‹ Études franquesChapitre 11 sur 59 · IV. — LK PSKUDO-ARAVATIUS · texte numérisé non relu

IV. — LK PSKUDO-ARAVATIUS

est plus conforme à la vraisemblance d'admettre deux évêques : Servais et Arvais » (1).

Voilà, il faut en convenir, de sérieuses autorités (2). Ce qui diminue l'inquiétude qu'eUes pourraient inspirer à leur contradicteur, c'est qu'aucune d'elles, à une seule exception près, n'a donne les raisons sur lesquelles elle fonde son opinion. Car je ne saurais prendre pour des raisons les paroles suivantes, les seules par lesquelles M. Hauck croit pouvoir se débarrasser de mes objections : « On ne peut pas prouver la nécessité de l'erreur de Grégoire ou de Monulf sur le nom. N'est-il pas tout aussi possible que plus tard on ait confondu l'Aravatius de l'église de Monulf avec saint Servais? » (3).

On verra plus loin ce qu'il faut penser de cette possibilité ; en attendant, je constate que je reste en face de M. Krusch seul. Et pour que celui-ci ne puisse pas se plaindre de voir son opinion inexactement rapportée, je crois utile de reproduire textuellement tout ce qu'il dit à l'encontre de ma thèse :

« Sunt aiitem qui credant nomen episcopi Tungrensis a Gregorio mile intellecturn, ideoque Araoatiuni juste apud eum mutandum esse in Servatium. Tune vero non solum in nomine, sed etiam in tempore errasse credendus esset auctor, idque non ante concedere possum, quam probaretur jieri non posse ut saeculo post Servatium Aravatius quidam praefuerit ecclesiae Tungrensi » (4).

Je ne fournirai pas à M Krusch la preuve qu'il demande, à savoir, qu' a il est impossible » qu'un personnage nommé Aravatius ait été évêque de Tongres un siècle après saint Servais. Mais j'entends lui démontrer que cet Aravatius n'a

(1) Hauck, Kirchengesehichte Deutschlands, 2^' éd. (1904), t. I, p. 34, note.

(2) M. Krusch, Neues Archiv., t. XXXVII, p. 331, fait état d'une adhésion plus lécente : celle de M. Wilhelm, Sanct Servatius, p. IV, déclarant que la thèse de M. Krusch est irréfutable (unabiveixlich rîchtig). Cette adhésion est sans aucune valeur, M. Wilhelm n'ayant lu aucun de mes travaux sur saint Servais, pas même le Pseudo- Aravatius, où dès 1897 j'ai fait bonne justice de la thèse de M. Kru.«ch. Comment, cela étant, celui-ci peut-il se prévaloir d'un renfort pareil"?

(3j Hauck, Kirchengesehichte Deiitschlands, t. i^ édition, t. I, p. 34 note. (4) SBM, t. UI, p. 83.

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jamais existé, et que ce qu'on a raconté de lui se l'apporte en réalité î. saint S<'rvais.

Saint Servais, évéque d(; Tongres au IV" siècle, est un personnage bien connu clans l'histoire ecclésiastique. Il fut au synode de Sardica en 347, et il se i>rononça catégoriqueuienl on faveur d'Alhanase d'Alexandrie, qui le nomme parmi ses partisans (l). En 3ol, il fut envoyé avec Maximus par l'usurpateur Magnence auprès de l'empereurGonstance, et l'on croit qu'en roule il visita saint Athauase à Alexandrie(2) En 339 enfin, il assista au concile de Rimini, où il fut avec Phoebadius d'Agen le plus vigoureux défenseur de la doctrine orthodoxe contre les formules ariennes imposées par l'empereur (3).

Tels sont les faits que l'histoire générale a retenus de lui. Dans son diocèse, on savait à son sujet d'autres choses, qui circulaient sur les lèvres du peuple et que Grégoire ne Tours a mises par écrit. On disait qu'il avait prévu la destruction de sa ville par les Hutis et qu'il avait fait le pèlerinage de Rome {îour supplier saint Pierre de conjurer ce danger Une vision lui apprit au contraire que Tongres serait détruite, mais qu'il ne serait pas témoin du malheur. Il revint au pays et se retira à Maestricht, où il mourut et où sa tombe fut le théâtre d'un miracle singulier : la neige n'y tombait jamais. Après avoir reîlaté ces faits, Grégoire de Tours ajoute que l'un des successeiirs du saint, Monulf, lui érigea une superbe basilique. Il reproduit d'ailleurs erronément le nom du saint, qu'il appelle Arvatius ou encore Aravatius (4).

Voilà l'histoire véritable de saint Servais et voilà son histoire légendaire. Je n'étonnerai aucun lecteur en lui disant que l'histoire véritable, racontée épisodiquement dans dos ouvrages qui ne se lisaient guère à Tongres, a été de très bonne heure oubliée dans le diocèse du saint, tandis que

(-1) Saint Athanase, Apologia contra Arianos c (50) Migne, l'alrologia gracia I. XV col. .3o7), où il est nommé "^nçXi-'.rjC.

('2) Saint Allianase, Apologia ad Constantin»! imperatorem, o. c. col. 603.

(3) SiilpiCP Sévt'ie, Chroniron II, \-\, qui l'appelle Servatio.

(4) Ui'égoire de ToUrs, H. F. Il, 3; Glor. ConJ., 71.

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