IV. — LE PSEtJDO-ARAVATIUS
appelé Servais, rectifiant indirectement la méprise du chroniqueur franc le jour où elle lui emprunta ses deux passages pour en faire la biographie du saint. Elle avait tellement conscience de l'identité de celui-ci qu'elle ne s'est pas laissé induire un seul jour en hésitation par le nom bizarre qu'elle trouvait dans ÏHistoria Francorum. Cela est d'autant plus remarquable que, si Arvais avait réellement existé, c'est lui qui aurait plutôt dû absorber le Servais historique, puisque c'est son tombeau qu'on possédait à Maestricht au dire de Grégoire, puisque c'est lui dont la mémoire était glorifiée par les événements miraculeux racontés dans la chronique. Le fait que, malgré cela, la tradition n'a cessé d'ignorer Arvais et d'honorer le seul Servais, constitue pour la thèse de ceux qui coupent le patron de Maestricht en deux une difficulté qu'ils n'écarteront jamais. Ajoutez à cela les diptyques de l'église de Tongres, qui ont une bonne antiquité (1), et les martyrologes^ qui portent Servais et professent à l'égard d' Arvais une ignorance absolue (2). Ajoutez-y encore que saint Wandrille, exilé à Maestricht par Charles Martel, emporta en Normandie, lorsqu'il fut rappelé en 742 par Pépin le Bref, des reliques de saint Servais, pour lesquelles il construisit une église où se firent plusieurs miracles (3) : c'est donc Servais et non Arvais qu'il a connu. Paul Diacre (4) en 784 ne connaît non plus que saint Servais, et de même Eginhard, qui devint abbé de Saint- Servais, c'est-à-dire de l'église et du monastère qui aurait dû s'appeler Saint- Arvais, si Arvais avait existé (5), Henri l'Oiseleur a été dévot à saint Servais, dont il a transporté le culte à Quedlinburg (6), et cette dévotion a passé comme un
(1) Ils sont antérieurs à Heriger, c'est-à-dire à la fin du X^ siècle.
(2) V. le Martyrologium hieronymianum éd. de Rossi et Duchesne dans Acta Sanctortim, t. II de novembre, p. [60] : III id. mai. in Treiecto depositio sanctissimi Servatii episcopi et confessons (Codex Wissenburgensis).
(3) Gesta Abbatum Fontanellensium, c. l.S.
(4) Paul Diacre, Gesta episcopomm Mettemhim dans MGH., t. II, p. 262.
(5) Eginhard, Translatio ss. Marcellini et Pétri, IX, 8i dans les oeuvres d'Eginhard, éd. Teulel, t. Il, pp. 348-360.
(6) Gesta s. Servatii dans F. Wilhelm, Sanct Servatius, p. 90; cf. G. Waitz, Jahrbiicher des deutschen Reicfis unter Heinrich I, 3* édition, p. 17S.
K. dO
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héritage à ses deux successeurs du inêuie nom que lui : Henri II est venu en pèlerinage auprès de la tombe du saint, Henri III s'est fait céder sa tôle et la donnée à l'église qu'il a bâtie à Goslar (1) Tous ces personnages ont ignoré jusqu'au nom d'Arvais. Et il en est de môme de l'interpolateur du XP siècle qui a introduit dans le texte du Liber Historiae la légende rapportée par Grégoire de Tours (2) : le héros de cette légende est Servais; du prétendu Arvais il n'est pas question. Enfin, le plus savant chroniqueur du moyen-âge, Sigebert de Gembloux, passe absolument sous silence saint Arvais (3)
Devant cette formidable unanimité des sources historiques et des traditions légendaires, du peuple de Maestricht et des dévots étrangers, que ce soient des princes ou des moines, devant ce culte ininterrompu de Servais et ce silence de mort gardé sur Arvais, on se demande comment il a pu venir à l'esprit de certains érudits de se cramponner déses])érément à une leçon fautive de Grégoire de Tours pour faire deux personnages d'un seul et même homme, contrairement à tous les principes d'une bonne critique.
A cela, on répond depuis Adrien de Valois en alléguant deux raisons que l'on croit péremptoires.
La première, c'est que le saint qui a prévu la destruction de sa ville par les Huns a dû nécessairement vivre dans un temps assez rapproché de cet événement, c'est-à-dire pas trop longtemps avant 451 après J.-C., et ôtre par conséquent distinct de saint Servais, dont l'existence est attestée vers le milieu du IV* siècle.
La deuxième, c'est que, confirmant la conclusion fournie par la contradiction des dates, Grégoire de Tours, qui nous a conservé l'histoire de la vision prophétique et de son
(1) Gesta sancti Saratii p. 98 et Jocundus, Translatio s. Servatii p. 112 dans Willielm, 0. c. ; cl'. Sleindorff, Jahrbucher des dcutsc.hcn Reichs unter Heinrich III, t. II, pp. 100 et 106.
(2) SRM., t. II, p. 2^6.
(.3) Vita Theoderici Mettensis, c. 5 dans MGH. SS., t. IV, p. 466; le même, Chronicon t. VI, p. 309.