MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART
(ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
EEE
es EE = =
LE
APPLIED IMAGE ne
1653 East Main Street Rochester, New York 14609 (716) 482 - 0300 - Phone (716) 288 — 5989 - Fox
LEE
et lui pose nettement la question: “ Où le Christ doit-il naître? ” La réponse ne se fit pas attendre : “ A Bethléem de Juda,” disent les Sanhédrites, “ car il est écrit par le prophète: “ Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre parmi les cités de J uda, car de toi sortira le chef qui doit régir Israël, mon peuple. ” ©! C’est le dernier témoignage solennel et infaillible rendu à la vérité par la Synagogue; au moment de disparaître, elle montrait du doigt aux Gentils le berceau du Sauveur du monde, sans
ficultés majeures en matière de justice, de doctrine ou d'acministration. 11 se composait de 71 membres qui formaient trois classes distinctes : 1. la classe des prétres, qui comprenait les chefs des familles sacerdotales ; 2. la classe des scribes, ou docteurs, qui renfermait les lévites on les loïques les plus versés dans la connaissance de la loi; 3. la classe des anciens, qui était constituée par les personnages les plus notables de la nation, La présidence du Sanhédrin n’appartenait pas de droit au grand prêtre actuellement en fonction, ou prince des prêtres par excellence : elle était dévolue au plus digne. (Cf. Vaicur de l'Assemblée qui prononce la peine de mort contre Jésus-Christ, par les abbés Lémann.) Si &, Matthieu dans son
LES MAGES 93 ; songer elle-même à aller lui rendre hommage.
Grâce à ce témoignage authentique, Hérode connaissait déjà le lieu de la naissance du Roi-Messie ; pour miener à bonne fin ses desseins sanguinaires, il lui restait à savoir l’époque de cette naissance, et c'est aux Mages eux-mêmes qu’il va demander ce second renseignement. Il les fait venir dans son Palais le plus secrètement possible ; il s’enquiert avec soin du temps où l'étoile leur est apparue, supposant, non sans fondement, une connexion ARR RE
n'est pas cité ’évangéliste, Le voici, d’après la traduction bien exacte de la Vulgate: « pt tu, Bethleem Ephrata, parvulus e8 in millibus Juda : et te mihi egredietur qui sit Dominator in Israel, “Et toi, Bethléem Ephrata, trop petite pour être du nombre des Chiliades ou milliers de Juda (chefsdieux Comptant au moins mille familles) : c’est de toi que sortira Pour moi Celui qui doit être Dominateur en Israël, ” (Michée, V, 2). Evidemment, il n’y a de différence que dans la forme entre ce texte et celui de 8. Matthieu : l’idée est la même,
94 : ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES LA étroite entre l'apparition de l'étoile et l’époque de la naissance de Celni qu’elle révélait au monde. Après avoir tiré des Mages tout ce qu’il put en obtenir, frappé de leur simplicité et de leur bonne foi, il prétendit en fairé, à leur insu, les instruments de sa politique infâme, et les transformer en espions. “ Allez maintenant à Bethléenà ”, leur dit-il d’un ton qu’il cher- Chaït à rendre dévot, “ informez-vous avec soin de l'Enfant; et lorsque vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que moi aussi j'aille l’adorer. ” L’hypocrite et le cruel ne songeait qu’à l’immoler à sa jalousie; mais Dieu se riait du plus haut des cieux de ce projet perfide: d’un souffle, il le renversa. * Non content de soustraire son Christ à la fureur dHérode, il
: fit encore servir la politique impie de ce prince à la manifestation de Celui qui devait en être la victime : le meurtre des Innocents allait donner un nouvel éclat à sa renommée,
# Cf. ossuet, Elévations, XVIIe sein., IXe élév.
pement.» JET. 1. af
LES MAG:S 95 “me,
—————— rs,
La nuit était venue. Les Mages, sur la parole du prince iduméen, quitcat Jérusalem et prennent la direction de Bethléem. Leur foi avait été mise à une rude épreuve : elle n'avait pas failli; elle devait remporter encore un plus glorieux triomphe. Cependant ils pressent lenr marche et s’éloignent sans regret de cette glorieuse capitale de la Judée vide de Celui qu’ils cherchaient et qui seul remplissait leur pensée, Ils n'avaient pas fait encore la moitié du Chemin * qui les séparait de la cité de David, lorsque soudain l'étoile qu’ils avaient vue en Orient reparut à leurs regards et sembla s'offrir à eux pour leur servir de guide dans le reste du voyage, A ce témoignage sensible de la vigilante protection du ciel, ils éprouvèrent une de ces joies intimes, inet-
* A trois kilomètres et demi de Jérusalem, on montre, au milieu de la route, un puits ou plutôt une citerne antique: c’est le puits des Trois Rois où des Mages, autrement dit encore de l'Etoile, ainsi appelé parce que c’est 1à, d’après la tradition, que l'étoile brilla de nouveau aux yeux des Mages, (La Terre Sainte, Victor Guérin, p. 155).
ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES SN re
fables, tout imprégnées de lumière, que Dieu a coutume de dispenser à ses fidèles serviteurs lorsqu'il les a laissés quelque temps dans les ténèbres de la tribulation.
Bien sûrs qu’ils vont atteindre le but de leur voyage et que tous leurs désirs seront comblés, ils s’abandonnent à le conduite de leur guide mystérieux. + Dissipant autour d’eux l'obscurité de la nuit, l'étoile les conduit jusqu’à Bethléem et vient enfin s’arrêter “ sur le lieu où étsit l’Enfant. ” Les Mages comprirent ce Tangage :
il faisait écho à une voix intérieure, qui leur disait : C’est ici! Une bien douce émotion remplissait leurs cœurs,lorsqu'ils pénétrèrent sous l’humble toit ** qui recélait le trésor du monde. “ Ils y trouvèrent ”, dit l’évangéliste, “ l'Enfant avec
* Il est à croire que la Sainte Famille habitait alors un logement plus convenable que ia grotte de la INativité ou que les chambres de l'hôtellerie. C'est le sentiment qui réunit de nos jours le plus de suffrages ; il s’harmonise mieux avec les inspirations de la piété et de la tendre sollicitude qui amimaient Marie et Joseph à l'égard de l'Enfant divin.
LES MAGES 5 0 en LL ‘ Marie sa mère, ” * L'indigence qui frappe leurs regards et la pauvreté du séjour ne les rebutent Point; ils reconnaissent dans cette feinme, pleine de grâce, il est vrai, mais qui paraissait d’une condition fort obscure, celle que les traditions leur avaient montrée de loin comme la Mère du Messie ; ils reconnaissent dans ce petit Enfant, dénué de tout, le trésor et " Pespoir du monde, et ils sentent qu’ils ont levant eux, sous ces humbles langes, le Dieu de toute majesté : la vivacité de leur
foi avait percé toutes les ombres dont la Divinité s'était enveloppée et avait rempofté le suprême triomphe. * Le moyen de
——— ms,
* Cette expression de l'évangéliste n'exclut pas 18 présence de 8, Joseph.
* On ne peut douter que les Mages n'aient rerie comme le vrai Dieu. “Les “ supposent le fait de l’ado-
que nous : aussi, raient pas été j Pur ; ét on ne p
ÉTUDES ÉVANGÉLIQ ES
rendre les sentiments de joie, de recon-naissance, d'amour, qui se pressaient dans leurs coeurs, à la vue d’un si grand spectacle? Ils recueillaient le fruit de plus de 40 siècles d'attente : ils avaient trouvé le Dieu qui apaise par sa seule présence tons les désirs de sa créaturé. Le monde entier n’était plus rien pour eux; toutes les richesses de la terre et du ciel étaient là sous leurs yeux. Ils se prosternent la face contre terre devant le divin Enfant que la Vierge, sa Mère, ostensoir immaculé, présente à leurs hommages, et ils l’adorent du fond de leurs coeurs ; puis, ouvrant leurs Cassettes, ils en tirent de l'or, de l’encens et de la myrrhe, qu’ils présentent avec amour.
Quoique rien ne permette d’affirmer que les Mages aient attaché une signifi-
l'Eglise touchant la divinité de Jésus-Christ reconnue par les Mages, sans vouloir éteindre une traditions unanime, ” (Instructions sur la version du N.T. de Trévouz : ire Instruction, Remarque sur la Préface, 2e passage).
EE
cation symbolique à ces présents, et bieu qu’ils n’aient Probablement eu en vue, en les offrant, que de se conformer à la coutume des Orientaux Auand ïls veulent honorer un personnage important, ce symbolisme a été reconnu et attesté par toute l’antiquité. L'or Marquait la royauté du Sauveur; lencens, symbole de la prière, figurait sa divinité, et la myrrhe (sorte de gomme résineuse et odorante) qui servait à l'embaumement des morts, représentait son humanité destinée à Ju mort et à la sépulture. Symbole des caractères du Messie, ce triple Présent figurait en même temps les dispositions intimes qui animaient les Mages et relevaient la valeur de leurs dons; l’or représentait ]u Charité dont ils étaient embrasés à l'égard . du divin Enfant; l’encens, le parfum des saints désirs qui s’élevaient vers Jui du fond de leurs Coeurs; la myrrhe, l’abnégation parfaite d'eux-mêmes entre ses mains, ‘L’Evangile ne rapporte aucune parole de ces mystérieux visiteurs, à part la ques.
tion qu’ils posèrent aux Juifs en arrivant à Jérusalem. Ts demandent où ils peu-
veut trouver Celui qu’ils sont venus cher:
cher de si loin, et c’est tout. Les Juifs parlent; les Gentils adorent en silence :
ils étaient “ de lèvres incirconcises ”,
Cependant les heures de la nuit s'écoulaient rapidement. Avant de retourner à Jérusalem, pour faire part à Hérode du succès de leurs recherches, (ils -étaient trop simples et ayaient l’Ame trop noble pour soupçonner la perfidie du monarque), les Mages voulurent prendre quel.
que temps de repos : Dieu l’ordonnait ainsi. Envahis bientôt par un doux sommeil, qui ne put interrompre leurs communications intimes avec la Divinité, ils furent avertis en songe de ne point retourner auprès d’Hérode. Une étoile leur avait appris la naissance du Messie ; les Ecritures leur en avaient indiqué le lieu ; le Seigneur lui-même se chargea.s de régler leur retour. Sur lavis céleste, au lieu de repasser par Jé.
rusalem, ils prirent le chemin direct qui devait les ramener dans leur pays.
Une obscurité impénétrable couvre le reste de la vie des Mages. Ce qu’on dit du
on :
baptème qu’ils auraient reçu des mains de l’apôtre saint Thomas, de leur promotion à la dignité épiscopale et du martyre qu’ils auraient enduré pour le nom du Cbrist, n’est mentionné par aucun des auteurs grecs ou i:tins de Ventiquité. 1] n’est rien de certain à leur sujet que ce que nous en dit l'Evangile, Les Mages se:
présentent dans l’histoire comme des météores qui apparaissent tout d’un coup, brillent un instant et disparaissent sans laisser de traces,
Retrouvés en Perse, grâce, dit-on, aux soins de sainte Hélène, les corps des Mages furent d’abord transportés à Constantinople, où ils reposèrent dans la Basilique de Sainte-Sophie; vers la fin du Ve siècle, ils furent transférés à Milan par saint Eustorge, évêque de cette ville, auquel l’empereur Anastase 1er les avait donnés; en 1163, l'empereur E..rberonsse, devenu maître de Milan, en fit don à la ville de Cologne, où ils sont maintenant Vobjet d’une touchante vénération., *
ES 27 Cf. Bolland, t. 1, VI Jan., et Continuat, Bolland, t. 1, Maii, p. 7,
————————————— La création entière avait salué, à sa naissance, le Créateur qui venait la consacrer par son miséricordieux avènement.
Les anges avaient chanté sur sa crèche ; une étoile avait proclamé sa gloire dans les cieux ; les bergers l'avaient adoré avec simplicité et amour ; les saints vieillards ‘ Siméon et Anne l'avaient pressé amoureusement contre leurs coeurs; les Sages de l'Orient avaient baisé la poussière de son berceau. Toutes les créatures sans distinction étaient venues mettre leurs hom- Mages aux pieds d’un Enfant pauvre, faible, dénué de tout, méconnu ! Admirable économie, tempérament merveilleux d’ombres et de lumières, de grandeurs et d’huiuiliations ! et que cet adorable mélange nous révèle bien le médiateur de Dieu et des hommes qui réunissait en sa Personne l'humain et le divin, le ciel et la terre, et qui, pour sauver le monde, devait mourir sur un gibet ! ?* :
* C£. S. Bern., 1 Serm, de Cireume,
Fuite en Egypte Massacre des Innocents Retour de l'exil
(Marr., 1, 13-23) —__s
Feclamat amens nuntio:
Successor instat, vellimur:
Satelles, À, ferrum rape, Perjunde cunas sanguine.
Quid proficit tantum nefas?
Quid crimen 1Teroden, juvat?
Unus tot inter Junera Impune Christus tollitur.,
A cette nouvelle (de la naissance du Roi des Juifs) Hé.
rode, furieux, s'écrie : Voilà un compétiteur, on nous détiône ; allez, soldats, armez-vous du fer, inondez de sang les berceaux.
Que sert à Hérode un tel forfait? quel avantage lui revlent-1l de ce crime? Seul le Christ échappe au Massacre général.
(Prudence, P, L, LIX,
col. 907, 909.)
A prophétie du saint vieillard Siméon relative aux contradictions dont le Fils de Marie devait être la victime ne tarda pas à commencer à
se réaliser, A peine les Mages avaient-
104 © ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES a
ils quitté Bethléem que l'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, : et lui dit, comme au chef de la Sainte Famille :
“ Levez-vous; prenez l'Enfant et sa Mère, fuyez en Egypte, et démeurez-y jusqu’à ce.
que je vous avertisse: Hérode va rechercher l'Enfant pour le faire périr. ” “ Pesez toutes ces paroles ”, remarque ici Bossuet, * “ vous verrez que toutés inspirent de la frayeur. “ Levez-vous ”, ne tardez Pas un moment; l’ange ne dit pas à Joseph: Allez, mais “ fuyez ”; il paraît luimême alarmé du péril de PEnfant; et il
1 Les expressions de l'évangéliste (Matt., II, 13) semblent supposer assez clairement que ce fnt la nuit même du départ des Mages ou tout au plus la nuit suivante qu’eut lieu cette apparition de l'ange à Joseph. D'abord l’adverbe, ecce, voilà, donne à entendre qu'il ne s’est pas écoulé un temps considérable entre l’un et l'autre événement ; d’un autre côté, le participe absolu dont se sert l'évangéliste dans le texte original témoigne que l'un a suivi l’autre de tout près, selon la remarque du P. Patrizzi : “ le participe absolu ”, dit-il, “ semble bien exprimer la continuité des choses racontées ; ce qui le suit s'est produit sûrement en même temps que ce qu’il exprime Jui-même, s'il est au présent, ou peu de temps après, s’il est à l'aoriste: jamais
“semble ”, disait un ancien Père, * “ que la terreur ait saisi le ciel avant de se répandre sur la terre. ” A cet ordre, si pénible pour lui-même, pauvre artisan, et sa jeune épouse, et si peu en harmonie, semble-t-il, avec les grandeurs et la puissance de Enfant Dieu, Joseph adore les desseins mystérieux de la Providence et, sans faire aucune réplique, il se lève et va avertir Marie. La Vierge Mère reçoit l’ordre du ciel avec un respect infini et une sou-
mission parfaite: jamais commandement divin ne trouva dans les anges une promp-
on n’est autorisé à mettre entre les deux événements un intervalle de plusieurs jours, et, à plus forte raison, d'un mois ”, Participium casu, ut tocant, absoluto, continuationem rerum narratarum significare omnino ridetur. .…. ita ut, si participium sit pracsentis temporis, ea quae ipsum scquuntur, pateat gesta csse simul cum eo quod ipso hoc participio significatur; mox autem aut paulio post, si temporis aoristou; plurium vero dicrum, multo autem magis unius mensis moram interpositam credere prorsus prohibeamur. ” (De Evang., Diss. XXVII, 12).
* Elévat., XIXe, Sem., 5e Elév.
* S. J. Chrysost,
ee me M VA
titude aussi amoureuse, Jésus dormait dans son berceau, et son visage, calme et paisible, semblait à sa Mère, en cette occurrence,s'être paré de nouveaux charmes.
Marie l'enveloppe d’un long regard où se peignent une angoisse profonde et une ineffable tendresse ; elle rassemble sans trouble, mais en toute hâte, avec les présents offerts si à propos par les Mages, quelques provisions, quelques langes quelques vêtements, prend l'Enfant endormi qu’elle serre doucement sur son coeur, et sans songer à l’amertume qui l'attend sur . la route de l'exil, uniquement soucieuse de soustraire son Trésor aux embüches d'Hérode, elle quitte sa pauvre demeure, et précédée de son fidèle époux, s'éloigne de Bethléem. Une distance de 40 lieues environ les séparait de l'Egypte. Dieu seul sait les fatigues, les privations, les difficultés de toutes sortes qui vinrent éprouver leur constance et leur Courage ; insensibies à tout le reste, ils n'étaient touchés que de la crainte de perdre leur Jésus, et de la douleur de voir si mal reçu dans Île
FUITE EN ÉGYPTE 107 ee, monde Celui qui venait le sauver. Une fois arrivés de l’autre côté du Torrent d'Egypte, ‘ ils respirèrent : ils se trouvaient en-dehors de la juridiction du tyran et le bras de ses émissaires ne pouvait plus les atteindre,
Ce n’était pas la première fois que l'Egypte fournissait un abri à des Israélites.
De tout temps, ce pays avait été l’asile naturel de ceux que la misère ou la persécution chassait de la Palestine. Au début de l'ère chrétienne, il y florissait une colonie considérable de Juifs à lombre du fameux temple qu’Onias avait bâti à Léontopolis, dans le district d’'Héliopolis, en l'honneur du vrai Dieu, et dont la magnificence rivalisait avec celle du Temp}: de Jérusalem.
S'il faut s’en rapporter à une ancienne tradition, ce serait dans ces parages, au
* C'est l’ouadi El-Arisch actuel, le Rhinocolure des anciens. Il tire son nom du village d’Æl-Arisch situé à l'embouchure du Torrent, sur l’emplacement de l’ancienne Rhinocolure.
® V. Josèphe, Antiquités juives, XIII, 3.
milieu de ses compatriotes, et sur cette vieille terre de Gessen, * autrefois habitée si longtemps par ses ancêtres, que la Sainte Famille aurait cherché un refuge; elle aurait fixé sa demeure à Matarieh, petit village situé à côté de l'emplacement d’Héliopolis; on y montre encore une fontaine qui aurait servi à la Vierge; et à quelque distance, hn sycomore gigantesque aurait prêté l’ombre de son vaste feuillage aux augustes exilés. Sainte Hélène a fait bâtir une église, qui est encore debout, audessus de la grotte souterraine que la Sainte Famille aurait hubitée. D’après une autre tradition, à l’entrée du Sauveur en Egypte, toutes les statues des dieux de ce pays auraient été secouées et renversées de leur socle, * Cette tradition pourrait bien -n’avoir d’autre fondement que cette prophétie d’Isaïe, susceptible d’une autre
“ Cf. Gratz, Théâtre des événements racontés dans les divines Ecritures, traduit de l'allemand par l’abbé Gimarey, revu et corrigé par l'abbé Bugniot, t. 1, p. 152,
* Cf. Baronius, Annal., anno 10, No 44.
FUITE EN ÉGYPTE 109 PR TE SR Se |
interprétation: “ Le Seigneur montera sur une nuée légère, et il entrera en Egypte, et les idoles de l'Egypte seront ébranlées devant sa face. ”* Ce qui est hors de doute, c’est que la présence du Dieu Enfant en Egypte fut le signal et Tannonce de la régénération complète de ce pays et de la chüte de toutes les idoles qui couvraient le monde. L'Egrpte, qui était alors le point de jonction et le rendez-vous de tous les intérêts comme de toutes les idées de l’Europe et de VAsie, aussi bien que de l'Afrique, était aussi comme “ le temple de tout l'univers païen, ” ? et le type de toute l'idolâtrie. « L'Egypte, dit Tertullien, c’est le monde entier, en fait de su”erstition. ” * En entrant dans ce pays, l’'Homme-Dien prenait Possession, Pour ainsi dire, de la Gentilité tout entière
* Is, XIX, 1.
* Terra nostra (Ægyptus) mundi totius est templum, (Hermes Trismegistus, ap. K. August. De Civit. Dei., VIII, 23), L
* Ægyptus totus orbis intelligitur, superstitionis et maledictionis elogio. (Adv. Judaeos, C. IX).
mm
dont les Sages de l'Orient venaient de lui apporter les premiers et si purs hommages; il consacrait, en particulier, par sa présence, cette vieille terre de Misraïr: et y déposait ces germes de vie, qui devaient faire d’un désert aride, “ un jardin émaillé des fleurs de toutes les vertus. ” : Jadis le repaire de l’idolâtrie, l'Egypte était devenue, dès la fin du troisième siècle, la terre des anges.
Qui ne connaît cette belle toile, que la gravure a popularisée, et au bas de laquelle l'artiste, M. Luc-Olivier Merson, a écrit ces simples mots: Le repos en Egypte? Dans une nuit profonde, où quelques étoiles laissent tomber de pâles lueurs, le Sphinx dresse fièrement 1a tête ; entre ses pattes de devant, l'Enfant Dieu repose sur le sein de sa Mère; Joseph dort près de lui et, à quelque distance, l’ânesse. paît dans le silence de la solitude; une douce
clarté qui s’échappe du corps de l'Enfant |
* O0 desertum Christi floribus ternans. (S. Jérôme, Ep. à Héliod.) Migne, P, L., t, XXII, col, 353.
mm
illum*ne cette scène tranquille et fait resplendir le Sphinx. Quelle magnifique image de la transformation du monde païen par le Christ! Les ténèbres avaient envahi les âmes; la vie était devenue une énigme, que l'artiste ne pouvait mieux symboliser que par le Sphinx; l'humanité errait dans la nuit, à tâtons, sans savoir où elle allait; les quelques parcelles de vérités qui brillaient au firmament des esprits ne pouvaient guider sa marche.
Platon, l’un des plus illustres repré-
sentants de la pensée humaine avant :
Jésus-Christ, s'était reconnu impuissant à lui tracer une ligne de conduite. Il faut attendre, dit-il, que guelqu’un vienne nous instruire #; et il soupirait après “cette parole divine”, :
qui devait conduire l'humanité au port.
La Vierge qui devait enfanter donne enfin au monde le Verbe: c'était la réponse à
# Platon, Second Alcibiade (vers la fin).
# 14, Phédon : 3, D. 540 (éd. Weidmann, Leipzig, 1819).
112 ‘ ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES SS NU een
toutes les grandes questions qui tourmentaient les âmes et la solution de toutes ces difficultés où l'esprit humain se débattait.
depuis tant de siècles, La vie était désormais sans mystère, les ténèbres avaient fait place à la lumière; sous les vivifiantes influences du divin Soleil de justice, l'humanité, sûre de posséder la vérité, allait enfin' pouvoir marcher en paix vers ses immortelles destinées.
Le Fils de la promesse était déjà loin de Bethléem sur la route de l'exil lorsqu'Hérode, après queiques jours de surexcitation et d’impatience, comprit qu'il avait été trompé par les Mages. Outré de colère et croyant à une trahison, il leva le masque et fit appel à la violence ouverte comme à la seule ressource qui lui restait.
Le Pharaon d’autrefois qui voulait détruire les juifs répandus dans ses Etats, uvait recommandé aux sages-femmes qui accouchaient les épouses des Hébreux de faire mourir tous les enfants mâles,
# Ex, I, 15, ete. |
ere
Héritier de la cruauté du tyran égyptien, . Hérode eut recours à un expédient analogue, dans l'espoir de se débarrasser de ce Roi des Juifs qui ne lui laissait pius de repos. Pour ne pas manquer son coup cette fois, et perdre sûrement cet Enfant inconnu, qu’il ne pouvait démêler d’avec les autres, il conçut donc le projet d’exterminer, à Bethléem et dans toutes ses dépendances, tous les enfants mâles depuis l’âge de deux ans et au-dessous, à l’exception seulement de ceux qui étaient nés après l'apparition de l'étoile aux Mages, qui lui en avaient indiqué exactement la date. * I] croyait être sûr qu’en
# Dans l'hypothèse fort probable qu'Hérode regardait l'étoile comme l'indice du Messie déjà né et non à naître (c'est ce que semble signifier cette parole des Mages :: “Où est né le Roi des Juifs ? nous avons vu son étoile. ”), il est à croire qu’il n’a, pas voulu faire périr les enfants nés après l'apparition de l'étoile aux Mages; à quoi eût servi ce massacre? Il n'avait sans doute en vue que les enfants nés auparavant et dont l’âge ne dépassait pas deux ans. Dans le texte de l'évangéliste : “ 11 fit tuer tous les enfants à Bethléem et aux environs depuis deux ans et au-dessous suivant le
embrassant tout ce temps et tout cet espace dans l'étendue de son décret, ik ne manquerait pas d'atteindre son prétendu rival. On ignore quel mode fut adopté pour l’exécution de cet ordre barbare ; les enfants furent-ils égorgés tous ensemble loin de leur famille, ou tués les uns après les autres sous les yeux de leurs parents ? Qhoi qu’il en soit, les registres du dernier recensement indiquaient clairement les noms de ceux qui tombaient sous le décret d’Hérode, et il n’est pas .
douteux que le tyran jaloux n’ait pris ses mesures pour qu'aucun d’eux n’échappât.
Il ne se doutait guère que la Providence
temps de l'apparition de l'étoile dont il s'était soi- £neusement enquis, ”, ces mots : “ suivant le temps de l’apparition de l'étoile” se rapportent donc non pas à: “ depuis deux ans ”, mais à: “au-dessous.” : Mais pourquoi, dira-t-on, envelopper dans le décret de proscription tous les enfants mâles jusqu’à l’âge de deux ans? Hérode pouvait trouver un motif d'en agir ainsi dans la crainte que l'étoile ne fût apparue qu’un temps plus ou moins long après l’enfantement divin, ou que les Mages ne l’eussent . pus aperçue immédiatement. Cf, Corn. Jansen., în Evargelia: h. 1 * ?
PUITÉ EN ÉGYPTE 115 a
venait de pourvoir à ja sûreté du divin Persécuté, comme elle avait autrefois soustrait Moïse, le libérateur du peuple de Dieu, à la tyrannie du Pharaon. Et c’est ainsi, comme le remarque Bossuet, que “ les politiques du monde seront éternellement le jouet de leurs propres précautions, que Dieu tourne comiue il lui plaît. »» 10
Le nombre des enfants immolés par Hérode a été démesurément grossi par les anciens interprètes, Le ménologe grec et la liturgie éthiopienne le portent à 14 000; quelques-uns veulent même qu’ils aient été 144 000, parce que, disent-ils, dans l'office de la fête des Saints Innocents, on lit ces paroles de l'Apocalypse : “ L’A.
Sneau $e tenait sur la montagne, et avec lui 144 000 personnes, :’ etc. ” En réalité, leur nombre n’a pas dû dépasser 50 ou 60, comme il est aisé de s’en convaincre, Bethléem “ trop petite Pour être comptée par- PP
“ Hiévat., XIXe sem., le Elév,
* Apoc., XIV, 1,
116 ” ÉruDEs ÉVANGÉLIQUES
mi les milliers de Juda”, c'est-à-dire,parmi les groupes de mille familles,ne pouvait guère contenir avec tous ses environs plus de 5 000 habitants; comme à chaque millier d’habitants pourrait correspondre, chaque année, une trentaine de naissances, on aurait, pour deux années, 300 enfants de l’un et de l’autre sexe, et par conséquent, environ 150 enfants mâles. Prélevons sur ce nombre la part de la mort qui englouiit tant de ces petits êtres dans les premiers mois qui suivent leur naissance ; retranchons de ce qui reste ceux qui sont nés après l’apparition de l'étoile aux Mages, et nous serons amenés à conclure qu’Hérode ne put guère en tuer que 50 ou 60. ‘La plupurt des commentateurs modernes réduisent ce chiffre à 10 ou 12.
Quelques interprètes (v. g. Baronins), ont pensé que parmi les enfants de deux :
ans et au-dessous, massacrés par Hérode, se trouvait un de ses propres fils. C’est une erreur, à laquelle a donné lieu un
#* Mich., V, 1.
texte assez obscur de Macrobe, qui fut mal entendu ou pris trop à la lettre, Voici ce que dit cet auteur Païen, qui vivait au commencement du Ve siècle: « Oum audisset ( Augustus) inter Pueros quos in - Syria Herodes rex Judaeorum intra dimalum jussit interfici filium quoque ejus occisum, ait: “ Melius est Herodis porci:m (f., esse quam filium (uion).” % “JE.
Pereur Auguste, apprenant que parmi les enfants de deux ans et au-dessous qu’Hérode, roi des J uifs, fit périr en Syrie, son fils lui aussi avait été tué, s’écria : I] vaut meux être le porc d’Hérode que son fils.” (T1 est impossible de rendre en français le jeu de mot contenn dans la boutade impériale). Dans ce texte, Macrobe fait sans doute allusion à la mort d’Antipater, fils " ‘né d’Hérode, qui fut tué par l’ordre de son père. fil le mêle aux Innocents,c’est que ce prince fut exécuté vers le même temps qu’eux, et que la nouvelle de cette exécution arriva à la cour d’Auguste avec
* Macrob., Saturnar 1, IT, c. IV.