‹ Études françaises et étrangeresChapitre 21 sur 67 · RENCONTRE QUE FIT RODRIGUE · texte numérisé non relu

RENCONTRE QUE FIT RODRIGUE

Cependant les jours se succèdent; Le roi, que les remords obsèdent.

Spectre , avec les regards d'un fou , Et, pour distraire sa pensée,

Entrant ses ongles dans son cou , Par le soleil , la nuit glacée , .Marche, marche sans savoir où.

Seul, cherchant l'oubli de son être, Comme un loup . un soir , il pénètre , Hurlant près des lacs en repos , Parmi des montagnes sans bornes, Où, devant lui, couvert de peaux.

S'offre un berger, qui, les yeux mornes, Comptait lentement ses troupeaux.

— « Bon homme, lui dit-il, écoute:

Ne peux-tu m'indiquer ma route , Et m'enseigner, de ce côté, Quelque village , quelques chaumes .

Où l'on voulût, par charité, Avant les heures des fantômes , Me donner l'hospitalité .'

Car je suis brisé de fatigue. »

Le berger répond à Rodrigue :

« Vous chercheriez pendant huit jours,

L'ami, sans rien voir davantage;

Dans ces déserts , pays des ours ,

On ne trouve qu'un ermitage

Où prie un ermite toujours. »

Le roi fut content. L'espérance Eclaircit un peu sa souffrance :

Tel, dans l'ombre, un rayon paraît.

Il pensa que dans ce refuge Sa pénitence enfin pourrait Obtenir du souverain juge Quelque moins formidable arrêt ;

Et, pourvu que Dieu le soutienne, Qu'il ferait une mort chrétienne, A quoi certe il allait songer. —

Mais, sa faiblesse étant extrême,

Il demanda vite au berger

S'il pouvait , dans cet endroit même ,

Trouver quelque chose à manger.

Le berger tira tout de suite

Du pain et de la viande cuite ,

Et deux limons de Portugal ,

De sa besace dégonflée.

Le souper étant bien frugal ,

Le pain noir, la viande brûlée....

Pour le roi ce fut un régal.

Toutefois , sa faim assouvie , Des brillans tableaux de sa vie , Il recomposa les couleurs.

Vers ces festins où, sur la moire, Riaient les daines et les fleurs , Il retourna par la mémoire , Et se prit à verser des pleurs.

Puis, « où donc, dit-il, est l'ermite? »

Et des monts que le ciel limite

Il prend la longue route encor;

En laissant, à son hôte agreste,

Une chaîne et sa bague d'or ,

Seule fortune qui lui reste ,

Hélas ! de son royal trésor !

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