‹ Études évangéliques [microforme]Chapitre 7 sur 23 · ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES DEN SRNE RO SA Re Lee · texte numérisé non relu

ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES DEN SRNE RO SA Re Lee

celle du massacre de Bethléem, Aussi bien, alors âgé de 70 ans, le roi ne pouvait guère avoir de fils au-dessous de deux ans; et, en eût-il eu un, cet enfant serait né à Jérusalem et non à Bethléem, et, par conséquent, n’aurait pas été compris dans la liste de proscription des Innocents. *

À part Macrobe, aucun historien profane n’a fait allusion au massacre des enfants de Béthléem. Faut-il s’en étonner?

Ne sait-on pas que l’antiquité attachait peu de prix à l’enfance? cet âge n’était pas encore alors entouré aux yeux des peuples de cette auréole dont Jésus Enfant l'a honoré. Chez les Grecs et les Latins, l’exposition et même le meurtre des enfants nouveau-nés n'étaient pas rares. Tacite mentionne comme une chose nouvelle et extraordinaire le respect des Juifs et des Germains pour la vie de leurs enfants.

“IIs regardent comme un crime ”, dit-il, “de donner la mort aux enfants qui vien-

% Cf. Sandini, Historia Familiae Sacrae.

nent de naître ” * ; et Tertullien, dans son Apologétique, n’a Pas craint de jeter cette accusation à la face des ennemis des chrétiens : “ Parmi ceux qui nous entourent et qui ont soif du sang des chrétiens, parmi vous, austères magistrats et si rigoureux envers nous (laissez-moi frapper à ‘a porte de vos consciences), combien y en a-t-il qui ont donné la mort à leur propre enfant? ” Faut-il rappeler aussi que,sous la République, vers le temps de la naissance d’Auguste, le Sénat romain n’a:rait Pas eu horreur de décréter qu’on n’élevât aucun des enfants mâles qui naîtraient dans le cours de l’année où, d’après un bruit populaire accrédité par un prodige, la nation devait enfanter un roi pour Îles Romains? C’est du moins ce qu’affirme Suétone, qui allègue le témoignage de Julius Marathus, affranchi d’Auguste. &i ce décret barbare ne fut pas exécuté, ce fut, ajoute Suétone, grâce à l'intervention des sénateurs dont les femmes étaient en-

* Tac., Hist., V, 5; de Moribus Germ., 19.

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ceintes, chacun d'eux Ccaressant l'espoir que cette prédiction intéressait son fils. :’ Voilà quelle mince valeur avait la vie de l'enfant chez les Romains vers le temps d'Hérode. Qu'était-ce donc, aux yeux de l’opinion, que le massacre de quelques enfants inconnus, dans li liste des crimes d’un tyran qui avait répandu comme l’eau le sang le plus illustre de ses sujets? est-il étonnant qu’il ait fait si peu de bruit ?

Si le monde d’alors prit peu de part à la douleur des mères qui se voyaient si brutalement dépouillées du fruit de leurs entrailles, leurs lamentations amères et poignantes trouveront jusqu’à la fin des siècles un écho dans le coeur de l'Eglise, qui elle aussi est une mère. Elles avaient déjà été entendues bien longtemps auparavant à travers les âges par le prophète Jérémie, qui les avait annoncées au monde dans cette touchante prosopopée où il nous montre Rachel, l'épouse bien-aimée de Jacob, sortant du fond de sa tombe et

” Suétone, August., 94.

Poussant des cris lamentables sur ses enfants qu’on a arrachés à son amour. “Une voix ”, dit-il, “ sc fait entendre à Rama”; “ce sont des plaintes et des sanglots incessants; Rache, pleure ses enfants et refuse toute consolation, parce qu’ils ne sont plus. ”* Rachel, l’illustre aïeule des Juifs, avait été inhumée, on le sait, non loin de Bethléem ; à quelque distance de là, se trouvait cette ville de Rama dont parle le prophète, et où les Juifs avaient été réunis avant de partir pour l'exil de Babylone. * Selon le sens littéral de cette prophétie, c’est le malheur de ses enfants tués par Nabuchodonosor ou déportés en Babylonie que Rachel déplore Par ses cris qui furent entendue jusqu’à Rama. Dans un sens plus élevé et tout aussi réel,selon lévangéliste,ce que pleure surtout la mère d'Israël, ce sont les innocentes victimes de la tyrannie d’'Hérode et l'exil du divin Roi des Juifs. O mère dé-

# Matt., II, 17-18, * Jér., XL, 1.

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solée, consolez-vous et essuyez vos larmes :

les enfants que vous avez perdus sont morts pour le Messie, l’espoir de votre race, qui est enfin venu; ils n’ont quitté une terre ingrate que Pour entrer en possession d’un royaume éternel ; ils ont échangé leurs jouets contre des palmes et des couronnes ; et comme vos fils captifs à Babylone sont revenus de la terre de l'ennemi, lui aussi, votre Enfant de prédilection, va revenir de la terre d’exil pour le salut et le bonheur de tous. * Hérode ne survécut pas longtemps aux innocentes victimes auxquelles il avait, d’une manière si inconsciente, ouvert les portes du céleste royaume: la vengeance divine allait avoir son tour. Quelques semaines, deux ou trois mois, tout au plus, s'étaient à peine écoulés, que le tyran fut atteint de la maladie qni devait l'emporter. Elle fut affreuse, La corruption du tombeau le gagnait tout vivant: la partie inférieure du buste était dévorée par les

5 Jér, XXXI, 15, 16, 17.

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vers; une odeur fétide et insupportable K’exhalait de son corps et remplissait tout le palais. L’horreur qu’il inspirait à ses sujets et la persuasion qu’on attendait sa mort comme une délivrance redoublaient sa r:.,"e et se, douleurs, Sur ces entrefaites, l'aigle d’or, qu’il avait fait placer, comme signe de la domination romaine, sur le portail du Temple, contrairement à la loi de Moïse, est arraché, aux applaudissements de la multitude, et brisé à coups de hache. Hérode, furieux, fait brûler vifs les principaux chefs de la sédition. Cependant le tyran était lui-même brûlé d’un feu intérieur qui le consumait jusqu’à la moëlle des os; en proie à d’insupportables douleurs, il alla demander, mais en vain, quelques soulagements aux sources bitumineuses de Callirhoë, à quelques stades de Jéricho. Ramené dans cette ville et sentant qu’il ne guérirait pas, il conçut un projet digne de couronner une telle vie. Sur son ordre, les chefs des grandes familles juives 3e réunirent dans l’hippodrome de Jéricho; il les y fit cerner par

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des soldats et enjoignit à Salomé, sa soeur, de faire tuer toute cette multitudeà coups de flèches, au moment où il expirerait, afin, dit-il, d’avoir, à ses funérailles, les pleurs et les gémissements de toute la nation. Heureusement, cet horrible voeu ne fut point réalisé. Le monstre put encore, avant de mourir, faire exécuter son fils aîné Antipater, qui était alors détenu en prison pour avoir conspiré contre son père, et qui, sur une fausse nouvelle de sa mort, s'était livré à des transports de joie. Cinq jours après, il expirait lui-même en proie aux douleurs d’nn enfer anticipé. C'était vers le commencement du mois d'avril 750 de Rome.

Il avait régné trente-sept ans, et était dans la 70e année de son âge. *

Dès que le tyran fut mort, Pange dû Seigneur s’empressa d’aller en porter la nouvelle aux augustes exilés d'Egypte. *

# Cf. Josèphe, Antiq. ds Juifs.

* Les raisons qui nous ont fait placer la fuite en Egypte immédiatement après le départ des Mages prouvent également que lc retour d'Egypte eut Tien Immédiatement après 13 mort d'Hérode,

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. “ Lève-toi ”, dit-il à Joseph pendant son sommeil, “ prends l'Enfant et sa Mère, et retourne au pays d'Israël ; Car ceux qui cherchaient à perdre l'Enfant sont morts. ” * Le temps de l'exil r’avait pas été considérable. D’après les anciens exégètes, la Sainte Famille serait restée en Egypte de un à- huit ans ; mais, s’il est vrai, et c’est l'opinion qui semble la plus probable, que le Sauveur naquit vers la fin de l’an 749 de Rome, et que la fuite en Egypte eut lieu dans les premières semaines de février 750, comme d’ailleurs Hérode est mort vers le commencement d'avril de la même année, et que de retour d'Egypte suivit immédiatement la mort du tyran, on voit que le séjour de Jésus, Marie, Joseph, sur la terre étrangère a dû être assez court: c’est le sentiment qui a rallié aujourd’hui le plus de suffrages.

Ces quelques semaines que la Sainte Famille ayait passées sur la terre d'Egypte

* On sent tout ce qu’il y a de discrétion et de délicatesse dans la manière dont l'ange annonça la mes:t du premier persécuteur du Christ,

ÉTUDES ÉVANGÉLIQUES x ho u’avaient pas laissé de jui paraître bien longues, et elle avait pu goûter, pendant ce court espace de temps, toute l’amertume de l’exil. Elle accueillit avec bonheur la parole de l'ange et reprit la longue route qui devait la ramener au pays de ses pères. Marie et Joseph portaient sur leurs traits le sentiment de la liberté rendue après un trop long emprisonnement, La nature leur semblait avoir -un autre aspect que celui qui les avait frappés d’abord; le désert qu’ils avaient à traverser était moins sauvage et le vent soufflait sur le sable avec un bruit moins lugubre.

Arrivés sur les confins de la Palestine, ils se disposaient À retourner à Bethléem, la ville de David, où il est à croire qu’ils voulaient fixer leur demeure, lorsque des bruits sinistres vinrent donner un autre cours à leurs pensées. Archélaüs, qui avait succédé à Hérode, son père, dans la Judée, lIdumée et la Samarie, * venait de

* Si on prend dans de sens strict le terme: régnait, regnaret, dont se sert l'évangéliste pour désigner da domination d’Archélaïüs, il nous fournit

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faire impitoyablement massacrer dans le Temple 3 000 Juifs rebelles et de publier un décret qui ordonnait aux étrangers, accourus de toutes parts pour les fêtes pascales, de quitter sur-le-champ la ville sainte. Partageant l’appréhension générale et plein du sentiment de ga responsabilité à l’égard du précieux dépôt confié à ses soins, le chef de la Sainte Famille interrogea Dieu dans la prière. La nuit suivante, pendant son sommeil, un avertissement divin vint fixer ses doutes; et quel-

ques jours plus tard, après avoir longé la côte maritime de la Palestine, la Sainte

une nouvelle preuve que le retour d'Egypte suivit de bien près 1a mort d’Hérode: car ce n'est que peudant les premiers jours de son gouvernement qu’Archélaïüs fut traité comme roi (cf. Jos., BJ. IT, 1, $ 1). S'étant rendu à Rome, après de massacre du Temple, pour faire confirmer le titre de roi que son père lui avait laissé par testament, ïl ne put obtenir d'Auguste que celui d’ethnarque et la promesse de porter un jour le nom de roi, s’il s’en rendait digne, Neuf ans plus tard, déposé par l’Embereur, en punition de sa tyrannie, il fut exilé à Vienne, dans les Gaules, et ses états furent décla: rés province romaine.

ee ee Famille se retrouvait à Nazareth, duns la Galilée, qui était alors passée sous la juridiction du tétrarque Hérode Antipas, un autre fils d’Hérode, mais moins à redouter que son frère Archélaüs, L’humble toit qui avait déjà été témoin de si grands mystères devait encore avoir la gloire d’abriter l'enfance, l'adolescence et la jeunesse de l’'Homme-Dieu.

Nous avons vu que le massacre des Innocents avait été prédit par Jérémie, comme nous le fait observer lPévangéliste,

Saint Matthieu nous fait aussi remarquer que le retour d'Egypte et le séjour de Jésus à Nazareth étaient laccomplissement de deux importantes prophéties, % La première, celle d’Osée, qui est ainsi conçue: “ J’ai appelé mon fils d’Egypte ”, * se rapporte directement au peuple juif, “ fils premier-né ” #? de Jéhovah, et à sa délivrance de la captivité d’Egypte.

% Matth., IT, 15 et 23, “ Osée, XI, 1.

# Ex, IV, 22.

: FUITE EN ÉGYPTE 129 ————————— Mais, nous apprend l'évangéliste, elle n’eut sa réalisation entière et parfaite que dans l'Enfant Jésus, ont Israël captif en Egypte et alors encore enfant, était la figure. Quant à la seconde prophétie, relative au séjour du Sauveur à Nazareth : “ Il sera appelé Nazaréen, ” l’évangéliste se contente de nous en donner le sens, Mais à quel endroit de l’Ancien Testament le Christ est-il done désigné comme Nazaréen? C’est dans ce texte d’Isaïe :

Egredietur virga de radice Jesse, et flos (en hébreu : netser) de radice ejus ascendet ”, * que saint Jérôme rend ainsi, d’après l'original : Æoiet virga de radice Jesse, et Nazarueus de radice ejus crescet.

“Un rejeton sortira de la racine de Jessé, et de cette racine croîtra un Nazarten ”, Quoique le texte hébreu porte : netser (fleur, branche), et non pas : notseri,c’està-dire, habitant de Nazareth ou de la ville des fleurs, la traduction de saint Jérôme n’étonnera personne, si on se rappel-

“ Is., XI, 1,

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