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CONCLUSION

Oh! qui peut de l'Amour éteindre en soi les flammes! Quel roi ne s'est pas fait l'esclave heureux des dames ! Quelle daine n'oublie, un jour, de refuser!

Oli ! quel trésor vaudrait, oli ! qui pourrait décrire

Le trouble d'un aveu , la langueur d'un sourire,

La saveur d'un premier baiser!

Toujours , tant que les yeux et la rougeur des belles Démentiront leur bouche, aux paroles rebelles; Tant que leurs chants auront la douceur du ramier ; Que la rose ornera leur tresse noire ou blonde ; Que Tolède verra leur taille svelte et ronde Se balancer comme un palmier ;

Toujours, tant que le fer, parure des batailles, Les éperons d'acier, et les cottes de mailles, Et le noir gantelet, et le panache noir, Et le casque à visière, et la lourde cuirasse , Légèrement portés , ennobliront la grâce Du guerrier qui part du manoir ;

Toujours, un vague instinct, un charme involontaire, Un céleste besoin sauront, avec mystère,

Aux bras de la moins tendre enchaîner le plus fier ; Et les maux qu'on endure, et les maux qu'on soupçonne, Et ceux que j'ai chantés n'empêcheront personne D'aimer comme on aimait hier.

Le comte Julien avait quitté Cordoue.

Malheureux d'un succès, que son cœur désavoue, Il avait pris congé du gouverneur îUuça. Aussi bien , les vainqueurs faisaient assez paraître Le mépris qu'à présent leur inspirait un traître Qui, pour se grandir, s'abaissa.

Avec ses serviteurs et quelques hommes d'armes Il s'était retiré, pour dérober ses larmes, Au fond d'un bourg, caché dans un vallon étroit ; Où , sous des orangers , finit l'Andalousie , Et que vient caresser, d'une vague adoucie, L'onde orageuse du détroit.

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Florinde... la Cava (comme disait l'Espagne), Avec sa jeune sœur, qui partout l'accompagne, Et leur vieille nourrice, Labitaient à Tanger; Sur un avis du comte , elles vinrent le joindre ; Car le plus grand des maux c'est l'absence, et le moindre Des obstacles, c'est le danger.

Ni la mer qui grondait et s'ouvrait au naufrage , Ni tous les Sarrazins, plus cruels que l'orage Ni quelques Espagnols encorplus furieux, Rien n'arrêta Florinde. — « Un bateau, partons vite ; Je cherche le péril comme un autre l'évite ,

Partons ; et si je meurs, tant mieux ! »

Dieu s'arme quelquefois pour nous, quand tout est contre. Leur voyage se fit sans trouble. — A leur rencontre , Julien , faible et vieux , se traîna sur le port. Dès qu'il vit ses enfans , il courba son front chauve , Pour adorer la main qui punit et qui sauve ; Puis, vers Florinde, avec transport,

Il courut , rajeuni de toute sa tendresse, Sans même voir sa sœur qui cherche une caresse. — « Car, c'est toi, mon enfant, qui fit tous mes malheurs , Ma Florinde , et c'est toi qui dois à ton vieux père, Parmi tant de chagrins, un mot qui les tempère, Un sourire , après tant de pleurs !

« Oh ! souris-moi , ma fille , et dis-moi que tu m'aimes ,

J'oublirai mes chagrins et mes remords eux-mêmes ! »

— « Je vous aime, et pourtant je tiens de vous le jour !

Je vous aime , et bénis l'instant qui nous rassemble ,

Mon père, et vous auriez tous les bonheurs ensemble, S'ils étaient avec mon amour ! »

Voilà ce que disait la Cava; mais sa bouche Ne put former qu'à peine un sourire farouche , Plus triste que les pleurs qui brûlaient dans ses yeux. Les baisers de son père, et ses paroles tendres, Ne purent sur son front, pâle et couvert de cendres , Ramener un rayon joyeux.

Elle se rappelait , le jour, la nuit, sans cesse , La gloire de l'Espagne, hélas I et sa bassesse; Le trône des rois goths , écroule' dans le sang , Tant de Chrétiens captifs ou passés par le sabre ; Et les clochers aigus du vieux pays Cantabre Dominés tous par le croissant ;

Et le Christ insulté, ses vierges massacrées, Ses évèques détruits , et les choses sacrées Voyageant vers Damas , pour un profane emploi. Puis , elle s'accusait dans son âme flétrie, Disant : « Tous ces malheurs tombés sur la patrie, Ces crimes, ces fléaux... c'est moi ! »

Ce qui rendait ses jours affreux, dans sa famille , C'était de ne se voir ni femme, hélas! ni fille ; De rester sans nom, seule, avec sa honte encor; Et sans espoir, depuis la mort du roi Rodrigue, De réparer jamais, ou par force ou par brigue, L'honneur perdu, son seul trésor.

^ 121 <# Parmi ces noirs pensers, douloureuse tempête, Un projet infernal lui passa par la tète ; Elle lui souriait, n'aimait qu'à s'en nourrir; Elle n'écouta plus nul conseil salutaire , Nulle crainte de Dieu, nul amour de la terre... Elle résolut de mourir.

Un soir, elle monta sur une tour très-haute (Phare éteint qui jadis surveillait cette côte); Elle en ferma la porte avec précaution , Afin que l'on ne pût y monter derrière elle ; Et de là , d'une voix tout-à-fait naturelle , Et sans aucune émotion ,

La Cava, donna l'ordre aux femmes de sa suite, D'amener vers la tour, par les Romains construite, Son père avec sa sœur. — Ils vinrent tous les deux. Alors , d'un ton lugubre et de fatal présage , Et tout-à-coup pleurant, meurtrissant son visage, Et jetant des regards hideux ,

Elle leur dit qu'au monde il n'était pas de femme Si malheureuse qu'elle; et que, pour vivre infâme, Elle aimait mieux mourir du plus cruel tre'pas, Et qu'elle implorait d'eux sa grâce , et la promesse De faire , tous les mois , dire une sainte messe , Pour que Dieu ne la maudît pas.

Et du pied de la tour, leurs yeux tremblans suivirent Tous ses mouvemens... puis, maigre' leurs cris, la virent Monter jusques au faîte et s'en précipiter. — Dans leurs bras , relevée, hélas ! à demi-morte , Elle vécut encor trois jours entiers; de sorte Qu'un chapelain put l'assister.

La jeune sœur mourut d'épouvante. Le comte, Dans cet abîme affreux de douleur et de honte , Yivait... Heureusement, il perdit la raison. Et la nourrice , d'âge et de chagrins courbée , Seule de la famille , autour d'elle tombée , Resta pour garder la maison.

g» 123 ^ Ainsi des Juliens, la race a dû s'éteindre; Ainsi, rois goths, la mort, l'oubli dut vous atteindre; Ainsi l'Espagne... Non, non, Pelage viendra: Et les rois sarrasins , dans Grenade elle-même , Un jour ne laisseront de leur pouvoir suprême , Que des lions de l'Alhambra !

FIN DES ROMANCES SLR RODRICUE.

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