FLORINDE
Hélas ! je ne sais qu'une histoire , Une liistoire d'amour, don! je vais m'iuspirei : Tous les cœurs espagnols en gardent la mémoir
Elle [ait sourire et pleurer !
Florinde , avec ses compagnes , Soit de la tour du palais ; Folâtrant par les campagnes,
^ 44 «# ]Non , dans toutes les Espagnes, Rien n'est si beau , voyez-les !
Bientôt , leur riante foule , En chantant , s'arrête auprès D'un ruisseau d'argent qui roule Des sables d'or, et s'écoule Sous un bois de mvrthes frais.
Leurs pieds, doux comme la soie, Par l'eau vive sont mouillés ; Florinde prend avec joie Sa ceinture et la déploie , Et dit : Mesurons nos pieds.
Le ruban court sous les branches.,
Et Florinde, Dieu merci,
Même au dire des moins franches .
\ les jambes les plus blanches.
Et les mieux faites aussi.
Chacune aussitôt dénoue Ses cheveux bouclés et longs ; Le vent les berce et s'y joue ; Ceux de Florinde, On l'avoue, Sont les plus beaux: ils sont blonds.
Et ces filles ingénues Croyaient les hommes bien loin; Et leurs grâces inconnues Se révélaient presque nues Aux yeux d'un ardent témoin *
Caché sous sa jalousie, Le roi Rodrigue put voir, Libres, dans leur fantaisie,
Ces nymphes d'Andalousie, Aux blanches mains , à l'œil noir.
Toutes , jusqu'à la dernière , Revinrent enfin par là ; Florinde marchait derrière ; Le roi, d'un ton de prière, De son balcon lui parla :
« Belle Florinde, oh ! viens, je t'ai vue et je t'aime; « Mon sceptre et mon orgueil s'inclinent devant toi ; « La suprême beauté vaut la grandeur suprême; « Pour payer ton amour c'est trop peu d'être roi.
« \iens, ou je vais mourir... Je veux que les duchesses « Sur leurs pliants dorés pâlisent à ma cour ; « Et détestent leur rang, leurs pages, leurs richesses, En voyant tes grands veux, ta gloire et mon amour.»
Florinde, au roi de Castille, Pas un seul mot n'adressa :
Elle ferma sa mantille , Sur sa figure gentille , Jeta son voile, et passa.
Mais attendez. Les cœurs sont faibles, par nature, Lt ce n'est pas ainsi que finit l'aventure.