‹ Études françaises et étrangeresChapitre 65 sur 67 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

C'est le sort des pasteurs, hélas ! que je souhaite ; Un orage éternel tourmente le poète!..

Vous, conservez long-temps, oh! conservez toujours Et vos mâles labeurs, et vos chastes amours, Et les danses, le soir, au penchant des collines, Et des antiques mceurs les sages disciplines. — .le ne sais quels ennuis, quels troubles dévorans.... Et pourtant aux faveurs des Phrinés, des tyrans,

Je ne vends point les lions que m'accorda la musc ! Vieillard , vous connaissez , au nord de Syracuse , Ce vieillard au cœur jeune , au regard inspiré , Des sages , des enfans et du temps révéré ; Les ans , sans la blanchir, ont passé sur sa tête ; Il est mon père ; et moi (car demain est sa fête) Je venais, d'Erato sollicitant l'appui, Inventer sur la lyre un chant digne de lui , Qui , doux et caressant son oreille ravie , Expliquât notre amour en rappelant sa vie :

« Amour et gloire à toi ! c'est toi qui dans tes fds Et de l'âme et du corps guidas la double enfance ; Sous ton aile , du sort nous bravions les défis ; Toi , de notre faiblesse , ô l'unique défense ! Tu donnas le bonheur, le bonheur t'est bien dû ; C'est un prêt généreux que nous t'aurons rendu. — Quand un ruisseau, grossi dans sa grotte profonde , S'est élancé, creusant ses rivages, soudain Jaillissent près de lui , comme dans un jardin , Mille arbrisseaux , nourris des bienfaits de son onde.

Us grandissent enfin et penchés sur ses eaux . De leur ombre pieuse ils protègent la source Qui bientôt eut langui dans son lit de roseaux , Sous les feux du Cancer, ennemi des ruisseaux ; Leur feuillage entretient la fraîcheur de sa course Et balançant leurs fronts, de rosée inondés, Ils fécondent les flots qui les ont fécondés... »

Apollon , sur ma lyre , oh ! par pitié , secoue Ta chevelure d'or où le laurier se joue ! Jette un rayon sur moi. C'est pour mon père...

LE VIEUX PATRE

Adieu.

Le pâtre en soupirant te laisse avec le Dieu. Pourquoi mes lourdes mains, hélas! ne peuvent-elles Faire passer mon âme aux cordes immortelles!... Car le plus bel emploi de notre âme , vois-tu , C'est (après l'exercer) de chanter la vertu.

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