‹ Études françaises et étrangeresChapitre 45 sur 67 · DERNIER HOMMAGE · texte numérisé non relu

DERNIER HOMMAGE

D'un fol amour, gage timide Que la complaisante amitié Accepte aujourd'hui , par pitié ; Triste offrande , de pleurs humide ,

A son oreille, ô mes cheveux !

Tous serez aux premières loges , Pour entendre bien des éloges , Bien des sermens, bien des aveux.

Ah! qu'elle trouve un cœur sincère, ( L'amour qui change est si cuisant ! ) Et son bonheur m'est nécessaire, Je n'en ai pas d'autre à présent !

Si j'ai voulu de sa jeune âme Posséder les amours constans , C'était pour qu'elle fût la femme La plus heureuse de son temps.

Eh bien! privé d'elle, auprès d'elle . Déchu du rêve de mes jours ; Qu'elle soit heureuse toujours, Je la croirai toujours fidelle.

Mais, s'il se pouvait que d'un fat, Chantant l'amour pour qu'on l'adule L'hommage insolent triomphât De ce cœur perfide et crédule ;

O mes cheveux ! vous serez là ; Sonnez l'alarme à son oreille , Criez : Au trompeur ! — Sauvez-la D'une vie à mon sort pareille.

Car, je mourrais de son regret; De mon front brûlant, mon ivresse N'a détache que cette tresse, Mon désespoir achèverait.

Quand le vent d'Afrique profane Le frais empire du printemps ; Tout-à-coup pâlit et se fane , La rose, aux boutons éclatans ;

Et, sous le même vent flétrie , La couronne du peuplier Tombe autour de la fleur chérie , Qu'il aimait tant à voir briller.

Et vous, mes vers, les seuls sans doute, Que je puisse encor soupirer, L'ingrate , en son cœur, vous redoute , Et les feux vont vous dévorer ;

Mourez aussi dans sa mémoire, Et jamais, jamais, croyez-m'en, Ne lui racontez mon histoire, De peur d'attrister son roman.

STROPHES ELEGIAQUES.

Je voulais méditer, et vers vous mes pense'es

S'envolent, de jeunesse et d'amour insensées;

Je voulais combiner des mots savans mais non

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A cette ingrate absente il faut encor sourire, Et ma plume en courant tremble et ne sait écrire Que les lettres de votre nom I

Eli ! bien ! n'écrivons pas. Tout ce travail me pèse. Rêvons d'Elle, ô mon cœur, flamme que rienn'appaise; Ces papiers sont glacés et tombent de ma main. Rêvons à sa voix d'ange, à son corps de Sylplnde, À ses yeux de gazelle... à sa grâce perfide; Rêvons, nous écrirons demain.

Demain, toujours demain! eh! depuis trois années, IN'eu est-il pas ainsi de toutes mes journées? Demain, je me connais, sera comme aujourd'hui. M'enivrer des parfums de son souffle infidèle, De peur d'être compris des autres, fuir loin d'Elle. . . . Et la chercher quand j'aurai fui;

\ oilà demain , voilà ma vie ! . . . . Ah ! pauvre esclave , Chez tes amis joyeux va donc faire le brave !

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Et tout gonfle de pleurs , va rire de l'amour !

Ou sur la lyre épique et la flûte champêtre ,

Va cadencer des vers , pour que ton nom peut-être

Vive plus tard que toi d'un jour !

Que m'importe un vain nom sans Elle? pourquoi faire .' C'est l'oubli que j'attends, l'oubli que je préfère; Son nom mourra de même et je serai vengé. Adieu donc, luth chéri , de l'âme écho sonore , Gloire long-temps rêvée , adieu , je vous abhorre De tout le sombre amour que j'ai!

Si pourtant, comme aux bords des eaux se courbe un saule , Le front, tel qu'autrefois, penché sur mon épaule, Vous me disiez : « Ami, je ne t'ai point quitté!... » ( )h ! de quel fol espoir ma langueur est suivie !. . . Essriyez : un regard peut me rendre la vie, In baiser, l'immortalité.

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