‹ Études françaises et étrangeresChapitre 40 sur 67 · PLAINTE DE LA JEUNE EMMA · texte numérisé non relu

PLAINTE DE LA JEUNE EMMA

Parce que je suis jeune el vive, On me croit léger*!; oh ! non pas!

Je (liante-? écoutez bien. Une note plaintiv< \( compagne le rire, et s'y mêle tout ba?.

C'est que j'ai rencontré des regards dont la flamme Semble avec mes regards ou briller ou mourir,

Et cette âme, sœur de mon âme, Hélas ! que j'attendais pour aimer et souffrir.

Ta bouche, ô mon ami! trop timide ou trop fière, N'a trahi qu'à moitié le secret de tes vœux ;

Moi , je t'appartiens tout entière ; Pour te voir seulement je chéris la lumière, Et, chaque nuit, un songe achève tes aveux.

Aussi , pleine de trouble et d'ivresse et d'alarmes , J'ai fui de tes yeux noirs la brûlante douceur ; Loin de toi, contre toi, j'ai cru trouver des armes ; Mes pas du bois natal ont cherché l'épaisseur; La biche y vient à moi se sauver du chasseur. . . Tout ce qui me charmait n'a plus rien de ses charmes ,

Et même sans joie et sans larmes ,

J'ai revu ma mère et ma sœur.

Ma mère, ma sœur, mes compagnes, Yieux château, tout peuplé de souvenirs si doux , Verts sentiers, mon beau lac, mes forêts, mes montagnes, C'est moi , c'est votre Emma , la reconnaissez-vous ?

Et vous, mes églantiers, dont ma lieuse enfance Dépouillait les rameaux enfans , Oserez-vous refleurir blancs Comme aux jours de mon innocence?

Je souffre , on ne me comprend pas ; On s'étonne ; on me dit que je suis jeune et vive ; Qu'il faut rire et chanter... je vais chanter, hélas !.

Pourvu qu'une note plaintive Accompagne le rire et s'y mêle tout bas !

Page 1