‹ Études franquesChapitre 12 sur 59 · IV. — hK PSEUDO-ARAVATIUS · texte numérisé non relu

IV. — hK PSEUDO-ARAVATIUS

sa légerule, née sur place, colportée de bouche en bouche et mise par écrit par le premier chroniqueur du royaume franc, y jouit de bonne heure d'une gi'ande popularité. Dès la fin du VIP siècle ou le commencement du VHP, il se trouva quelqu'un qui voulut doter le saint d'une biographie en règle : dans ce but, il découpa dans VHistoria Francoriim le passage où Grégoire de Tours raconte la carrière de Servais et crut bien faire en amplifiant considérablement la scène des adieux faits par lui au peuple de Tongres. Et ce fut là la première biographie de saint Servais, ce qu'on a pu appeler ses Gesta Antiquissima (1).

On trouva bientôt que c'était peu. Entre le VHP et le X* siècle, un Maestrichtois, lecteur de Grégoire de Tours, imagina de réunir les deux passages que cet auteur avait consacrés à notre saint, d'y joindre la plus grande partie de l'épitaphe qui se lisait sur son tombeau et de fondre ces divers matériaux en un seul tout avec quelques phrases de raccordement. Cet écrit, qui fit de bonne heure oublier le premier, a été connu sur la fin du X^ siècle par Heriger, qui y voit la plus ancienne biographie du saint et qui le désigne sous le nom de Gesta Antiquiora (2).

Mais ni le Gesta Antiquissima ni le Gesta Antiquiora ne pouvaient satisfaù^e l'esprit des fidèles qui vénéraient le tombeau de Maestricht : la végétation légendaire continuait et la légende poussait tous les jours de nouveaux rameaux. Peu après le Gesta Antiquiora naissait une troisième vie de saint Servais qui est aujourd'hui perdue, et dont l'existence nous est attestée pendant le dernier quart du IX^ siècle par Berthaire de Verdun (3).

(1) Ce cliétif ouvrage n'a pas été publié moins de trois t'ois : d'abord par moi, Deux biographies inédites de saint Servais (Bulletin de la Société d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, t. I (i881), puis par les Bollandistes (Ànalecta Bollandiana, 1. 1 (1882', p. 89 et suivantes) et enfin par M. Kruscli, Scriptores Rermu Merovingicai-um, t. III, pp. 83 et suivantes.

(2) Publié, comme le Gesta Antiquissima, à trois reprises, dans les recueils cités ci-dessus.

(3) Legitur vero in Vita sancti Servatii episcopi, ubi de Agripinensis aecclesiae archiepiscopi depositione res agitur, quod interfuissel Sanctinus urbis Clavorum episcopus. Dans MGH. SS., t. IV, p. 40.

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Heriger, qui a eu connaissance de cet écrit, lui a laissé pour compte la filiation quasi-divine du saint, à laquelle il l'ail allusion avec une bonlitiniic qui n'est pas exempte de quelque malice (1). Lui-tnènie, nous le surprenons en quelque soi'te au heau milieu de son plan de composition : il a le Gesta Aniiquiora à sa droite et la Vie fabuleuse à sa gauche; celui-là est sa source principale, mais quand il trouve tlans celie-ci un détail qui ne lui paraît pas absolument invraisemblable, il ie lui emprunte et l'insère dans son propre travail (2)

Mais ce n'est pas tout. La collaboration «le la tradition populaire et de l'imagination érudite, à laquelle nous devons l'écrit mentionné par Berthaire, devait produire, quelque temps après Heriger, une omvre plus considérable que les modestes élucubralions signalées jusqu'ici. Nous allons nous trouver en présence d'uu véritable roman, dont la richesse d'imagination et l'anipleur de la diction feront une œuvre litttéraire considérable, appelée à avoîr dans la littérature allemande une destinée des plus fécondes. C'est le Gesta Sancti Sercatii composé, ce semble, entre 1087 et 1106, retravaillé à deux reprises vers 1163 et au XllP siècle, cette dernière fois par un nomn-.é Jocundus, et traduit en al!euiand par deux auteurs imlépendants l'un de l'autre, dont l'un est Henri de Veldeke et l'autre est resté anonyme (3). Avec cet écrit se complète l'histoire littéraire de saint Servais, qui, du IV" au XIII*' siècle, n'a cessé d'évoluer de la formo historique à la forme légendaire, jusqu'à ce qu'on ait fini par le transUgurer en vrai héros d'épopée sacrée.

Or, pendant tout ce temps, la tradition n'a jamais connu qu'un seul saint, qui est à la fois le courageux confesseur de Himini et le héros des aventures merveilleuses racontées par Gi-égoire de Tours. Et ce personnage unique, elle Ta toujours

cl ) Voir tout le rhapitie 20 de son Gesta rpiscoporuni Leodietisimn dans JfG//., &S., t. VU, p. 172. Il conclut : cum juxta Tulliuni non debeat pudere nos fateri nescire i(uoU nescimus Tusculav., l.'2}î] et — — — conveniat ignorantiam potins veivcunde fateri quam inreverenler pro pietate nienlii'i.

(2 V. mon premier mémoire p. .S7.

(3) Sur tout ceci, v. F. Wiliielm, Sanct Servatius. .Municli 1910,

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