la pensée du Sauveur, une marque d'amitié et un gage de particulière bienveillance. Jésus semblait dire à Judas: Tu le vois, tout lien n’est Pas encore rompu entre nous; tu peux toujours rentrer en Communion avec moi,

» Jean, XIII, 95,

“ Jean, XIII, 26.

“ Le mot grec: Psômion, que la Vulgate a rendu

Par panem, “ pain *, peut signifier aussi un morceau de viande ou de tout autre mets,

Le traître prend le morceau qui lui est offert, et, à cette occasion, semble-t-il, pour ne pas se trahir lui-même par son silence aux yeux de ses condisciples, il demande au Sauveur, à la suite des autres apôtres, comme le rapporte S. Matthieu :

“Est-ce moi, Maître?” “Oui, tu l’as dit,” “ répond le Sauveur à cette question impudente, avec une douceur toute divine, et assez bas pour n’être entendu que de son interlocuteur. Tant de patience, de bonté et de délicatesse ne peut vaincre l’obstination du malheureux. Dépité de se voir démasqué, il ouvre tout grand son coeur à Satan, ‘

Quelque temps auparavant, le diable Ini avait déjà mis au coeur de trahir Jésus “ ; maintenant il s’y installe en maître. Il était entré autrefois dans le serpent pour perdre le premier Adam; il entre cette fois dans Judas pour essayer de perdre le

# Matth., XXVI, 25.

# Jean, XIII, 27.

“ Jean, XIII, 2,

LA DERNIÈRE CÈNE 213 es

second Adam; il ne songeait guère qu’il trouverait lui-même sa ruine dans cette aventure. Voyant que tous les efforts de Son amour allaient se heurter contre un mauvais vouloir toujours grandissant, et Comprenant que le Parti de Judas était pris, pressé d’ailleurs lui-même d’accomplir sa mission, Jésus dit alors au traître à haute voix: “ Ce que tu fais ”, ce que tu es absolument déterminé à faire, “ fais-le vite”. Le Sauveur avait Prononcé ces Paroles avec tant de calme et de douceur, et tant d’égards Pour la personne du traf.

tre qu'aucun des autres disciples n’en com- Prit la signification. Comme il était l’économe de la petite Compagnie, quelques-uns bensèrent qu’il avait l'ordre de se hâter d'acheter ce qu’il fallait pour la fête, ou de faire, selon les Prescriptions de la loi, des distributions d’aumônes aux Pauvres, Dour les aider à célébrer joyeusement la Pâque. # « Ayant donc pris la bouchée de dit saint Jean, Judas Poussé par le démon a Len Er Jean, XIII, 27-29,

qui l’habitait, et ne pouvant plus soutenir les regards de Jésus, “sortit incontinent” ; or, ajoute l’évangéliste, comme pour donner le dernier coup de pinceau au tableau de cette scène lamentable, “il était nuit”.* C'était un temps qui convenait pour l’exécution d’un si noir projet ; mais cette nuit n’était encore qu’une faible image des ténèbres qui avaient envahi l’âme de Judas; en vain la lumière avait essayé de les percer,les ténèbres ne l'avaient pas comprise:

“ ji] était nuit. ” “

# Jean, XIII, 30.

“ Un assez grand nombre de Pères et d’interprètes ont pensé que Judas avait assisté à l’institution de la Sainte Eucharistie et que, par conséquent, il avait communié et reçu le sacerdoce. La principale raison qui les a portés à embrasser ce sentiment, c’est que 8. Lue mentionne la dénonciation du traître après le récit de l’institution de la Sainte Eucharistie. Or, il semble bien que dans ce cas, $. Luc a interverti l’ordre chronologique, et qu'il a voulu réunir en cet endroit comme en un faisceau toutes les défaillances apostoliques: la trahison de Judas, la dispute des apôtres au sujet de la préséance, la présomption de Pierre (Cf. Bible de Crampon, Luce, XXII, 21 sqq.). Si du récit de 8. Luc on pouvait inférer que la dénonciation

On était arrivé à la fin du repas légal, sur lequel avait plané un nuage de tristesse. Au d: part qu traître, le ciel du Cénacle se rasséréna. L'heure de Jésus, attendue avec tant d’impatience, était enfin venue: Judas parti, la Passion qu Sauveur commençait, sa vie était: désormais entre les mains de ses ennemis, il pouvait maintenant se livrer aux trans-

ports de sa joie: son visage s’illumina et chassa les ténèbres qui avaient pesé si lourdement sur l’âme des disciples. “C’est

de Judas a suivi 1 ristie, on devrait

tout-à-fait invrai

timent de la pl On a remarqué avec raison que S. Luc, tout en s’attachant habituellement à l’ordre chronologique des événements, ne s'y astreint pas toujours dans le récit des circonstances de tel ou tel événement en particulier (Cf. Knabenbauer, in Aatthaeum, P. 438: E, Lévesque: Nos quatre Evangiles, P. 47, sqq.) Qu'il en ait été ainsi relativement aux circonstances de

maintenant ”, s’écrie-t-il, ‘“ que le Fils de l’homme est glorifié, et que Dieu est glorifié en lui, et, parce que Dieu est glorifié en lui, Dieu, de son côté, le glorifiera en lui-même, et il va le glorifier à l’instant.”** C’est par ce chant de triomphe que Jésus entra dans la mort. Ce qui le transporte ainsi, c’est donc la pensée des fruits de sa Passion, de l'honneur infini qu’elle procurerait à son Père, des biens inappréciables et éternels dont elle serait la source pour les hommes, et de la gloire qui lui en re-

la dernière Pâque du Sauveur, c’est ce qui semble ressortir des quelques remarques suivantes :

1. S. Matthieu, qui assistait à la dernière Cène, ne fait mention de la Sainte Eucharistie qu'après avoir montré comment Judas fut démasqué ; or, on ne peut guère douter que le départ du traître n'ait suivi immédiatement sa dénonciation ; 2. L'Eucharistie ne fut instituée qu'après le repas légal ; or, ce repas ne fut pas complètement terminé avant la sortie de Judas; en partant, il avait encore, en quelque sorte, dans la bouche le morceau tremré que le Sauveur lui avait tendu ; à. Après la communion des-apôtres, Jésus leur promet qu'ils boiront un jour avec lui, au ciel, le vin de la gloire céleste (Matt., XXVI, 29) ; c’est donc que Judas n'avait pas communié avec eux; 4. Si Judas avait été présent à la Cène eucharistique,

viendrait à lui-même, et qui allait éclater dans ce grand Sacrement de l’'Eucharistie, qu’il institua, à ce moment même, semblet-il, ‘ comme le mémorial de sa glorieuse mort qui devait racheter le monde, et de toutes les merveilles de sa vie.

Au cours de la cène légale, au moment vd, comme président de la table, il devait expliquer aux convives le sens du rite pascal, Jésus avait sans doute fait ressortir aux yeux de ses apôtres, pour mieux les

comment Jésus, en offrant à ses disciples le vin “ il pu leur commander d'en boire tonus? (Matt. XXI, 27), et, puisqu'il pouvait si facilement, sans le trahir, épargner au traître un terrible sacrilège et un surcroît de tourments éternels, en lui ménageant l’o.

croyable qu'il ne l’a croire qu'au momen evant lui que des amis. C'est é par Tatien, S. Ephrem, les Constitutions apostoliques, S. Aphraate (sous le nom de $, Jacques de Nisibe), S. Hilaire, S, Cyrille d'Alexandrie, Rupert, Innocent IIT, Salmeron, Barradius, B. Lamy et la plupart des commentateurs modernes, Cf. Corluy, Commentarius in Evang. $. Joannis, ec. XIII) et Knabenbauer, in Matthaeum, D. 438,

disposer à la Cène eucharistique, le caractère figuratif de la Pâque juive, et en particulier, de l’agneau pascal ”; il leur avait rappelé, on peut le croire, que c'était lui qui était, selon le mot de Jean-Baptiste, le véritable agneau de Dieu, qui efface les péchés du monde, qu’il allait être immolé comme notre Pâque, et réaliser enfin la solennelle promesse qu’il leur avait faite, un an auparavant, à la dernière Pâque, de leur donner sa chair à manger et son sang à boire. Cette promesse, qui avait si vivement frappé les apôtres, était restée gravée au fond de leurs coeurs; ils en attendaient avidement la réalisation, tout en se demandant sous quelle forme s’accomplirait un si grand mystère, mais pleinement persuadés que rien n’était impossi-

# Jean, XIII, 31-32.

“ Cf. Belser, die Leidensgeschichte des Herrn, p. 164-165.

% Il n’est pas sûr qu'il y ait eu à la dernière Cènz un autre agneau pascal que l’Agneau de Dieu lui-même, qui y substitua la vérité à l'ombre. Cf. Vigouroux, Dictionnaire de la Bible: Cène; E. Lévesquè : Nos quatre Evangiles, p. 169.

ble à leur Maître et que toutes les lois de la nature lui étaient soumises.

Un profond silence s'était fait dans le Cénacle. Les dernières paroles du Sauveur avaient fait comprendre aux assis-

tants que quelque chose de grand allait se passer. Tous les yeux étaient attachés sur lui. Une majesté et une douceur incom- Parables paraissaient sur son visage ct dans son attitude, à ce moment suprême, où il allait instituer le Testament de l’avenir, Il prend donc du Pain, et, après avoir levé les yeux au ciel et rendu grâces à Dieu pour le don ineffable de PEucharistie qu’il allait offrir aux hommes, il bénit ce pain, le rompt ‘ et le donne à ses apôtres en disant : “ Prenez ® et mangez :

‘" Chez les Juifs, les pains présentaient la forme de gâteaux minces et durs, qu’on ne coupait pas, mais qu’on brisait,

# Cette expression: “ prenez ”, accipite, semble indiquer que Jésus déposa successivement dans la main des apôtres un morceau de pain consacré : ce fut le mode de communion usité dans les preriers siècles de l'Eglise,

ceci ” est mon corps, “ qui est donné pour vous. ” Puis, voulant laisser aux siens une représentation complète de sa mort, il prend le calice ® contenant du vin qui était mêlé d’eau selon l’usage des Juifs, et, après avoir rendu grâces, le présente à ses disciples en disant: “ Buvez-en tous :

car ceci est le calice de mon sang, du sang de la nouvelle alliance, qui ‘ est répandu

# Le mot: “ ceci ”, en grec touto, du genre neutre, ne se rapporte pas au mot: pain, qui, en grec comme en français, est du masculin : c’est un sujet pronominal indéterminé qui est so par le prédicat,

“ Chose digne de remarque, chez les Juifs, le chef de famille, en déconpant l’agneau pascal, devait dire, lui aussi: Ceci est le corps de l’agneau pascal.

# D’après uns d'auteurs, cette coupe était celle qui était bue après la manducation de l'agneau, c’est-à-dire, la 3e, qu’on appelait coupe de bénédiction, et à laquelle S. laul semble faire allusion dans la 1ère épître aux Corinthiens: X, 16. Selon d’autres, ce serait la 5e qui n’appartenait pas à l'essence du repas pascal. (Cf. Fillion, S&. Matt., p. 508.)

# D’après la formule grecque donnée par S. Luc, le pronom: qui, se rapporte non à sang, mais à calice.

LA DERNIÈRE CÈNE 221 Rene nn CT LS

Pour beaucoup, ‘ en rémission des péchés, ” %# Leg apôtres avaient écouté avec un respect infini ces divines paroles, A leur lumière, le mystère de la promesse eucharistique que Jésus leur avait faite s'éclaircit à leurs Yeux; ils comprennent enfin comment sa chair pouvait nous être donnée à manger et son sang à boire: ils adorent leur Maître bien-aimé sous les saintes espèces, qui semblent témoigner qu’il est bien notre nourriture, et les por-* tent à leur bouche avec une émotion plus facile à imaginer qu’à décrire.

” Quoique le sang du Sauveur oit été répandu pour tous, de fait il n’efface pas les péchés de tous, parce que tous ne s’en appliquent pas les fruits.

présent substantielleme

ristiques: la Vérité éte

corps; ceci est mon sa

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