LE FLEUVE
Soit que l'onde bouillonne et se creuse, en grondant, Parmi les durs rochers un lit indépendant; Soit qu'elle suive en paix une pente insensible , Un pouvoir inconnu , vers un but invisible
L'appelle; elle obéit, et torrent ou ruisseau, Ne re verra jamais les fleurs de son berceau. Le fleuve réfléchit dans sa course limpide Et l'immobile azur et l'orage rapide ; Les chants joyeux d'amour, les cris des matelots , Rien ne l'arrête , il passe , arrosant de ses flots, Tantôt de frais gazons, des bois , de beaux rivages , Tantôt d'impurs marais et des landes sauvages ; Puis , apparaît soudain la sombre et vaste mer Et le fleuve gémit et tombe au gouffre amer.
Ainsi , cher Jule , ainsi nos douteuses journées , Le front chargé de deuil , ou de fleurs couronnées . S'écoulent promptement , jusqu'au jour redouté, Où , pour les engloutir, s'ouvre l'éternité !