‹ Études franquesChapitre 14 sur 59 · IV. — LE PSEUDO-ARAVATIUS · texte numérisé non relu

IV. — LE PSEUDO-ARAVATIUS

accomplissement, donne au héros de ce récit le nom d'Arvais et non de Servais.

Ces deux raisons, déduites avec beaucoup de vigueur par Adrien de Valois, sont restées les seules qui ont formé la conviction des savants partisans de saint Arvatius, comme Lecointe (1), Reltberg (2) et M. Hauck, et M. Krusch n'en invoque pas d autres aujourd'hui.

Je dis qu'elles n'ont aucune valeur, et que les difficultés qu'on se crée à l'endroit de Tunique Servais proviennent siiDplement de ce qu'on ne s'est pas rendu compte de la vraie nature de la tradition conservée par Grégoire de Tours.

Cette tradition est une tradition orale. J'ai prouvé en effet, contre Koepke, qu'avant Grégoire de Tours il n'a pas existé de biographie écrite de saint Servais (3). Le P. De Smet, après quelque hésitation, s'est rallié à ma manière de voir (4), et M. Krusch lui-même y adhère, puisqu'il combat la thèse opposée à la mienne qui a été soutenue pendant quelque temps dans les Analecta Bollandiana, et qu'il conclut la discussion en disant : Biographi omnes e Gregorio pendent. Qu'après cela, fidèle à son habitude de ne me nommer que pour me contredire, M. Krusch évite de laisser savoir à ses lecteurs que c'est mon avis qu'il adopte, cela n'altère en rien la valeur de sa concession.

Un point est donc établi, et il domine toute la discussion : c'est qu'à la fin du VI"^ siècle il n'existait encore aucune biographie de saint Servais, et que la tradition conservée par Grégoire est une tradition orale. Mais comment est- elle venue à la connaissance de notre chroniqueur? Il ne l'a pas recueillie sur place, car il n'a jamais été dans le pays de Tongres, et au cours de ses voyages, il ne s'est avancé vers

(1) Lecointe, Annales ecclesiastici Francorum, t. I, pp. o7 et 73.

(2) Rettberg, Kirchengeschichte Deutschlands, t. I, pp. 204 et suivantes.

(3) V. mon mémoire cité, pp. 244 et suivantes.

(4) V. Analecta Bollandiana, 1. 1 (-1882), pp. 86-88; G. Kurth, Nouvelles recherches sur saint Servais, pp. 60-64.

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le noi'd que jusqu'à Coblence (1). La Gaule Belgique est pour lui une région à peu près inconnue : du diocèse de Tournai il ne sait absolument rien, de celui de Tongres il ne connaît que ses légendes sur suint Servais Ces pays, qui ont été le berceau de la monarchie franque, se perdent dans une espèce de brume historique pour cet enfant de l'Auvergne : que l'on compare l'indigence de son information sur eux avec la richesse extraordinaire de ses renseignements sur les diocèses du centre et du midi de la Gaule, et l'on se rendra compte de la diU'érence !

Grégoire de Tours ne connaît donc saint Servais que par quelqu'un du pays de Tongres, ou bien encore par quelqu'un qui avait visité ce pays. Dans de pareilles conditions, qui s'avisera de revendiquer pour son récit le même cachet d'authenticité que pour ceux dans lesquels il nous parle de sa ville natale de Clermont ou de sa ville épiscopale de Tours? Combien il a été facile que, passant des lèvres de son bailleur de renseignements dans sa chronique, le nom de Servais, d'ailleurs inconnu dans le centre de la Gaule (2), ait subi une certaine altération phonétique ! Il lui est arrivé un accident des plus ordinaires : l'aphérèse de la lettre initiale. Prononcez sanctus Serçatius sans avoir soin de faire entendre la réduplication de l's, et votre auditeur compi'endra sanctus Ervatius. Or il faut remarquer que la prononciation populaire se caractérise précisément par l'absence de cette réduplication. En vertu de la loi du moindre eft'ort, elle ne fait entendre qu'une seule fois la consonne qui termine un mot et commence le suivant.

Les régions belges m'en fournissent plus d'un exemple. En voici un qui remonte à l'époque romaine. Une femme

(1) Voir le relevé de ses voyages dans Monod, Étude critique sur les sources de l'histoire mérovingienne, l""? partie, pp. 36 et 37.

(2) Dans les tables du Corpus Inscriptiomim latinarum, où les noms de Servatus et de Servata, avec leurs dérivés Servandus, Servanda, Servatilla, ne sont pas rares, surtout en Gaule Narbonnaise, et où l'on rencontre même une fois Servatianus (C. /. L., t. XII, no b701), Servatius n'apparaît jamais, sauf une seule fois à Arles (C. /. L., I. XII, -n*» 8o!2) et encore faut-il remarquer que la leçon est douteuse.

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