‹ Études françaises et étrangeresChapitre 7 sur 67 · XXXIII «E · texte numérisé non relu

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à fort peu d'exceptions près, à ne plus être qu'un moule bannal oùTonjette desentrées et des sorties extrêmement bien motivées, sans s'occuper de faire agir et parler les personnages d'une manière neuve et attachante. De là, cette indifférence du public pour le Théâtre -Français, qui fut si long -temps notre gloire et notre plus noble plaisir.

Chez tous les peuples, les arts, à certaines époques, changent de formes et de moyens, quoique leur but et leurs effets soient toujours les mêmes. Il en est de cela comme des lois. De temps à autre, de nouvelles combinaisons de plaisirs, de nouvelles conditions de succès deviennent nécessaires. Nous en sommes là aujourd'hui pour tous les arts. La révolution musicale opérée par M. Rossini, celle qui s'opère en ce moment dans la peinture, sont des preuves irrécusables de cette vérité. On ne peut nier l'immense révolution produite dans la littérature française par les historiens , les philosophes et les poètes de la nouvelle école; pourquoi l'art dramatique n'auraitil pas son tour? mais déjà, cette révolution

est tentée avec plus ou moins de bonheur sur tous nos théâtres. Seul, le Théâtre-Français reste encore immobile au milieu du mouvement général. C'est la dernière forteresse du scholastique;

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elle ne pourra pas tenir long-temps, il faudra bien qu'elle capitule par famine.

Les choses sont déjà fort avancées; déjà Ton sait très-bien ce qu'on ne veut plus, si on ne sait pas encore ce qu'on veut. Le terrain est déblayé, il n'y a plus qu'à tracer les routes. C'est aux gens de l'art à éclairer et à guider le public. Mais les théories sont bien peu efficaces , quand les exemples ne s'y joignent pas. Quelques grands modèles de la nouvelle beauté tragique dont notre théâtre doit nécessairement s'enrichir , sous peine de mort , parleront plus haut que tous les raisonnemens , et c'est pourquoi la révolution dramatique ne saurait être mieux commencée que parla représentation des chefs-d'œuvre de Shakspeare traduits en vers français avec audac eet fidélité.

Quoi î dira-t-on , encore des imitations , jamais d'originalité î — Nous répondrons d'abord que rien ne serait plus original et plus neuf pour le public , que la représentation naïve sur notre théâtre d'une grande tragédie de Shakspeare , avec toute la pompe d'une mise en scène soignée; caries représentations anglaises où les trois quarts et demi des spectateurs n'entendent pas un moi , et les traductions en prose, privées de la magie du style et du jeu des acteurs , ne donnenl du

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grand poète qu'une idée toujours imparfaite et quelquefois très-fausse. Et puis , où sont donc les tragédies créées , parmi celles que depuis trente ans on nous a données pour nouvelles? combien en est-il qui ont survécu à leur succès! le compte ne serait pas dificile à faire. Avouons que sous d'autres titres, on nous joue perpétuellement la même chose ; nous voyons beaucoup de continuateurs... En vérité, jusqu'à ce qu'il se présente un génie inventeur, les traducteurs doivent avoir la préférence. Les continuateurs français nous donnent tout juste, en moindre qualité, ce que nous avions, depuis long-temps , en immortels chefs-d'œuvre. Au moins les traducteurs nous donneront-ils ce que nous n'avions pas encore. Ce n'est point parce qu'un auteur prend un sujet nouveau qu'il fait une tragédie neuve ; si les caractères , les situations et le style n'en sont point innovés , s'il a mis à contribution vingt ouvrages nationaux pour composer le sien; si la mémoire des spectateurs retrouve à tout moment Mithridale ou Alzire sous des habits et des noms supposés; si, presqu'à chaque vers on se souvient du vers suivant, en croyant le deviner; certes , une telle œuvre ne peut point raisonnablement passer pour une œuvre d'imagination. C'est que les fables tragiques sont extrêmement

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rares , et que les hommes de génie sont trèsrares aussi. Les poètes dramatiques peuvent se diviser en trois classes: d'abord ceux qui inventent ou plutôt qui trouvent des fables et les traitent d'une manière également inventée; il y en a trois ou quatre comme cela depuis le commencement des siècles; ensuite ceux qui traitent franchement de grands etbeaux sujets traités trop faiblement avant eux, et qui , les embellissant et les rajeunissant par la vigueur de leur composition et les formes nouvelles de leur style, sont encore créateurs par l'exécution; de ces auteurs là, il s'en rencontre tout au plus deux ou trois par époque; enfin, ceux qui traitent et écrivent d'une manière commune et connue de prétendus sujets créés, dont il n'y a d'inventé que le titre et dont toute l'originalité disparait avec l'affiche: cette classe d'auteurs, cette faction des continuateurs a toujours été très-nombreuse.

C'est le propre des auteurs médiocres de voir des sujets de tragédie partout; les vrais poètes dramatiques savent, au contraire, combien il v a peu de ces fables tragiques , faites pour inspirer la terreur dans tous les siècles et dans tous les pays, comme OEdipe et Macbeth. Voilà pourquoi ils sont à la recherche de ces rares et beaux sujets; voilà pourquoi, lorsqu'ils n'en trouvent

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