‹ Études françaises et étrangeresChapitre 46 sur 67 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Chez vous qui les aviez vu naître Mes vers , enfans voilés pour tous ; Qui les caressiez et peut-être \ous plaisiez à faire paraître Comme ils se plaisaient avec vous

W' 236 <@ Chez vous, d'un air froid et moins; Mon livre, un jour, fut accueilli...

Les papillons laissent la rose, Du moment qu'elle est toute éclose, Et les oiseaux, le fruit cueilli !

La Ivre a chanté sans mystère, Son chant vous devient importun ; L'encens qui brûlait solitaire ?

^ oie en nuage sur la terre Et vous n'aimez plus son parfum.

\ ous aimiez la source inconnue Qu'entourait un ombrage épais ; Bien souvent, quand grondait la nue , Sur ses bords vous êtes venue Chercher son murmure et la paix.

A son petit bruit attentive,

\ nus perdiez les heures du jour,

Laissant quelque larme furtive

Tomber dans son onde plaintive Comme un chant de deuil ou d'amour,

Puis , vous vous preniez à sourire A vos traits , frémissant dans l'eau , Comme les cordes d'une lyre Que balancerait le Zéphire Aux faibles branches d'un bouleau.

Jamais, le soir, vous n'en revîntes Sans en rapporter quelque fleur, Quelques plumes, mollement peintes, De ses ramiers , chanteurs sans craintes . Loin des pièges de l'oiseleur.

Et, comme un écho qui s'enflamme, ^ ous répétiez tous leurs accords , Et, j'en suis sûr, aucune femme

Ne se réjouit dans son âme .

Plus que vous ne faisiez alors.

Mais la paresseuse fontaine , Dans l'ombre a lentement grossi , Et, comme une biche incertaine, \ ers quelque pelouse lointaine Elle veut s'échapper aussi.

Elle sort de son lit de mousse Et déjà , son flot diligent , Cédant à l'instinct qui le pousse , Fuit parmi l'herbe épaisse et douce , Comme une couleuvre d'argent.

Et , plus fort d'épreuve en épreuve ,

Le ruisseau devient un torrent ,

Et le torrent, un large fleuve,

Où des grands bœufs, plonge et s'abreuve

Le troupeau, d'île en île errant.

Et vous, comme si chaque aurore N'arrivait pas à son midi ; Comme si, plus brûlant encore, Avec tout ce qui vous décore Notre amour n'avait pas grandi ;

\ous en voulez à l'humble source De marcher, en fleuve , à la mer ; \ ous semblez dévouer sa course , Aux froides haleines de l'Ourse , Aux dards enflammés du Cancer.

Quoi ! l'abandonner de la sorte , Parce qu'il prend un libre essor!.

Hélas! hélas! que vous importe, S'il passe obscur, ou s'il emporte Dans son sable quelque grain d'or

Avant que le matin se lève , Vous informez-vous seulement,

Si sur les cailloux de sa grève , L ne vierge , en pleurs , fuit le rêve Qui ressemble aux pas d'un amant .'

Si , lorsque l'ombre s'amoncelle Sous le vol nébuleux du soir, Chaque astre , dont l'œil étincelle , N'aperçoit pas dans la nacelle Deux êties diffe'rens s'asseoir?

Si , parmi tant de clameurs viles , Le fleuve élève au ciel sa voix ; S'il baigne d'opulentes villes, Et, loin de leurs palais serviles, Quelque fier donjon d'autrefois.

Savez-vous s'il soupire ou gronde ?

S'il fertilise ou s'il détruit?

Si dans la candeur de son onde ,

Se dégorge la fange immonde Des égoùts, lâchés à grand bruit?

Ou s'il roule, aux yeux du vulgaire,

Sous quelque beau pont habité

Par ces vieux grands hommes de guerre

Que David a dotés naguère

D'une double immortalité?

Que vous importe?.... Ah! c'est dommage! Car toujours , orageux ou non , Chaque flot, d'hommage en hommage, Aurait promené votre image, Tout en murmurant votre nom!

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