‹ Études françaises et étrangeresChapitre 15 sur 67 · RODRIGUE ET FLORINDE · texte numérisé non relu

RODRIGUE ET FLORINDE

Le cœur plein de honte ; Le front pâle , où monte Une rougeur prompte , Baigne de sueur ;

Sous des pleurs sans nombre Ses regards , dans l'ombre , Jetant une sombre Et morne lueur ;

De ses mains craintives, Retenant captives Les mains trop actives Du roi , jeune et fou ; Une faible femme , Rebelle à sa flamme , Et l'orgueil dans l'âme , Pliant le genou ;

Morte de fatigue , Parle au fier Rodrigue , Et prie et prodigue Sanglots et clameurs ; Comme si les larmes ,

Avec tant de charmes, Devenaient des armes Contre un roi sans mœurs!

* Seigneur , qu'allez-vous faire ? ô barbare faiblesse ! Que faites-vous, seigneur? Je suis d'un noble sang; Un roi doit, avant tout, respecter la noblesse, Et Dieu veille sur moi , car mon père est absent.

Il est absent pour vous ; il combat les rois Maures ; Cherchez-vous dans sa honte un infâme bonheur? Laissez-moi regagner l'ombre des sycomores , Ma vie est en vos mains, mais non pas mon honneur! >»

Mais Rodrigue , vite , De plus près l'invite; Florinde l'évite Et fuit sur les fleurs ; Il poursuit sa trace ,

Et déjà l'embrasse ; Et voyant sa grâce , ft voit pas ses pleurs.

« Quand mon père, les nuits, veille auprès de sa lance, A ses vieux ans guerriers réserves-tu ce prix ? Roi, que diront Tolède et Grenade et Valence? Fuis , d'elles et de moi n'attends que le mépris ! »

Elle disait.... et se dégage. — Or , qu'advint-il de ce langage , De ces refus pleins de fierté?

Florinde perdit l'innocence, Le roi Rodrigue sa puissance Et l'Espagne sa liberté.

Qui fut le plus coupable, en cette erreur mortelle, De Florinde ou du roi? — Comme alors, aujourd'hui, Les hommes disent que c'est elle;, Les femmes disent que c'est lui

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